Fukushima : la crise s’internationalise

Le 18 mars 2011 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Drone et hélicoptères sont utilisé pour surveiller la centrale accidentée.
Drone et hélicoptères sont utilisé pour surveiller la centrale accidentée.

Avec l’arrivée prochaine d’un nuage radioactif sur les côtes américaines, Washington et la communauté internationale mettent la pression sur Tokyo.

 

Y-a-t-il un pilote dans l’avion ? C’est un peu la question que le monde pose au Japon. Du Japonais de la rue (il y en a plus de 390 000 qui y ont été jetés par les cataclysmes de la semaine passée) aux dirigeants onusiens, personne ne semble plus savoir qui dirige les secours autour de la centrale nucléaire accidentée, ni qui détient les informations vitales pour les organiser.

 

Furieux, le directeur général de l’Agence internationale de l’énergie (AIEA), le Japonais Yukiya Amano, a annoncé, vendredi, son intention de déployer « dans les deux jours » une équipe d’inspecteurs de l’agence de Vienne pour tenter d’y voir plus clair. Le patron de l’AIEA, qui s’exprimait à sa sortie d’une réunion avec le premier ministre nippon, espère ainsi pouvoir enfin disposer de données sur l’accident et ses conséquences. Ce qui laisse entendre que les autorités japonaises font de la rétention d’information.

 

Les autorités ou Tepco ? Ces derniers jours, le Kanteï (la résidence du premier ministre) n’a pas cessé de pester contre le manque d’information en provenance de Tepco, l’exploitant de la centrale accidentée.

 

Les Américains n’ont pas hésité. Avec l’accord de Tokyo, ils ont déployé un réseau de mesures de la radioactivité et fait survoler Fukushima par un hélicoptère et un drone bardés de capteurs. La présence de centaines de milliers de Yankees sur le sol japonais (dont une cinquantaine de milliers de militaires) n’est pas la seule motivation de l’administration Obama. Selon les modélisations réalisées par l’Organisation du traité d'interdiction complète des essais nucléaires, les premiers nuages porteurs de radiations devraient atteindre la côte ouest-américaine avant la fin du week-end.

 

La colère internationale n’est pas passée inaperçue à Tokyo. Tournant le dos à un incompréhensible optimisme, l’autorité de sûreté (la Nisa) a réévalué la gravité de l’accident. Car, de son propre aveu, plus de 3% du combustible est endommagé et «  des matériaux nucléaires » manquent à l’appel. Officiellement, il faut désormais parler d’un événement classé au cinquième échelon de l’échelle internationale Ines (qui en compte 7) : un niveau équivalent à celui de la catastrophe de Three Miles Island, en 1979. Ce qui est à l’évidence encore sous-estimé.

 

Ce niveau suggère, en effet, des « rejets limités » de radioactivité. Or, de l’aveu même du ministère des Sciences, de forts niveaux de radiation (jusqu’à 170 microsieverts/heure) ont été mesurés dans un rayon de 30 km autour de la centrale. « Le niveau 4 n’était pas raisonnable et je ne dirai pas que le niveau 5 l’est », a simplement commenté Philippe Jamet, l’un des commissaires de l’Autorité de sûreté nucléaire française (ASN).

 

Sur le terrain, la situation ne semble pas avoir beaucoup évolué par rapport à jeudi. Les sauveteurs ont déployé un plus grand nombre de camions de pompiers et ont poursuivi l’arrosage des réacteurs 3 et 4 et de leur piscine. Sans que l’on puisse réellement évaluer le résultat de ces interventions. « Bon nombre de capteurs sont probablement hors d’état de fonctionner », rappelle Olivier Gupta, le directeur général adjoint de l’ASN .

 

Autre sujet d’inquiétude : les retards du rétablissement du courant. Les techniciens de Tepco rencontrent plus de difficulté que prévu à tirer près de 2 km de câbles pour raccorder les systèmes électriques de la centrale au réseau de distribution local. Au mieux, deux premières tranches pourraient être réapprovisionnées samedi. Le reste de l’installation ne peut espérer recevoir du courant avant dimanche. Mais, là encore, personne ne sait si les pompes, les systèmes de contrôle-commande et les capteurs sont encore en état de marche.

 

Autant d’incertitudes — inévitables au vu des conditions de travail des sauveteurs — fournissent le terreau idéal à l’émergence des solutions les plus folles. La dernière en date n’est pas la moindre. Interrogé par la presse, Hidehiko Nishiyama, porte-parole de la Nisa, n’a pas caché que les autorités japonaises envisageaient de noyer les réacteurs sous du sable et du béton. « Nous avons cette solution à l’esprit, mais la priorité est de refroidir les réacteurs. »

 

Seule nouvelle encourageante : la baisse de la radioactivité ambiante à Tokyo. Vendredi, les mesures réalisées par l’institut de recherche de technologie industrielle de Tokyo étaient proches de la normale. Ce qui n’était pas le cas mercredi dernier.

 



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