Fukushima: la crise n’est pas terminée

Le 20 juin 2011 par Geneviève De Lacour
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Quelque 100.000 tonnes d'eau hautement radioactive se sont accumulées dans les bâtiments des réacteurs et des turbines de la centrale de Fukushima depuis le séisme et le tsunami du 11 mars. Ces effluents empêchent les ouvriers de pénétrer dans les installations pour réactiver des circuits de refroidissement du combustible nucléaire.

Samedi 18 juin, l'usine de décontamination des eaux radioactives a été arrêtée 5 heures à peine après sa mise en route, en raison du niveau trop élevé de radiations, selon l'opérateur de la centrale. «Des pièces du système qui absorbent le césium radioactif doivent être changées beaucoup plus tôt que prévu en raison du niveau trop élevé de radiations», ont indiqué des responsables de Tokyo Electric Power (Tepco). «Nous étudions encore la cause» de ce niveau trop élevé de radiations, a indiqué Junichi Matsumoto, le responsable des opérations nucléaires au sein de Tepco. Selon l'entreprise japonaise, des boues radioactives sont entrées dans le système de retraitement. Ou bien les eaux traitées sont plus radioactives que ce que Tepco ne l'imaginait au départ.

L'usine de traitement des eaux devait normalement être capable de traiter 50 tonnes d'effluents par heure, soit 1.200 tonnes par jour, en divisant la radioactivité par un facteur de 1.000 à 10.000 fois. La chaîne de décontamination de l'usine est basée sur les procédés du groupe nucléaire français Areva et de la société américaine Kurion.

Le dispositif de prétraitement fourni par Kurion a pour but de déshuiler et faire diminuer la radioactivité en filtrant le césium. Pour ce faire, Kurion utilise les capacités d’absorption des zéolithes, des minéraux microporeux, s’inspirant du procédé utilisé après l’accident de la centrale nucléaire de Three Miles Island aux Etats-Unis. Une fois passés par ce filtre, les effluents sont traités par l’unité de décontamination montée par Areva. Viennent ensuite les étapes de désalinisation de l’eau restante pour qu’elle puisse être utilisée dans la centrale.

 
L'opérateur n'a pas précisé quand l'usine de contamination recommencerait à fonctionner.
Mais le temps presse. Les tonnes d’eau radioactive accumulées (il s’agit de l’eau de mer apportée par le tsunami du 11 mars, plus les arrosages quotidiens pour refroidir les réacteurs), inondent les bâtiments des réacteurs, les canalisations et les tranchées techniques. Une partie s’est déjà déversée dans l’océan et cette pollution pourrait s’aggraver si les opérations de décontamination n’avancent pas, c’est-à-dire dans le cas où les capacités de stockage seraient dépassées.
 
Dans le même temps, l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) a débuté aujourd’hui lundi 20 juin, à Vienne, une conférence ministérielle sur la sûreté nucléaire afin de tirer les premières leçons de la catastrophe nucléaire au Japon. Cette conférence doit durer jusqu'au 24 juin.
 
«La confiance du public dans la sûreté nucléaire a été profondément ébranlée», a déclaré le directeur général de l'agence, le Japonais Yukiya Amano, lors d'un discours inaugural. Certains pays, comme l'Allemagne, l'Italie et la Suisse, ont décidé de renoncer progressivement au nucléaire.
 
Et au Japon même, selon un sondage publié le 19 juin dans le journal Tokyo Shimbun, plus de 4 Japonais sur 5 déclarent souhaiter que leur pays abandonne le nucléaire à la suite de l'accident de la centrale de Fukushima. Seuls 9% veulent l'arrêt immédiat de tous les réacteurs, tandis que 19% estiment que les réacteurs doivent être progressivement arrêtés.
Le nucléaire fournit un tiers des besoins énergétiques du Japon, pays pauvre en ressources naturelles. Le Premier ministre Naoto Kan a donc déclaré que «le nucléaire [resterait] un pilier de la politique énergétique de l'archipel».
Même avis du côté du directeur général de l'AIEA qui estime que «l'énergie nucléaire va rester importante pour de nombreux pays, d'où la nécessité d'améliorer les mesures de sécurité». Et celui-ci de marteler: «Continuer comme avant n'est pas une option», soulignant qu'une approche internationale de la sûreté nucléaire était essentielle.
 
Pour renforcer cette sécurité, Yukiya Amano a proposé aux pays exploitant l'énergie nucléaire d'accepter des tests réguliers organisés par l'AIEA, afin de rendre le processus de surveillance des centrales plus crédible, plus transparent et plus efficace. «Toutefois, il est impossible d'examiner l'ensemble des 440 réacteurs nucléaires du monde et je suggère donc de le faire sur une base sélective. L'AIEA pourrait tester une centrale nucléaire sur dix d'ici trois ans», a ajouté le responsable de l’Agence de sureté nucléaire.
«Les évaluations nationales sont le point de départ, mais elles doivent être suivies par des tests d'experts internationaux de l'AIEA», a insisté Yukiya Amano qui a aussi suggéré de renforcer les critères de sécurité de l'AIEA et garantir qu'ils soient appliqués au niveau mondial.
 
Dans un rapport qui doit être remis aux 151 membres de l'agence au cours de cette conférence, l'AIEA a critiqué la réaction du Japon après l'accident de la centrale de Fukushima, lui reprochant en particulier de ne pas avoir mis en œuvre la convention d'assistance prévue par l'agence en cas d'accident nucléaire. Cette convention régit la coopération entre Etats et avec l'AIEA pour organiser l'aide, la sécurité et la communication. L'agence a rédigé ce rapport sur la base d'une visite d'experts au Japon en mai. Dans une version préliminaire de ce document, elle avait souligné que les risques de tsunami avaient été sous-estimés, mais avait salué la réaction exemplaire du pays face à la catastrophe.


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