Fukushima: l’Europe trop permissive pour les aliments contaminés?

Le 28 septembre 2011 par Romain Loury
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Les mesures de protection adoptées contre les aliments contaminés suite à l’accident nucléaire de Fukushima «ne garantissent pas une protection suffisante de la santé», estiment l’ONG allemande Foodwatch et l’Association internationale des médecins pour la prévention de la guerre nucléaire (IPPNW) dans un rapport commun.
Suite à l’accident survenu en mars à Fukushima, l’Union européenne a abaissé les seuils de radioactivité pour les aliments provenant du Japon, en les ajustant sur ceux en vigueur dans ce pays. Pour le césium 137, il a été ramené à 200 becquerels par kilogramme (Bq/kg) pour les aliments destinés aux nourrissons et les produits laitiers, à 500 Bq/kg pour les autres aliments [1].
 
Or «il n’existe pas de niveaux maximaux totalement ‘sûrs’ en matière de contamination radioactive des aliments», estiment Foodwatch et l’IPPNW. «En définissant un niveau maximal, on fixe donc un nombre de décès qui paraît acceptable», ajoutent-elles.
 
«La radioactivité nuit aux cellules humaines, même les plus petites doses de rayonnement peuvent conduire à des mutations génétiques, affaiblir le système immunitaire ou provoquer un cancer –cela est particulièrement vrai pour les enfants et les jeunes», explique le pédiatre Winfrid Eisenberg de l’IPPNW, cité dans un communiqué.
 
Dans le cas, fort improbable, où la population ne se nourrirait que d’aliments présentant ces doses maximales, le niveau d’exposition radioactive serait 68 fois plus élevé que le maximum admis pour les enfants, 33 fois plus élevé pour les adultes.
 
Un scénario catastrophe, qui entraînerait chaque année 150.000 décès cancéreux de plus en Allemagne. Même en se nourrissant exclusivement d’aliments ne portant que 5% de cette dose, le surcroît de cancers mortels serait de 7.700 par an, calculent les auteurs [2].
 
«Les valeurs-limites actuellement en vigueur dans l’Union européenne et au Japon sont scandaleusement élevées, servent des intérêts économiques et exposent inutilement les populations à des risques considérables pour la santé», s’insurge pour sa part le secrétaire général de Foodwatch, Thilo Bode.
 
Objectif de Foodwatch et de l’IPPNW: obtenir un abaissement du seuil de césium 137 à 8 Bq/kg pour les aliments destinés aux nourrissons et pour les produits laitiers, à 16 Bq/kg pour les autres aliments.
 
Quant à l’iode 131, «zéro tolérance»: «en raison de la demi-vie relativement courte de cet isotope [8 jours, ndlr], aucun aliment contaminé en iode 131 ne devrait être consommé». Si besoin est, par stockage ou congélation des aliments, en attendant que l’isotope soit entièrement désintégré.
 
[1] Pour les aliments provenant d’autres pays, les seuils restent à 370 Bq/kg pour les aliments destinés aux nourrissons et pour les produits laitiers, à 600 Bq/kg pour les autres aliments.
[2] Foodwatch et l’IPPNW s’empressent toutefois d’ajouter qu’elles «ne disposent pas de preuves que des aliments fortement contaminés sont actuellement vendus sur le marché européen».
 


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