Fukushima: l’Académie des sciences française pointe les erreurs des Japonais

Le 30 juin 2011 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Fukushima aurait, peut-être, pu être évité. C’est l’une des conclusions que l’on peut tirer de la lecture d’un rapport, publié hier mercredi 29 juin par l’Académie des sciences.
 
L’idée était, a rappelé le président de l’académie, Alain Carpentier, «d'analyser les événements survenus au Japon, de faire le point sur les risques sismiques et nucléaires en France et Outre-mer, et d'en tirer les conclusions et recommandations qui s'imposent sachant les limites d'une telle réflexion dans un contexte en pleine évolution et qui le restera pendant plusieurs années».
Ce rapport d’étape est constitué de plusieurs contributions d’éminents chercheurs, dont celle du géophysicien Xavier Le Pichon (collège de France).
 
Dans son texte, le géodynamicien explique que les autorités japonaises ont commis plusieurs erreurs majeures dans l’appréciation du risque sismique.
 
La première est la plus fondamentale. Les spécialistes n’ont considéré que les tremblements de terre ayant frappé l’archipel depuis un siècle pour établir les zones à risque et les normes de protection. Pour la zone de Fukushima, «la carte de prévision officielle basée sur ces séismes caractéristiques ne prévoyait pas de séisme supérieur à 7,5 dans la zone la plus proche du continent et 8,2 au plus proche de la fosse, alors que le séisme du 11 mars avait une magnitude de 9,1-9. Sur la base de ces prévisions, les tsunamis attendus ne devaient pas dépasser 4 ou 5 mètres, alors que ceux qui ont submergé les côtes japonaises le 11 mars dépassaient 15 à 20 m».
 
En toute logique, Tepco, l’exploitant de la centrale de Fukushima Dai-Ichi, avait construit un ouvrage de protection capable de résister à des lames de 5,7 m: le tiers de la hauteur de la vague fatale du 11 mars dernier.
Autre erreur: les sismologues nippons n’ont pas tenu compte des avancées de la science, notamment en liant la magnitude du tsunami à celle du séisme. «Or on sait depuis 20 ans que la rupture devant un séisme peut être très hétérogène. Et ce qui détermine l’ampleur d’un tsunami , c’est l’amplitude maximale du mouvement vertical dû à la rupture et non le mouvement moyen lié à l’énergie totale du séisme.»
 
Disposant de zonages sismiques basés sur des observations réalisées sur un siècle, les autorités nippones ont déterminé avec précision les risques encourus par les constructions situées sur le littoral.
Pour des raisons peu compréhensibles, les scientifiques n’ont tenu aucun compte de méga-tsunamis qui ont dévasté cette côté en 869 et en 1611. Des tsunamis, souligne le spécialiste de la tectonique des plaques, dont les «traces géologiques sont très supérieures à celles provoquées par les séismes du dernier siècle».
 
En résumé, Tokyo n’a pris en compte que des événements très récurrents, dont la puissance cumulée ne représente que 20% de l’énergie sismique due au glissement de la plaque Pacifique sous la plaque sur laquelle se situe le Japon.
«L’erreur des spécialistes japonais responsables de la prévision a donc été de continuer à croire que le régime du dernier siècle est le régime permanent de cette zone en dépit de l’information historique sur les méga-tsunamis, en dépit de la découverte d’un couplage voisin de 100%, depuis 13 ans que le GPS peut le mesurer, et en dépit de l’information globale sur les méga-séismes de subduction correspondant à l’accumulation de déformations élastiques pendant plusieurs siècles. Cette erreur est d’autant plus incompréhensible que des voix dissidentes avaient cherché à se faire entendre au Japon même et que, sur la côte ouest du Canada, et sur la base d’indices géologiques de tsunamis géants en 1700, 170, 810 avant J.C., et 1310 avant J.C., l’autorité de régulation canadienne avait déjà intégré la possibilité d’un magnitude 9 (± 0.4) avec tsunami dans les règles parasismiques de cette région.»
 
Le séisme du 11 mars a donc de fait démontré que la sismicité historique n’avait déchargé qu’à 20-25% la charge élastique de la subduction de la fosse du Japon et que le reste est relâché lors de méga-séismes, comme celui du 11 mars, avec une périodicité de 500 à 1.000 ans.
 
«Sur la base de ce que l’on savait sur les méga-tsunamis historiques et sur la sismicité liée à la subduction de la fosse du Japon, on aurait dû prévoir qu’un séisme comparable au séisme du 11 mars se produirait un jour au large de cette côte et qu’il entrainerait un tsunami comparable, même s’il était impossible de prévoir la période, ni le lieu précis de cet événement», conclut, implacable, Xavier Le Pichon.
 
Peut-on tirer profit de cette catastrophe pour renforcer la prévention du risque sismique en France? Oui, répond, sans hésiter Michel Cara. Car l’Hexagone a, dans son histoire récente, été plusieurs fois secoué par d’importants tremblements de terre: dans les Alpes, dans les Pyrénées, dans le fossé rhénan. Sans oublier le Pas-de-Calais, dont une étude récente affirme qu’il aurait été frappé par un tremblement de terre de magnitude de 7! «Donc, il est nécessaire de retravailler un certain nombre d’événements historiques.»
 
Les Antilles «est le seul endroit en France où l’on risque un séisme de magnitude 8». Le 8 février 1843, toutes les îles des Petites Antilles tremblèrent, provoquant la mort de plusieurs milliers de personnes. La magnitude fut estimée à 8. Si cet événement majeur ne fut pas suivi de tsunami, rien n’interdit de penser qu’une «vague de port» puisse survenir dans les Antilles, après un violent tremblement de terre.
 
En métropole, le directeur de l’observatoire des sciences de la Terre de l’université de Strasbourg estime le niveau maximum de risque à une magnitude de 6. Ce qui n’est pas rien, surtout dans un pays densément peuplé. Le 25 janvier 1999, un séisme de magnitude 6 a provoqué la mort de 1.186 personnes en Colombie.


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