Fukushima: du plutonium et de l’eau

Le 29 mars 2011 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Des milliers de mètres cubes d'eau contaminée devront être pompés et retraités.
Des milliers de mètres cubes d'eau contaminée devront être pompés et retraités.

Outre la maîtrise des réacteurs accidentés, les sauveteurs doivent maintenant organiser la gestion des eaux de refroidissement contaminées.

Flegmatique. C’est le qualificatif qui colle le mieux à la peau du premier ministre japonais. Il aura fallu un séisme historique conjugué aux effets dévastateurs d’un tsunami hors normes et d’une catastrophe nucléaire pour que Naoto Kan prenne enfin, ce mardi 29 mars, la mesure de la situation.

Reconnaissant que la situation restait «imprévisible», le chef du gouvernement nippon a promis que son équipe de centre-gauche allait «s’attaquer à ce problème dans un état d’alerte maximum». Il est temps.

Car sur le site de la centrale de Fukushima Dai Ichi, les nouvelles ne sont pas bonnes. Les experts le craignaient et c’est arrivé. Dans 5 prélèvements de terre, réalisés la semaine passée, les physiciens japonais ont trouvé des traces de plutonium. Et comme à leur habitude, les officiels japonais sont chiches en explications cohérentes. Pour l’électricien Tepco, les choses sont simples: l’activité de ces traces de plutonium 238, 239 et 240 est proche de celle du bruit de fond radiologique. «Je suis navré que les gens s’inquiètent, mais ces niveaux ne sont pas dangereux pour la santé», affirme Sakae Muto, le vice-président de Tepco. «Ce n’est peut-être pas dangereux, mais cela ne me rend pas optimiste», tempère Hidehiko Nishiyama, de l'Agence de sûreté industrielle et nucléaire (Nisa).

Paradoxalement, il faut retourner à Paris pour se faire une meilleure idée de la situation. Mardi, au cours de leur point d’information quotidien, les experts de l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) défrichent le discours officiel japonais.

Confirmant la version de l’exploitant, l’ASN considère bien que les traces de plutonium relevées à proximité de Fukushima «restent du même ordre de grandeur que les concentrations observées avant l'accident», liées aux retombées des essais nucléaires.

Sur les 5 points de mesures effectuées par l'exploitant, 2 font apparaître «des isotopes de plutonium qui seraient liés à l'accident lui-même», constate Marie-Pierre Comets, commissaire de l'ASN.

Les cœurs des réacteurs 1, 2 et 3 de la centrale accidentée ont partiellement fondu, ce qui a entraîné une importante dégradation du combustible nucléaire qu'ils renfermaient. Ces combustibles ont ensuite été lessivés par les milliers de tonnes d'eau déversées par les secours pour refroidir les installations. Cette eau a entraîné non seulement les produits radioactifs volatils (iode, césium) mais aussi des éléments plus lourds, comme le plutonium qu'on retrouve «par lessivage» à proximité de la centrale, explique Marie-Pierre Comets.

«Nous n'avons pas d'analyses plus détaillées sur la composition précise» du plutonium détecté, «mais ces mesures confirment les hypothèses faites jusqu'à présent d'un endommagement sévère du combustible», souligne Olivier Gupta, directeur général adjoint de l'ASN.

«Cela signifie que le combustible a chauffé à des températures suffisamment élevées pour que soient libérés non seulement les produits les plus volatils mais aussi les produits plus lourds», précise-t-il.

Comme pour lui donner raison, Jan van de Putte, l’un des experts dépêchés au Japon par Greenpeace, annonce que des tâches de contamination (jusqu’à 10 microsieverts par heure -µSv/h) ont été découvertes à Itate, un village situé à une quarantaine de kilomètres de la centrale accidentée; bien au-delà donc de la zone évacuée, située dans un rayon de 20 km autour du site. L’organisation environnementale appelle les autorités à évacuer les personnes qui vivent encore dans cette zone.

Problème, comme le révèle The Guardian, le gouvernement n’a pas de plan pour évacuer ces populations. Car il ne sait pas combien de personnes résident encore là (on parle de 130.000!), ni exactement où elles se trouvent.

Autre sujet d’inquiétude: l’eau utilisée pour le refroidissement des réacteurs et des piscines. Les milliers de mètres cubes injectés par les sauveteurs sont probablement plus ou moins contaminés. Cette eau a inondé les bâtiments réacteurs, les bâtiments turbines ainsi que des tunnels souterrains de visite, lesquels débouchent à l’air libre, à 55 mètres du rivage.

Ce qui explique probablement les contaminations de l’océan, constatées ces derniers jours. Mais l’essentiel reste piégé dans les structures des bâtiments réacteurs. La nouvelle priorité des sauveteurs, outre la poursuite du refroidissement des trois premiers réacteurs, est de fermer avec des sacs de sable la sortie de ces tunnels.

Dans un second temps, sans doute à plus long terme, il faudra pomper toute l’eau contaminée, avant de la stocker en lieu sûr et de la décontaminer. Le travail n’est pas prêt de manquer.



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