Fukushima, deux ans après: la santé

Le 08 mars 2013 par Valéry Laramée de Tannenberg
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96.000 ont subi l’examen de leur thyroïde.
96.000 ont subi l’examen de leur thyroïde.

Etablir l’état de santé des Japonais qui ont été plus ou moins touchés par les retombées de Fukushima ne sera pas chose facile.

Ce sera difficile car toutes les données nécessaires à la reconstruction de doses reçues ou au lancement d’études épidémiologiques ne sont pas encore disponibles. «C’est un sujet sensible, reconnaît Jean-René Jourdain, adjoint à la directrice de la protection de l’homme de l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN). Et jusqu’au mois de novembre 2012, nous n’avions aucune information concernant l’état de santé des policiers, des pompiers et des sauveteurs qui sont intervenus après la catastrophe.» L’exploitant de la centrale, Tepco, a en revanche communiqué la dosimétrie de ses 3.628 salariés et des 21.770 sous-traitants qui sont intervenus sur le site accidenté.

Difficile, aussi, parce que de nombreux responsables japonais assimilent les besoins de l’épidémiologie à des critiques. La semaine passée, Tokyo a vertement condamné une étude de l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Dans leur rapport, les experts mandatés par l’OMS pointaient une (très) faible hausse des risques de cancer pour les populations exposées aux retombées de Fukushima [JDLE].

Pour autant, les premières études épidémiologiques ont été récemment lancées. Une première enquête est effectuée auprès des 2 millions de personnes qui vivaient dans la préfecture de Fukushima au moment de l’accident. En les faisant répondre à un questionnaire «dosimétrique», les scientifiques espèrent reconstituer la dose externe reçue et identifier ainsi les personnes nécessitant un suivi médical de longue durée. Actuellement, seules 23% des personnes ont répondu. Selon le National Institute for Radiological Sciences japonais (NIRS), 235.000 personnes auraient reçu une dose inférieure à 1 microSievert (mSv) au cours des 4 mois qui ont suivi la catastrophe. 12 auraient reçu une dose supérieure à 15 mSv, durant la même période.

Autre étude: le bilan thyroïdien (l’iode radioactif se concentre dans la thyroïde) de tous les enfants de moins de 18 ans qui se trouvaient dans la préfecture pendant la phase des rejets. Objectif: détecter au plus tôt les symptômes des cancers de la thyroïde. Sur les 360.000 enfants concernés, 96.000 ont subi l’examen. Des examens complémentaires ont été effectués sur 83 d’entre eux. Des nodules ou des kystes inquiétants ont été trouvés, par échographie, chez 60 enfants. Cela étant, et c’est l’un des acquis médicaux de Tchernobyl, il faudra sans doute attendre une bonne demi-douzaine d’années avant que les premiers cas de cancers de la thyroïde radio-induits soient détectés.

L’université de Fukushima a aussi lancé un suivi des anomalies génétiques et congénitales pouvant apparaître chez les enfants d’une mère ayant déclaré une grossesse entre le 1er août 2010 et le 31 juillet 2011. Cette étude de longue haleine concerne 20.000 femmes.

Last but not least, les 210.189 personnes (très précisément) qui ont été évacuées de la zone des 20 kilomètres répondent à un imposant questionnaire qui doit permettre de recueillir des informations sur leur mode de vie (alcool, tabac), leur état psychologique, l’incidence de pathologie grave (cancer, diabète). En fin d’année dernière, la moitié de cette «cohorte» avait renvoyé sa copie. D’ores et déjà, 4.757 personnes (dont 1.294 enfants) ont été contactées pour bénéficier d’un soutien médical ou psychologique.

Pour le moment, le bilan «radiologique» de Fukushima est faible. A ce jour, seuls 6 agents de Tepco ont reçu une forte dose de radiation (supérieure à 250 mSv), le plus souvent parce qu’ils ne portaient pas de masque de protection adapté. Aucun n’est décédé. En revanche, 7 travailleurs ont trouvé la mort lors des opérations de sauvetage. 2 sont morts, le 11 mars 2011, dans des conditions mal élucidées, alors qu’ils intervenaient dans des bâtiments inondés. 3 autres sont morts des suites d’un arrêt cardiaque. Jamais exposé à des radiations, un travailleur d’une quarantaine d’années est mort d’une leucémie aigüe, au mois d’août 2011. Un dernier agent de Tepco est mort, en octobre 2011, d’un choc septique suite à un abcès rétropéritonéal.



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