Fukushima, deux ans après: l'état de la centrale

Le 08 mars 2013 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Des explosions ont secoué les 4 bâtiments réacteur.
Des explosions ont secoué les 4 bâtiments réacteur.

Le 11 mars 2011, il y a deux ans presque jour pour jour, le Japon subissait l’une des pires catastrophes de son histoire. En milieu d’après-midi, un séisme d’une magnitude inouïe (classé 9 sur l’échelle de Richter qui compte 10 échelons) secoue très violemment les fonds sous-marins à une centaine de kilomètres au large de l’île d’Honshu, au Japon. Plus tard, les spécialistes du service géologique américain (USGS) classeront le «séisme de Tohoku» (nord de l’île de Honshu) comme l’un des plus forts recensés dans le monde depuis le XVIIIe siècle.

Puissant, long (deux minutes), suivi d’un millier de répliques, il ne cause pourtant que peu de dégâts. Cependant, il provoque la formation, de mémoire de Japonais, de l’un des plus formidables raz-de-marée qu’ait subis l’archipel. En moins d’une demi-heure, des vagues pouvant atteindre les 25 mètres de haut, dans certaines configurations, dévastent le littoral oriental japonais. En moins d’une heure, ce sont plus de 500 kilomètres carrés de côtes de Tohoku qui sont balayés par les eaux. Dans les zones planes, la mer monte de 5 km dans les terres. Dans de petites anses, le niveau de la mer monte d’une vingtaine de mètres.

Sur la côte orientale, les réacteurs des 4 centrales nucléaires situées en bord de mer se sont automatiquement arrêtés après la survenue du séisme. Mais les ouvrages anti-tsunami se révèlent insuffisants pour protéger les deux centrales de la préfecture de Fukushima (Dai-Ichi et Daini) de la vague dévastatrice, haute d’une quinzaine de mètres.

La lame détruit notamment les alimentations électriques (ainsi que les systèmes de secours) des deux installations. Les réacteurs sont, certes, arrêtés, mais doivent être constamment refroidis. Les pompes ne pouvant plus faire circuler l’eau du circuit de refroidissement, le combustible s’échauffe et la température monte progressivement dans la cuve des réacteurs.

Dès que la température des pastilles de combustible atteint une certaine température, l’eau toujours présente dans la cuve se décompose en hydrogène et en oxygène, tout en produisant de la chaleur. Cet emballement thermique fait éclater, puis fondre, les gaines de combustible et les pastilles d’uranium enrichi. Le phénomène produit des volumes toujours plus importants de vapeur d’eau mais surtout d’hydrogène. Ce gaz se concentre dans le bâtiment réacteur. Malgré les dépressurisations effectuées par les équipes de secours, les bâtiments des réacteurs 1, 2, 3 et 4 sont secoués par de fortes explosions d’hydrogène entre le 12 et le 15 mars.

Malgré les importants relâchements de radioactivité, les secouristes parent au plus pressé: des jours durant ils déversent dans les réacteurs des centaines de milliers de mètres cubes d’eau de mer pour les refroidir. De l’eau doit aussi être injectée dans les 4 piscines de refroidissement des combustibles usés.

Deux ans plus tard, où en est-on?

Faute de pouvoir pénétrer dans les parties détruites de la centrale, les spécialistes de la sûreté n’ont qu’une connaissance partielle de l’état des lieux. Et donc, du déroulement de la catastrophe. «Notre compréhension de l’événement est limitée. Nous en avons une compréhension macroscopique, mais pas microscopique», avoue Thierry Charles, directeur général adjoint chargé de la sûreté à l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN). Dommage, car en matière de sûreté, le diable se loge souvent dans les détails.

Des mois d’investigations menées par l’exploitant Tepco (par endoscopie, caméras télécommandées) permettent d’y voir un peu clair. Selon toute vraisemblance, le cœur du premier réacteur a fondu et a percé la cuve. Le corium, cette sorte de lave composée de métal et de combustible fondus, s’est répandu dans le fond du bâtiment réacteur. Le même phénomène, mais d’une moindre ampleur, s’est probablement déroulé dans les cuves des réacteurs 2 et 3.

Si les bâtiments ont été stabilisés, leur étanchéité n’est toujours pas assurée. Ce qui explique que des fuites d’eau radioactive se produisent toujours dans le sous-sol et probablement dans l’océan.

Tepco entend procéder au démantèlement de l’ensemble du site dans un délai de 30 à 40 ans. Ce qui semble optimiste. Quoi qu’il en soit, les tout premiers travaux ont déjà débuté. Passée la phase de consolidation, l’industriel nippon entreprend la construction d’une imposante structure en acier, qui couvrira les bâtiments accidentés. Recouvert d’une structure étanche, ce «sarcophage» permettra de retenir les bouffés de rejets de radioactivité. Plus tard, il retiendra les poussières qui seront générées lors de l’excavation des gravats qui recouvrent par centaines de tonnes piscines et cuves de réacteurs.

Au sol, les techniciens coulent un mur de béton souterrain afin d’éviter que les écoulements d’eau radioactive ne finissent dans le Pacifique. L’ouvrage est couplé à un système de pompage qui non seulement permet de récupérer les effluents contaminés, mais empêche aussi la nappe phréatique (très proche des fondations de la centrale) de pénétrer dans les plus bas niveaux de l’installation. L’eau radioactive récupérée est envoyée dans une station de traitement pour être décontaminée. Elle sert ensuite au refroidissement des réacteurs accidentés et des piscines.

Maintenant que la température de l’eau des cuves et des piscines n’excède pas une vingtaine de degrés, Tepco se prépare à intervenir dans les zones les plus contaminées. Son plan d’action prévoit de retirer les barres de combustible des 4 piscines. Ce travail inédit (en tout cas dans ces conditions) pourrait débuter à la fin de l’année et durer une bonne année. Plus difficile, la phase numéro deux consistera à décharger les réacteurs de leurs combustible plus ou moins fondu.

Là encore, il faudra inventer des techniques et des méthodes inédites. Raison pour laquelle les experts japonais estiment qu’une décennie sera nécessaire pour récupérer combustible et corium. Ce n’est que passé cette étape que l’on pourra envisager le démantèlement de la centrale. Dans 30 ou 40 ans.



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