Fukushima, des rejets en mer qui auraient été impossibles en Manche

Le 07 avril 2011 par Geneviève De Lacour
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Panache de pollution dans les eaux
Panache de pollution dans les eaux

«Aucune nouvelle fuite d'eau des réacteurs dans l'océan tout proche n'a été constatée», a indiqué ce jeudi 7 avril l'Agence de sûreté nucléaire (ASN), après le comblement réussi d'une brèche dans une fosse d'où s'échappait de l'eau hautement radioactive. Mais le risque de contamination de l'environnement marin n'est pas pour autant écarté, soulignent les experts.

Retour en arrière. Afin de libérer des cuves de stockage destinées à être remplies d'eau hautement radioactive accumulée dans les installations et les galeries techniques des réacteurs 2 et 3, Tepco a été obligée de déverser dans l'océan Pacifique une partie de l'eau radioactive utilisée pour refroidir le cœur des réacteurs et empêcher ainsi une aggravation de la situation. Un premier «délestage» est en cours: 11.500 tonnes sur les 60.000 stockées sur le site, en face de la centrale et à 250 kilomètres seulement de la mégapole de Tokyo et de ses 35 millions d'habitants. L'opération devrait se poursuivre jusqu'à vendredi. Selon Tepco, l'évacuation quotidienne d’eau contaminéedans l'océan, où les radioéléments sont censés se diluer, est nécessaire.
 
«Elle n'aura pas de conséquences sanitaires pour les populations», a assuré Hidehiko Nishiyama, le directeur adjoint de l'Agence de sûreté nucléaire et industrielle. Les experts craignent cependant que la chaîne alimentaire soit contaminée en amont, à travers le plancton qui est consommé par les poissons.
 
Les membres de l’Association nationale des pêcheurs professionnels, le syndicat japonais de la pêche industrielle, ont fait une déclaration après avoir rencontré mercredi les responsables de Tepco. Les membres du syndicat se déclarent «particulièrement en colère contre la décision prise et actée lundi 4 avril de rejeter des tonnes d’eau radioactive dans le Pacifique», et alors que le rejet a été réalisé quelques heures après que le groupe avait demandé qu’un tel rejet ne soit pas entrepris.
 
L’association Robin des bois se déclare «pour la première fois totalement en accord et surtout solidaire avec les pêcheurs japonais».
 
En évoquant ces rejets d’eau contaminée, Jacky Bonnemains -de Robin des bois- estime qu’«une telle pratique serait impossible dans l’Atlantique du Nord-est. Les Etats membres de la convention Ospar[1] y suivent pas à pas le lent cheminement jusqu’en Arctique de l’iode 131, du césium 137 et du plutonium rejetés par les installations nucléaires dans la Manche et la mer du Nord».
 
«Si la catastrophe s’était passé en Manche, nous aurions envisagé différentes options avant de décider d’un rejet direct dans la mer», explique Lucien Chabason de l’Institut du développement durable et des relations internationales (Iddri). Or «aucun accord international ne s’applique pour la protection de la mer du Japon et encore moins pour la façade Pacifique du pays».
 
Cette eau, 100 fois plus radioactive que les normes légales, contient notamment de l'iode 131, dont la radioactivité se réduit de moitié tous les 8 jours, et surtout du césium 137, qui lui reste actif pendant des décennies. Les produits de la mer sont la base de la nourriture japonaise et les Japonais, très exigeants sur la sûreté alimentaire, risquent de ne plus en consommer s'il y a un risque pour la santé.
 
Les rejets massifs d'eau polluée dans l'océan risquent de peser encore sur les exportations de produits frais du Japon. Le gouvernement envisage de contrôler plus étroitement la vente des produits de la pêche après la découverte de poissons contaminés.
 
L'Inde a décrété mardi une interdiction totale des importations de produits alimentaires japonais, pour une durée de trois mois éventuellement renouvelable. Il s'agit du premier pays à appliquer une telle décision, alors que la Chine, Taïwan, Singapour, la Russie et les Etats-Unis ont limité leurs interdictions aux produits venant de certaines régions du Japon.
 
L'Union européenne, qui a introduit depuis le 24 mars des contrôles à l'entrée des produits venant de ces régions, a décidé de durcir le niveau de radioactivité autorisé en s'alignant sur les normes du Japon, encore plus sévères.
 
 
 


[1] Ospar: Convention pour la protection du milieu marin de l'Atlantique du Nord-est


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