Fukushima Dai Ichi a perdu 4 réacteurs

Le 15 mars 2011 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Cette fois, les rejets de radioactivité sont continus.
Cette fois, les rejets de radioactivité sont continus.

Explosions et incendies se succèdent sur le site. Localement, la radioactivité atteint des niveaux extrêmement élevés. A Tokyo, des balises ont déjà détecté la pollution.

 

Le Japon n’était plus habitué, depuis vendredi 11 mars, à entendre de bonnes nouvelles. Et pourtant. Dans le flux d’horreurs quotidiennement véhiculées par les médias et les communiqués officiels, une information, une seule, donne un peu de baume au cœur. Après un incessant travail des techniciens de la centrale de Fukushima Daini, Tepco, son exploitant, a pu annoncer mardi matin la mise à l’arrêt «normale» des 4 tranches. Les 4 réacteurs à eau bouillante de 1.067 mégawatts (MW) sont donc dans une situation stable (barres de contrôle abaissées, température de l’eau stable) et l’alimentation en électricité a été rétablie.

 

Mais à une dizaine de kilomètres de là, à Fukushima Dai Ichi, la situation est désormais critique. Le site a été évacué. Seuls sont restés une cinquantaine de volontaires pour refroidir les réacteurs, ventiler les bâtiments réacteurs et combattre les sinistres. Et ceux-ci ne manquent pas.

 

Mardi, à 06h10 heure locale (22h10 lundi, heure française), et à 10h (02h mardi, heure française) deux nouvelles explosions ont secoué le bâtiment réacteur de la deuxième tranche. Selon l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN), ce nouvel incident a endommagé la piscine de surpression et altéré l’enceinte de confirment du réacteur, vieux de 37 ans.

 

Tout aussi grave, un incendie a aussi ravagé la piscine de combustibles usés, située dans la partie supérieure du bâtiment abritant le réacteur n°4, pourtant à l’arrêt. «Tous les moyens de refroidissement, déjà insuffisants, étaient concentrés sur les réacteurs 1, 2 et 3 et moins sur les piscines», résume André-Claude Lacoste, le président de l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN). Laissées à l’air libre, les barres de combustibles se sont fortement échauffées avant de s’enflammer.

 

Désormais, l’accident est entré dans une nouvelle phase. «Sur les plans sanitaire et environnemental, l’événement change d’ampleur», confirme Anne Buzyn, la présidente du conseil d’administration de l’IRSN.

 

Du fait de l’incendie de la piscine d’entreposage des combustibles et des opérations de dégazage et des fissures dans l’enceinte du bâtiment réacteur n°2, les relâchements de radioactivité dans l’environnement s’accroissent.

 

Localement, des débits de doses de 400 millisieverts/heure (mSv/h) ont été relevés par certaines balises. En clair, trois minutes d’exposition à de tel débit de dose suffisent pour qu’un professionnel reçoive sa dose-limite pour un an. «La radioactivité autour du site est très élevée. Elle peut mettre en cause la capacité des travailleurs à rester sur zone», confirme André-Claude Lacoste. Emue, Anne Buzyn n’hésite pas à parler de «doses toxiques, voire héroïques».

 

Fort logiquement, les autorités japonaises ont mis en place une zone d’exclusion dans un rayon de20 kilomètresautour dela centrale. Lespopulations habitant dans un périmètre situé entre 20 et30 kmdes installations ont reçu l’ordre de se confiner. Selon l’Agence internationale de l’énergie atomique ( AIEA), 230.000 boîtes de pastilles d’iode ont été distribuées aux riverains des deux centrales nucléaires.

 

Distante de plus de230 km , Tokyo a vu sa radioactivité ambiante légèrement augmenter: «Cette élévation n’est pas significative en termes d’impact radiologique», tempère toutefois une note de l’IRSN, diffusée mardi après-midi.

 

Globalement, le bilan nucléaire du tsunami est lourd. Les cœurs des trois premiers réacteurs de Fukushima Dai Ichi ont partiellement fondu. Mais ils doivent constamment être refroidis par des apports massifs d’eau de mer. Ce qui nécessite toujours de dégazer (les gaz radioactifs) les bâtiments des réacteurs. Sauf pour la seconde tranche, où l’enceinte n’est plus étanche. Touché par une explosion et un incendie, le 4e réacteur est dans un état inconnu, au moment où nous mettons en ligne. Il est possible que son enceinte de confinement soit fortement dégradée.

 

«On parle d'apocalypse et je crois que le mot est particulièrement bien choisi», a d’ailleurs déclaré le commissaire européen à l'énergie Günther Oettinger, devant une commission du Parlement européen à Bruxelles.

 

«Pratiquement tout est hors de contrôle, a-t-il ajouté. Je n'exclus pas le pire dans les heures et les jours à venir.»



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