Fukushima: ce que pourrait être la réponse française

Le 07 novembre 2011 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Les filtres à sable des centrales françaises ne tiennent pas aux séismes.
Les filtres à sable des centrales françaises ne tiennent pas aux séismes.

Priorité pourrait être donnée au renforcement de certains éléments vitaux mais peu robustes. Explications.

De mémoire de nucléocrate, on aura rarement vu l’industrie nucléaire réagir aussi rapidement après une catastrophe. Après l’accident de Three Mile Island, en 1979, il avait fallu une bonne dizaine d’années à EDF pour modifier, sur son parc, les soupapes de décharge du pressuriseur, qui avaient fait défaut sur la centrale américaine. Et le premier réacteur conçu à partir du retour d’expérience de Tchernobyl (l’EPR) n’est, un quart de siècle après le désastre ukrainien, toujours pas en service.
 
Mais Fukushima a changé la donne. Et pour plusieurs raisons. Personne n’imaginait, jusqu’alors, qu’une centrale puisse être successivement victime d’un séisme (et celui du 11 mars est l’un des plus puissants jamais connus) et d’un tsunami. Aucun expert non plus n’a jamais travaillé sur un scénario de crise prévoyant qu’un réacteur puisse à la fois ne plus être refroidi (perte de source froide), ni alimenté en énergie, pendant que les piscines de stockage de combustibles usés se vidaient lentement mais sûrement.
 
Bref, l’impensable s’est produit. Et cela a secoué constructeurs, exploitants, autorités de sûreté et politiques. Les réactions ont été diverses. L’Allemagne, la Suisse et l’Italie ont renoncé à l’atome. Des décisions politiques, dont le fondement technique est mince. L’Allemagne n’a fait qu’accélérer un programme de désengagement de l’atome initié en 1998. Le gouvernement Berlusconi n’avait convaincu aucune région d’accepter la construction sur son sol des EPR promis par la France. Les électriciens helvétiques préfèrent importer du courant nucléaire français plutôt que de financer la construction de nouveaux réacteurs, en remplacement des leurs dont la fin de vie est proche.
 
En France, la démarche est plus pragmatique. Comme dans tous les pays de l’Union européenne nucléarisés, les exploitants ont réalisé, au printemps, des stress tests sur leurs installations (réacteurs de puissance, usines du cycle du combustible, etc.). Conformément aux directives données, le 23 mars, par le Premier ministre, ils ont remis leurs rapports (un par site) à l’Autorité de sûreté (ASN) qui, fort naturellement, en a confié l’analyse à son bras technique: l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN).
 
Ce travail est arrivé à son terme. Et la synthèse de l’étude des rapports, notamment ceux des 58 réacteurs d’EDF, devrait être rendue publique la semaine prochaine par l’ASN.
 
Un avant-goût de ces résultats a néanmoins été donné par des experts de l’IRSN, à l’occasion du congrès Eurosafe qui se tient à Paris jusqu’au 8 novembre.
 
Et ils sont diablement intéressants. Le plus notable est, sans nul doute, la «découverte» par les experts français d’une faille importante dans la sûreté des parcs nucléaires. «Les centrales ont été dimensionnées pour résister à un accident interne, mais pas à une agression externe», explique Jacques Repussard, le directeur général de l’IRSN, Les réacteurs situés à proximité d’installations industrielles à risque, comme ceux de Gravelines ou du Tricastin, pourraient être vulnérables aux conséquences d’un accident se déroulant sur une usine proche. Que dire aussi des centrales du couloir rhodanien dont le personnel pourrait mis à mal par les suites d’une fuite d’une usine chimique ou d’un wagon transportant des produits toxiques accidenté?
 
De plus, si les bâtiments vitaux des centrales nucléaires (le bâtiment réacteur, par exemple) sont susceptibles de résister aux pires agressions, tel n’est pas le cas de certains «systèmes, structures et composants» (SSC). L’enceinte d’un réacteur est dimensionnée pour résister aux pires séismes, mais pas son filtre à sable, ni des cuves à fioul (destinées à alimenter les groupes électrogènes de secours), ni certains bâtiments de repli du personnel.
 
Pour aller de l’avant, l’IRSN va prochainement proposer au Groupe permanent d'experts pour les réacteurs nucléaires (un aréopage d’experts conseillant l’ASN) une liste de SSC dont il faudra renforcer très sensiblement la robustesse. L’intérêt de cette démarche, dite «des noyaux durs», est pluriel. D’une part, sa mise en œuvre serait sans doute beaucoup plus rapide et moins chère que le renforcement tous azimuts d’une centrale. Ce qui la rend plus acceptable par les exploitants. D’autre part, elle est totalement complémentaire du projet de force d’action rapide nucléaire, proposé par EDF. «Car, souligne Jacques Repussard, pour que des secours puissent intervenir sur un site accidenté, encore faut-il qu’il soit rapidement accessible.»
 
Seule incertitude: l’industrie suivra-t-elle? Bon nombre de ces équipements sont, en effet, très spécifiques au monde nucléaire, voire au parc tricolore. Or les fabricants ne sont pas toujours en mesure de fournir rapidement d’importantes quantités de ces matériels très particuliers. Ce qui explique, par exemple, que la mise en œuvre du projet d’équiper les réacteurs français de détecteurs de percement de cuve soit un peu ralentie.


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