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Fukushima, c’est arrivé le 11 mars 2011

Le 25 avril 2016 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Un séisme et un tsunami ont provoqué la plus grave crise nucléaire au Japon.
Un séisme et un tsunami ont provoqué la plus grave crise nucléaire au Japon.
VLDT

En plein après-midi, un tsunami cataclysmique noie la centrale nucléaire de Fukushima Dai-Ichi et ses systèmes de secours. Cet événement non prévu par les experts provoque la pire catastrophe nucléaire survenu dans l’archipel nippon. 

Tout a commencé au fond du Pacifique Nord. Depuis des millions d’années, trois plaques tectoniques s’obstinent à vouloir s’y affronter. Au sud du Japon, la plaque philippine plonge sous l’eurasienne. Au nord de l’archipel, la plaque pacifique glisse sous les deux autres. Depuis le 9 mars 2011, les sismographes sont au taquet. Le sous-sol nippon s’agite plus dangereusement qu’à son heure, laissant présager un possible tremblement de terre.

Le 11 mars, à 14 h 46, à une centaine de kilomètres au large de la côte orientale du Japon, un séisme d’une puissance inégalée fait trembler l’archipel sur ses bases. Sur plus de 500 km, le fond sous-marin se casse. Le séisme est terrifiant. L’île principale de Honshu est déplacée de… 2,4 mètres vers l’est[1]. À Tokyo, les immeubles dansent au gré des ondes sismiques pendant plusieurs minutes. Une éternité. Les dégâts sont considérables. D’autant que le sol ne cesse de bouger. Les répliques, parfois très violentes, s’éterniseront plus d’un mois durant.

Les systèmes automatiques fonctionnent

Une fois de plus, les systèmes de sécurité des centrales nucléaires fonctionnent parfaitement. Les premières secousses passées, les 11 réacteurs des 4 centrales nucléaires[2] situées dans les zones frappées par le tremblement de terre s’arrêtent automatiquement. Seul incident notable à relever: la ligne électrique qui relie la centrale de Fukushima Dai-Ichi au réseau est tombée. Automatiquement, là encore, les groupes électrogènes démarrent, assurant l’alimentation électrique des pompes du circuit de refroidissement des 6 réacteurs de l’une des plus grandes centrales exploitée par Tepco, l’électricien tokyoïte.

Au large, un monstre se lève. Le gigantesque mouvement de terrain qui a bouleversé le fond du Pacifique a soulevé deux vagues. En pleine mer, nul marin ne les remarque. Sur le littoral, leur hauteur a parfois dépassé les 23 mètres. En 10 minutes, elles atteignent la côte et pénètrent parfois jusqu’à 5 km à l’intérieur des terres. Plus de 23.000 personnes seront tuées par les effets conjugués du séisme et du plus terrible des tsunamis ayant jamais frappé l’Empire du soleil levant.

Pourtant protégée par une digue anti raz-de-marée, haute de plusieurs mètres, la centrale de Fukushima Dai-Ichi prend les deux vagues géantes (14 m) de plein fouet. Celles-ci enjambent facilement l’ouvrage de béton, noient la centrale et détruisent tous les matériels et les véhicules situés à proximité. Les groupes électrogènes alimentant les 5 premières tranches n’y résistent pas.

Trois explosions

Rapidement, l’engrenage fatal se déclenche. Privés de leur circuit de refroidissement, les réacteurs des trois premières tranches[3] montent dangereusement en température. Accrochées au dessus, les piscines où refroidissent les combustibles usés ne sont pas alimentées en eau froide non plus. Naturellement, la chaleur dégagée par l’uranium très irradié évapore l’eau résiduelle.

Dans le cœur des réacteurs, la température du combustible atteint 800°C. Au contact des gaines de zirconium, qui contiennent l’uranium, l’eau se décompose en oxygène et en hydrogène, en produisant de la chaleur. Ce processus exothermique porte la température ambiante à plus de 1.200°C, provoquant fusion des gaines, liquéfaction du combustible et production de volumes d’hydrogène toujours plus importants. Frappés par la stupeur et plongés dans le noir, les techniciens de la centrale peinent à comprendre immédiatement l’ampleur des dévastations et leurs conséquences.

Pour réduire les risques d’explosion et de rupture de l’enceinte désormais sous forte pression, ils dépressurisent certains des bâtiments réacteurs, libérant vapeur, hydrogène et un peu de radioactivité dans l’environnement. Insuffisant. Entre le 12 et le 15 mars, trois explosions d’hydrogène ébranlent les réacteurs 1, 2 et 3. Les 14 et 15, deux incendies ravagent la piscine et le bâtiment du 4e réacteur. Il faudra toute l’habileté et le courage des pilotes d’hélicoptères japonais pour éteindre les sinistres.

Au sol et dans les airs: l’héroïsme

Au sol, pompiers et opérateurs sont tout aussi héroïques. Après s’être frayé des chemins dans les décombres et les carcasses d’engins broyés par le tsunami, ils parviennent à approcher des bâtiments réacteurs des camions citernes et des pompes. Commence alors une opération vitale: il s’agit d’injecter des quantités massives d’eau (de mer, le plus souvent) pour refroidir les réacteurs endommagés et les éléments de combustible. Jusqu’au début du mois d’avril, l’essentiel de cette eau contaminée sera rejetée dans le Pacifique.

Les trois réacteurs en activité le 11 mars (1, 2 et 3) n’ont pas résisté. Sous les effets de la perte de refroidissement, leur cœur a fondu, produisant une sorte de lave (le corium) qui a percé en plusieurs points la cuve d’acier. Les couvercles de ces vastes cocottes-minute ont perdu toute étanchéité, libérant de terribles volumes de radionucléides: gaz rares, iodes, césium. Selon les estimations de l’Institut français de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN), les rejets gazeux de Fukushima Dai-Ichi pourraient dépasser les 13.000 pétabecquerels (PBq): les deux tiers de la radioactivité relâchée dans l’environnement lors de la catastrophe de Tchernobyl.

Dans son malheur, le Japon est plus chanceux que l’Europe. Grâce au vent, l’essentiel des gaz et des particules radioactifs ont été chassés vers l’océan. L’essentiel, mais pas la totalité. Au total, 24.000 km2 de territoires (souvent des montagnes et des forêts) sont plus ou moins contaminés en césium 137[4], le plus souvent dans un rayon inférieur à 80 km autour de la centrale accidentée.

Taches de léopard

Mais, comme à Tchernobyl un quart de siècle auparavant, de nombreuses ‘taches de léopard’ de radioactivité se sont formées, parfois à des centaines de kilomètres de Fukushima, à la faveur des précipitations et des vents. Dramatique, mais à relativiser aussi. Les scientifiques estiment à 9.000 km2 la surface de terrains fortement contaminés (plus de 37.000 Bq/m2) par les retombées de Fukushima, soit 5% des zones touchées par les rejets de Tchernobyl.

Choquée par le séisme et le tsunami, la population locale n’a pas toujours conscience de la survenue d’un accident nucléaire. Bon nombre d’habitants de la préfecture de Fukushima sont privés d’électricité, limitant l’accès aux médias et aux réseaux de télécommunication. Nombre de routes sont, par ailleurs, coupées, interdisant tout déplacement. Il faut pourtant faire vite. Moins de 5 heures après le séisme, l’urgence nucléaire est déclarée. Le gouverneur de Fukushima ordonne l’évacuation des habitants situés à moins de 2 km de la centrale accidentée. Une heure plus tard, le Premier ministre porte à 3 km le rayon de la zone interdite, avant de l’étendre de 7 km encore le lendemain. Le 21 avril, l’autorité de sûreté japonaise élargit à 20 km autour de la centrale la zone interdite. Une amende de 100.000 yens (835 euros) est infligée à ceux qui tentent d’y pénétrer. Entre le 12 mars et le 22 avril, plus de 145.000 personnes seront ainsi évacuées. Avec pour seule promesse gouvernementale: elles reviendront.

 



[1] Habituellement, Honshu se déplace de 83 mm/an.

[2] Il s’agit des centrales d’Onagawa, de Fukushima Daini, de Fukushima Dai-Ichi et de Tokai.

[3] Les seules à être en fonctionnement ce jour fatal.

[4] Qui représente l’essentiel de la radioactivité à vie longue.

 



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