Fukushima: à quoi sert le rapport de l’OMS?

Le 24 mai 2012 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Un rapport qui ne sert à rien.
Un rapport qui ne sert à rien.

C’est en catimini que l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a publié, mardi 22 mai, son rapport d’évaluation des doses de radiation reçues par les populations, à la suite de l’accident de Fukushima. Une discrétion qui laisse songeur, alors que le sujet intéresse au plus haut point la communauté scientifique mondiale et les responsables de la sûreté nucléaire.

Certes, ce rapport de 120 pages n’a rien de très glamour. Les 26 contributeurs y font assaut de méthodologies, de paramètres pris en compte, de discussions. L’organisation onusienne a-t-elle voulu, par sa pudeur médiatique, faire oublier qu’elle sortait son rapport 14 mois après la catastrophe? Peut-être, mais là n’est sans doute pas l’essentiel.

Car que contient de si important le rébarbatif document? Très précisément des évaluations de doses chez les populations touchées par les retombées radioactives de la centrale de Fukushima Dai Ichi, aussi bien au Japon qu’à l’international.

On y apprend, par exemple, que les habitants résidant sur le territoire de la préfecture de Fukushima ont reçu, l’année qui a suivi la catastrophe, une dose comprise entre 1 et 10 millisieverts (mSv), à l’exception de deux villes où les doses fluctuent plutôt entre 10 et 50 mSv. Dans les préfectures voisines, comme dans le reste du Japon, les populations ont reçu des doses plus faibles, comprises entre 0,1 et 10 mSv. Dans le reste du monde, l’estimation est de 0,01 mSv.

Ces évaluations sont peu contestées. «Toutes ces données sont cohérentes avec celles qu’a déjà publiées l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire français [IRSN]», confirme Jean-René Jourdain, co-auteur du rapport et adjoint à la directrice de la protection de l'homme de l’IRSN.

Toutes? Sauf peut-être les estimations faites pour la glande thyroïde, diablement sensible à l’exposition au césium 137. «Nous pensons à l’IRSN que l’OMS a sous-estimé les doses à la thyroïde, réalisées pour la ville d’Iwaki», avance Jean-René Jourdain.

Autre constat: les données de l’OMS n’apportent rien de neuf. «L’IRSN a publié des évaluations comparables 66 jours seulement après l’accident», reprend le scientifique français. Plus embêtant: elles ne sont guère utiles aux chercheurs. «L’OMS a entrepris ce travail car elle avait besoin de données dosimétriques sur lesquelles elle pourrait appuyer son évaluation des conséquences sanitaires de l'accident. Or ces valeurs calculées pour la première année après l'accident ne permettent pas de préjuger de ce qui se passera les années suivantes. La dose reçue la première année ne permettra pas de faire une évaluation précise du risque», affirme, de son côté, un expert.

Dès lors, à quoi sert ce rapport? Dans les couloirs de l’Agence internationale de l’énergie (AIEA) où l’on débat actuellement des conséquences de l’exposition aux radiations ionisantes, deux réponses fusent. L’officielle: le document publié le 23 mai est le premier tome d’une série de deux. Les données manquantes devraient donc être publiées dans quelques mois. Soit.

L’officieuse: la Commission scientifique de l’ONU sur les effets des radiations atomiques (Unscear) prépare, pour 2013, la publication d’un méga rapport sur les conséquences sanitaires de Fukushima.

En attendant, il fallait bien que l’OMS rappelle qu’elle existe.



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