Fuite de tritium à la centrale de Golfech

Le 27 janvier 2012 par Geneviève De Lacour
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Le tribunal d'instance de Castelsarrasin (Tarn-et-Garonne) a examiné jeudi 26 janvier une plainte d'associations anti-nucléaire dénonçant une fuite radioactive survenue il y a deux ans à la centrale de Golfech. Le ministère public a demandé de condamner EDF à une amende de 2.000 euros pour une fuite mineure dans la centrale située entre Toulouse et Agen.

La plainte contre X déposée en novembre 2010 par le réseau «Sortir du nucléaire», France Nature Environnement Midi-Pyrénées et les Amis de la terre Midi-Pyrénées, «relative à des infractions commises à l'occasion du fonctionnement du centre nucléaire de production électrique de Golfech», faisait suite au déversement dans le milieu naturel, le 18 janvier 2010, de 450 litres d'effluents radioactifs, selon une auto-estimation d'EDF, exploitant de la centrale.

«J'épluche au quotidien les avis d'incidents publiés sur le site de l'Autorité de sûreté nucléaire (ASN) et il apparaît que très régulièrement, les exploitants enfreignent la réglementation en matière de sûreté des installations. L'enjeu d'un tel procès est d'obtenir que ces exploitants soient condamnés pour leurs infractions et qu'ils soient plus vigilants avec leurs installations», a déclaré Marie Frachisse, membre de «Sortir du nucléaire».

EDF avait, en effet, relevé le 15 mars dans des eaux souterraines se jetant dans la Garonne une teneur supérieure à la normale (7 à 12 becquerels par litre) de tritium, de l'hydrogène radioactif, qui s'était malencontreusement écoulé d'une cuve.

L'ASN n'a été prévenue qu'en avril. A l'issue d'une inspection, l'écoulement n'a pas été jugé suffisamment grave par l'ASN pour faire l'objet d'une déclaration d'incident significatif sur l'échelle internationale des événements nucléaires Ines. «Cette pollution n'a pas affecté la potabilité de l'eau», selon Anne-Cécile Rigail, chef de la division du Sud-ouest de l'ASN.

Pour l'ASN, la fuite est donc mineure mais pour les plaignants, elle pose le problème des faibles doses de radioactivité: «L'exposition régulière à des doses de radioactivité dites faibles, combinées aux rejets annuels de milliers de tonnes de résidus chimiques dans l'environnement, constitue le chaînon manquant entre la présence des centrales et les excès de leucémies et de cancers infantiles constatés aux environs de ces centrales nucléaires».
Ils estiment que dans les centrales, la sécurité est sacrifiée au profit de la rentabilité.

«C'est une satisfaction pour nous, car c'est la première fois qu'une infraction dans une centrale nucléaire est jugée devant un tribunal. D'habitude, c'est l'ASN qui tranche», a déclaré Marc Saint-Aroman, administrateur du réseau «Sortir du nucléaire».

Pour ce réseau, FNE Midi-Pyrénées et les Amis de la terre Midi-Pyrénées, «l'essentiel est d'obtenir une condamnation, même symbolique».

Dans leur citation, les 3 associations relevaient 5 infractions, mais le procureur n'a retenu que les deux premières: déversement accidentel et utilisation d'un puisard non étanche.

A l'audience, Anne-Cécile Rigail, chef de la division du Sud-ouest de l'ASN a indiqué que l'impact sanitaire était minime et a parlé d'une inadaptation du traitement des effluents radioactifs.

«Il faut une tolérance zéro par rapport à la règlementation et elle n'a pas été observée. On espère que ce type de procès permettra d'avancer sur la transparence», a lancé l'avocat de «Sortir du nucléaire» Benoist Busson, qui réclame 3.000 euros d'amende.

L'avocat d'EDF Olivier Piquemal, a estimé à l'audience que c'était aux spécialistes de l'ASN de saisir éventuellement le parquet, pas aux associations. «Ce genre de procès est une première en France en matière de sûreté nucléaire. Pourquoi ne pas suivre l'ASN, puisque cette dernière n'a pas constaté d'infraction nécessitant de prévenir le procureur?» a-t-il demandé.

Le jugement a été mis en délibéré au 29 mars.

L’électricien n’en est visiblement pas à sa première fuite. Puisque de l'eau contenant du tritium en quantité très largement supérieure aux valeurs attendues, mais inférieure au seuil de potabilité de l'eau, a été découverte le 13 janvier dernier dans la nappe phréatique située sous la centrale nucléaire de Civaux (Vienne). (voir JDLE)

Dans la foulée, l’ASN a mis EDF en demeure «de restaurer l’étanchéité de la capacité de rétention des réservoirs KER sous 10 jours» et de «procéder à la réparation pérenne de cet ouvrage avant le 31 août», et ce «même si ce rejet de tritium non maîtrisé a un impact très faible sur l’environnement».

 



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