Fruits et légumes: un fort impact sur la qualité du sperme

Le 31 mars 2015 par Romain Loury
Imprimer Twitter Facebook Linkedin Google Plus Email
Fruits et légumes: Monsieur fait son difficile
Fruits et légumes: Monsieur fait son difficile
DR

Les hommes consommant plus de fruits et légumes chargés en pesticides présentent un sperme de bien moindre qualité, confirme une étude américaine publiée dans la revue Human Reproduction. Avec moitié moins de spermatozoïdes, l’effet est loin d’être négligeable.

Chez les hommes, les perturbateurs endocriniens sont liés à plusieurs troubles du système reproductif masculin, tels que malformations génitales, cancers du testicule et baisse de la qualité du sperme. De plus en plus fréquents, leur coût a été estimé à 1,2 milliard d’euros par année d’exposition, au niveau européen.

Parmi ces substances, les pesticides ont clairement été impliqués dans la stérilité masculine, en particulier en cas d’exposition professionnelle. D’approche plus difficile, la voie alimentaire semble aussi impliquée: plusieurs études ont ainsi montré que les hommes mangeant bio avaient plus de spermatozoïdes que ceux consommant des produits de l’agriculture conventionnelle.

Mais au-delà des habitudes alimentaires, aucune étude n’avait directement étudié le lien entre exposition alimentaire aux pesticides et qualité du sperme. C’est chose faite avec l’étude menée par l’équipe de Jorge Chavarro, nutritionniste à la Harvard School of Public Health de Boston: selon ces travaux, les fruits et légumes très imprégnés de pesticides auraient un effet très délétère sur les spermatozoïdes.

49% de spermatozoïdes en moins

Les chercheurs ont évalué la qualité du sperme de 155 hommes (338 échantillons), interrogés sur la nature, la quantité et la fréquence des fruits et légumes qu’ils consommaient. Certains produits (poivrons, épinards, fraises, pommes, poires, etc.) étaient classés comme ayant de hautes teneurs en pesticides, d’autres (petits pois, haricots, pamplemousse, oignon, etc.) des teneurs faibles à modérées.

Comparés aux hommes consommant le moins de produits très chargés de pesticides (moins de 0,5 par jour), ceux en prenant beaucoup (plus de 1,5 quotidien) avaient 49% moins de spermatozoïdes par éjaculat, 32% moins de spermatozoïdes normaux, et un volume d’éjaculat réduit de 29%.

Quant aux fruits à teneur de pesticides faible ou modérée, en consommer beaucoup semblait bénéfique, mais uniquement sur la morphologie des spermatozoïdes, pas sur les autres paramètres.

«A notre connaissance, il s’agit de la première étude à établir, chez les humains, un lien entre la consommation de résidus de pesticides dans les fruits et légumes, une voie d’exposition majeure pour la plupart des gens, et un effet sur la reproduction», commente Jorge Chavarro. «La marche à suivre afin d’éliminer [ces agents chimiques], ce pourrait être de consommer des produits bio, ou d’éviter les fruits et légumes dont on sait qu’ils en contiennent beaucoup», ajoute-t-il.

Pour l’association Générations futures, cette nouvelle étude prouve que «l’ingestion de résidus de pesticides par voie alimentaire peut être suffisante pour affecter la spermatogénèse». «Il y a urgence à diminuer la tolérance aux résidus de pesticides dans les fruits et légumes en abaissant les limites maximales en résidus [LMR] et à encourager en priorité les agricultures qui n’utilisent pas de pesticides de synthèse, comme l’agriculture biologique», déclare son porte-parole François Veillerette.

Générations futures achève sa 10ème Semaine

Hasard du calendrier, ces travaux ont été publiés alors que s’achève la 10ème Semaine pour les alternatives aux pesticides, organisée du 20 au 30 mars par Générations futures. Après son tour de France -parfois émaillé de menaces issues du monde agricole-, l’association dressait lundi soir un bilan des 10 dernières années, lors d’une soirée organisée à l’Hôtel de ville de Paris.

La cérémonie était l’occasion de saluer les efforts de plusieurs communes engagées dans la réduction des pesticides, par la remise des prix «0 Phyto, 100% bio». Objectif: encourager les initiatives locales, les faire connaître au niveau national afin que d’autres communes s’en inspirent.

Parmi les 400 communes ayant répondu au questionnaire, Barjac (Gard, 1.550 habitants) a gagné le prix de la commune bio (encouragement de l’agriculture bio, restauration collective), Miramas (Bouches-du-Rhône, 25.000 habitants) celui de la commune sans pesticides, et Grande-Synthe (Nord, 21.200 habitants) celui de la commune bio sans pesticides.

Interrogée par le JDLE, Nadine Lauvergeat, de Générations futures, estime que «le 0 Phyto va vite» grâce à la «loi Labbé» [1], «mais c’est plus compliqué pour le bio». En cause, le fait que, malgré les progrès, seule 4% de la surface agricole française est consacrée au bio, ce qui complique la tâche des gestionnaires de cantines scolaires lors des commandes.

En 2013, la part des achats bio dans la restauration collective était de 12%, en-deçà des 20% visés en 2012 par le Grenelle de l’environnement. Un objectif réitéré pour 2017 par le plan Ambition bio.

[1] Adoptée par le Parlement en janvier 2014, la loi Labbé prévoit l’interdiction d’utilisation des produits phytosanitaires dans les espaces verts d’ici 2020 –mesure avancée à 2016 par la future loi sur la biodiversité-, et par les particuliers en 2022.

 

SOMMAIRE DU DOSSIER

La chimie industrielle, 100 ans d'"impunité"

BPA, parabènes et phtalates "omniprésents" dans les eaux françaises

Phtalates et HAP, des invités qui s'incrustent

Fruits et légumes: un fort impact sur la qualité du sperme

Quand les phtalates minent le cerveau

PCB: les oiseaux migrateurs perdent la boussole

REVENIR AU SOMMAIRE



A suivre dans l'actualité :

Sites du groupe

Le blog de Red-on-line HSE Compliance HSE Vigilance HSE Monitor

Les cookies assurent le bon fonctionnnement de nos sites et services. En utilisant ces derniers, vous acceptez l’utilisation des cookies.

OK

En savoir plus