Frugalité heureuse dans le bâtiment: faire plus avec moins

Le 17 mars 2020 par Victor Miget
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La paille et le bois sont des matériaux bio sourcés.
La paille et le bois sont des matériaux bio sourcés.
Architecture et Paysage

Alain Bornarel (ingénieur), Dominique Gauzin-Müller (architecte) et Philippe Madec (architecte et urbaniste) ont publié le Manifeste pour une frugalité heureuse et créative dans l’architecture et l’aménagement des territoires. En deux ans, ce manifeste a été plébiscité par les professionnels de l’architecture et de la construction. Philippe Madec nous en dit plus.

 

Qu’est-ce que la frugalité heureuse ?

Cela fait longtemps que nous sommes engagés dans des questions d’éco-responsabilité avec Alain Bornarel et Dominique Müller. Notre manifeste vient d’un ras-le-bol. Nous avons réalisé que la responsabilité des bâtisseurs était considérable dans le renforcement de l’effet de serre. La fabrication des établissements humains, comme les modernes l’ont imaginé, a détruit notre environnement. Le bâtiment c’est 40% des émissions de gaz à effet de serre en France. Il faut bien faire quelque chose.

Nous avons préféré la «frugalité» à la sobriété. Ce terme positif renvoie à la ressource et non à la consommation. Frugal, c’est la récolte du fruit de la terre. La récolte est heureuse lorsqu’elle ne blesse pas la terre. Notre idée c’est de rétablir des relations heureuses avec la nature. On sait faire autrement qu’avec du béton. On sait construire en bois, ou mettre en œuvre sans recourir nécessairement à la technique.

 

Quels matériaux privilégier? 

Tous les matériaux naturels, biosourcés, géosourcés et locaux! En isolation par exemple, il peut s’agir de paille, de ouate de cellulose, de laine de bois compressée...

Il y a une paresse du milieu qui pense qu’on ne peut construire qu’en béton. En s’intéressant à la ressource locale, on s’ouvre à des architectures différentes, on se confronte à d’autres savoir-faire. C’est aussi la promesse d’une architecture bioclimatique, qui puise dans son contexte et s’adapte à son climat.

 

Des principes de construction?

La base, c’est que la lumière entre dans le bâtiment. Quand on veut réaliser des logements qui ne consomment pas d’énergie, il faut faire en sorte qu’au jour le plus court de l’année, le 21 décembre, chaque logement reçoive 2 heures d’ensoleillement. Si l’on y parvient, on arrivera à un niveau passif, ou très basse consommation. Cela implique d’installer des fenêtres dans chaque pièces. Ce qui facilite aussi la ventilation, par des ouvrants ou des entrées d’air. La lumière c’est aussi la chaleur. Une bonne conception architecturale réduit considérablement les besoins en chauffage. Pour les autres besoins (éclairage, fourniture d’électricité), il faut recourir à des énergies propres.

 

La frugalité heureuse implique est-elle compatible avec le Smart?

La part des équipements techniques dans le bâti n’en finit pas de grandir. Et avec elle, le nombre de pannes et de sinistres. Plus un bâtiment est complexe plus il tombe en panne. En cours de rédaction, la Réglementation Environnementale 2020 promeut l’inverse de ce que l’on pense. Elle privilégie l’électricité, le High Tech quand nous militons pour le Low Tech. On ne s’inscrit pas dans le smart building. Nous privilégions une moindre consommation plutôt qu’une consommation intelligente.

 

Des bâtiments ont-ils déjà été construits en suivant les préceptes de votre manifeste ?

J’ai toujours travaillé sur les richesses locales et des matériaux plutôt naturels qu’artificiels. Par exemple, le centre culturel l’Aria près de Toulouse est construit en bois et en terre crue locale (briques de terre compressées ndlr) et est ventilé naturellement. 

 

Que demandez-vous aux pouvoirs au public ?

Que l’on ne nous empêche pas de faire. Par exemple, il est possible de mettre en œuvre une ventilation naturelle, saine, qui n’utilise pas de ventilateurs mécaniques.. Nous demandons aussi que les décisions d’aménagement soient prises en fonction de leurs impacts environnementaux.

 

Par exemple ?

Avant d’ouvrir un chantier, il faut se demander s’il faut vraiment construire un nouveau bâtiment. Car la réhabilitation est le grand enjeu de demain. On ne construit chaque année que l’équivalent de 1% du parc existant. Que faire des 99% restant? Ce n’est pas en bâtissant des éco quartiers qu’on va sauver la planète mais en réhabilitant les bâtiments, en les réaffectant, en remplissant les interstices non bâties (dents creuses ndlr), en densifiant la ville. Le tout, de manière frugale et en renforçant la présence du végétal.