Frelon asiatique: trop de mâles pour un bien

Le 20 octobre 2015 par Romain Loury
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Frelon asiatique
Frelon asiatique

Après son expansion rapide, le frelon asiatique pourrait connaître des difficultés à coloniser l’Europe. Selon une étude française publiée dans PLoS ONE, l’espèce produirait un nombre trop important de mâles stériles, ce qui freine le développement des colonies.

Pour l’instant, le frelon asiatique (Vespa velutina nigrithorax) ne montre certes nulle trace de ralentissement: apparu en 2004 dans le sud-ouest de la France, où il est arrivé dans des céramiques chinoises, ce prédateur des abeilles domestiques est désormais présent sur plus de 70% du territoire hexagonal, et se retrouve désormais au Portugal, en Espagne, en Belgique et en Italie.

Menace pour une apiculture déjà bien mal en point, il constitue aussi un danger pour l’homme, avec plusieurs victimes décédées suite à des attaques d’essaims. Or il n’est pas impossible que son expansion soit bientôt freinée, avance l’équipe d’Eric Darrouzet, de l’Institut de recherche sur la biologie de l’insecte (IRBI, université François Rabelais de Tours/CNRS).

Les mâles se la coulent douce

La population évoluant en France présente en effet une étrange caractéristique, celle de produire un très grand nombre de mâles stériles. En conditions normales, les nouvelles colonies sont établies au printemps par de jeunes reines fécondées l’année précédente. Dans un premier temps (mars-août), elles ne donnent lieu qu’à des ouvrières femelles ne portant qu’une seule copie de chromosomes –elles sont dites haploïdes.

Après la construction de la colonie, place aux êtres sexués à la fin de l’été, d’abord les mâles puis les jeunes reines, qui prennent leur envol pour s’accoupler en septembre. Comme les ouvrières, les mâles sont haploïdes, contrairement aux reines, dites diploïdes du fait qu’elles disposent de deux copies de chromosomes.

Or il arrive que certains mâles apparaissent bien plus tôt, en même temps que les ouvrières, et soient diploïdes. Problème: ils sont généralement stériles, ou s’ils ne le sont pas, donnent naissance à une progéniture qui l’est. D’aucune aide pour la construction du nid, ces mâles constituent donc un fardeau pour la colonie.

Ce phénomène serait particulièrement fréquent en France. Selon une analyse portant sur 26 colonies d’Indre-et-Loire, 68% d’entre elles seraient concernées: parmi celles-ci, les mâles diploïdes constituaient de 3% à 67% de la colonie! Selon les chercheurs, cette anomalie serait liée à un «effet fondateur», à savoir une faible diversité génétique liée au petit nombre d’individus à l’origine de l’invasion.

Un handicap contourné?

«Cette production de mâles précoces à la place d’ouvrières pourrait ralentir la croissance des colonies et à terme limiter l’expansion de cette espèce invasive», voire conduire à son extinction, avancent les chercheurs. A moins que le frelon asiatique ne dispose de moyens pour pallier ce handicap: entre autres hypothèses, les quelques mâles diploïdes non stériles pourraient parvenir à se reproduire avec des reines toujours vierges à la sortie de l’hiver, voire avec des ouvrières lorsque la reine est décédée.

Spécialiste de l’étude du frelon asiatique, l’équipe d’Eric Darrouzet travaille à la mise au point de moyens de lutte. En juillet 2014, elle révélait ainsi l’existence d’une petite mouche, la Conops vesicularis, capable de parasiter cette espèce invasive et qui pourrait enrayer son progrès en Europe. Parmi les autres pistes étudiées, celles de pièges sélectifs (voir le JDLE). A ce jour, les seuls moyens de lutte sont la destruction des nids, le piégeage non sélectif et le gazage au dioxyde de soufre.



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