Franz Perrez: les négociateurs doivent respecter les engagements de leur gouvernement

Le 23 juillet 2015 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Franz Perrez se félicite des petites avancées de la réunion de Paris.
Franz Perrez se félicite des petites avancées de la réunion de Paris.
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Ambassadeur suisse à l’environnement, Franz Xaver Perrez a participé aux deux jours de négociation informelle à Paris. Pour le JDLE, il décrypte les petites avancées de la réunion organisée par le Quai d’Orsay.

Quel bilan tirez-vous des INDC qui ont été publiées?

On peut les apprécier de différentes manières. Certains pourront être déçus d’en trouver aussi peu alors que la décision prise en 2013 à Varsovie était claire: tous les pays en capacité de le faire devaient publier leurs engagements au cours du premier trimestre de cette année. En les réunissant, on se rend bien compte, également, qu’elles ne nous mènent pas sur le chemin de la stabilisation du réchauffement à 2°C. Elles manquent clairement d’ambition. Pour autant, on peut aussi se réjouir du fait que plus de 55% des émissions mondiales sont désormais sous de nouvelles contraintes. Ce qui est bien mieux que le protocole de Kyoto qui, lui, ne couvre plus que 13% des rejets anthropiques de gaz à effet de serre.

 

Cette réunion de Paris a-t-elle été utile?
Sans aucun doute. Elle aura d’abord été l’occasion, pour une cinquantaine de chefs des négociateurs ou de ministres, de se parler librement et franchement. Cette réunion a aussi montré la volonté de tous ces responsables d’aboutir à un accord, à l’issue de la COP de Paris.

 

Quelles ont été les avancées?

Toutes les parties se sont déclarées en faveur d’une plus grande transparence. Pour aboutir à un accord universel, nous devons tous savoir qui émet combien, quels sont les effets des mesures d’atténuation, etc. Un consensus s’est également dégagé pour l’élaboration d’un accord qui soit à la fois durable et dynamique. Les engagements reflètent la réalité d’un moment. Il faut avoir la possibilité de les réviser lors de rendez-vous réguliers. Le futur régime a besoin de flexibilité.

 

Des verrous toujours fermés?

L’un des principaux reste la différenciation. Certains pays considèrent qu’il faut préserver l’architecture actuelle, dans laquelle seuls les pays industrialisés doivent s’engager. Les pays émergents, comme la Chine, la Corée ou Singapour, faisant partie de la liste des pays en développement -une liste qui date du dernier siècle– cette architecture implique que ces pays sont traités comme l’Ethiopie ou Tuvalu. Une approche qui ne reflète pas les réalités ni les défis d’aujourd’hui et qui, par conséquent, ne fait plus sens. Fort heureusement, je pense que les positions des deux camps ne sont plus tellement éloignées.

 

Quid du financement?

Là aussi, nous avons observé de petits pas. Mais nous avons besoin de renforcer la confiance. Raison pour laquelle les pays donateurs doivent encore convaincre qu’ils tiendront les engagements qu’ils ont pris, tant pour le financement du fonds vert climatique que pour celui des 100 milliards de dollars annuel (91 Md€), à partir de 2020. Je note cependant une déclaration forte du ministre chinois qui rappelle que le grand enjeu est la transformation du système financier international pour accélérer la décarbonisation de l’économie ou le développement des énergies renouvelables. C’est précisément l’approche nécessaire pour le futur.

 

Des surprises durant ces deux jours?
La première a été de voir tous ces ministres, ces chefs de délégation se parler avec franchise, chercher ensemble des solutions, sans se cacher derrière des idéologies. La seconde, c’est sans doute l’engagement pris par ces responsables de briefer leurs négociateurs pour qu’ils respectent les engagements pris, à Paris, par leurs gouvernements.

 

Etonnant…

Peut-être, mais on a déjà vu des négociateurs tenir des positions bien plus conservatrices que leur gouvernement.

 

Quels sont les prochains rendez-vous de la négociation?
C’est en principe le 24 juillet que nous recevrons une nouvelle version du texte de négociation. Ce texte va classer les différentes options en trois catégories. La première concernera les mesures que nous souhaitons voir figurer dans l’accord de Paris. La seconde regroupera les mesures qui devront être votées par la COP 21. La dernière regroupera les éléments dont nous ne savons pas encore très bien quoi faire. Ce texte sera négocié début septembre à Bonn. A partir de ce travail, un nouveau projet de texte devra être élaboré pour le mois d’octobre: il servira, en principe, de base aux discussions finales. Entretemps, les chefs d’Etat et de gouvernement se seront retrouvés dans un sommet spécial organisé par l’ONU à New York.

 



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