«Frankenfish»: plainte associative contre la FDA

Le 01 avril 2016 par Romain Loury
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AquAdvantage pousse plus vite
AquAdvantage pousse plus vite
Aquabounty

Plusieurs associations américaines portent plainte contre la Food and Drug Administration (FDA), suite au feu vert, accordé en novembre 2015, à la commercialisation du saumon transgénique AquAdvantage. Selon elles, l’agence a lourdement sous-estimé les risques environnementaux.

Promis, ce n’est pas un poisson d’avril: jeudi 31 mars, le Center for Food Safety, Food and Water Watch, Friends of the Earth et d’autres associations ont annoncé porter plainte contre la FDA suite à l’autorisation du saumon AquAdvantage, premier animal transgénique destiné à l’alimentation.

Surnommé «Frankenfish» par ses détracteurs, ce saumon est porteur d’un gène codant une hormone de croissance, normalement présent chez le saumon chinook (Oncorhynchus tshawytscha) de l’océan Pacifique. Cette modification génétique lui confère une croissance deux fois plus rapide que son cousin sauvage, le saumon atlantique (Salmo salar).

Pour la FDA, l’animal ne poserait problème ni pour la santé humaine ni pour l’environnement. D’une part l’entreprise, AquaBounty, a mis en place toutes les mesures pour empêcher leur évasion des bassins -basés à terre et non en mer-, d’autre part ces poissons transgéniques sont exclusivement femelles et théoriquement stériles[i].

Un projet pour faire passer la pilule

Cette évaluation environnementale s’avère assez sommaire, et ce pour une raison assez simple: la FDA ne peut se prononcer que sur les impacts en territoire américain. Or le projet que lui a soumis AquaBounty prévoit que les œufs soient produits au Canada (sur l’Ile-du-Prince-Edouard), puis acheminés au Panama, où les saumons seront élevés en bassin jusqu’à maturité, puis transformés en filets. Ils ne connaîtront donc jamais, vivants, le sol américain.

Pourtant, et AquaBounty n’en s’en cache pas, il ne s’agit là que du projet initial, peu viable économiquement selon les associations: l’entreprise espèce rapidement livrer les œufs de saumon directement aux Etats-Unis. Et à terme à d’autres pays, dont le Canada, l’Argentine, le Brésil et la Chine.

Autant de projets de développement dont la FDA ne dit mot, et qui pourraient changer bien des choses d’un point de vue environnemental, au cas où le saumon viendrait à s’échapper d’un bassin états-unien. Pour les associations, l’éventuelle évasion d’un AquAdvantage pose le risque de croisement avec des espèces sauvages, qui se trouveraient encore plus fragilisées.

Traité comme un médicament vétérinaire

Autre grief, la FDA n’est selon elles pas fondée à évaluer un tel produit. Elle la fait sur la base du Federal Food, Drug, and Cosmetic Act de 1938, rangeant l’AquAdvantage dans la classe des médicaments vétérinaires. Pour les associations, il n’y a rien de commun entre ces produits, utilisés dans l’élevage pour traiter des maladies animales, et l’introduction d’un gène susceptible d’être transmis à la descendance.

Plusieurs Etats, dont la Californie et l’Alaska, ainsi que de grandes chaînes de distribution et de restauration, avaient annoncé qu’elles ne l’élèveraient pas, pour les premiers, ou ne le commercialiseraient pas, pour les secondes. A l’exception de quelques Etats (Maine, Vermont, Connecticut), l’étiquetage GM d’AquAdvantage n’est pas obligatoire aux Etats-Unis, comme pour les plantes.



[i] Le saumon AquAdvantage est triploïde, c’est-à-dire qu’il porte 3 copies de chaque chromosome au lieu de 2.

 



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