Françoise Gaill : «jusqu’à quand l’océan va-t-il absorber l’excédent de chaleur ?»

Le 25 septembre 2019 par Stéphanie Senet
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Françoise Gaill est directrice de recherche au CNRS et vice-présidente de la plateforme Océan et Climat
Françoise Gaill est directrice de recherche au CNRS et vice-présidente de la plateforme Océan et Climat

 

Directrice de recherche au CNRS et vice-présidente de la Plateforme Océan et Climat (POC)[1], François Gaill décrypte pour le JDLE les principaux enjeux du premier rapport spécial du Giec[2] dédié à l’océan et à la cryosphère.



[1] Créée en juin 2014 à l’occasion de la journée mondiale des océans, la plateforme regroupe aujourd’hui 70 membres : instituts de recherche, ONG, institutions françaises et agences internationales, entreprises et collectivités.

[2]

 

Pourquoi ce rapport spécial a-t-il été commandé au Giec ?
Dès la COP21, plusieurs petits Etats insulaires se sont mobilisés pour que le rôle de l’océan soit pris en compte dans la lutte contre les changements climatiques, ainsi que les changements à l’œuvre dans les océans.  Ils ont été rejoints par d’autres Etats dont Monaco et la France. C’est là que l’idée d’un rapport spécial est née. En parallèle, des travaux ont été menés par le secrétariat général de l’ONU avec un premier rapport publié au lendemain de l’Accord de Paris et un deuxième rapport prévu en 2020, axé sur les solutions à mettre en œuvre, dans une perspective plus stratégique.

 

Quelles sont les évolutions les plus marquantes ?

C’est un rapport extraordinaire qui a nécessité un travail titanesque. Extraordinaire parce qu’il dresse un état des lieux des grands changements physiques, géophysiques, biologiques qui touchent les océans mais aussi de l’évolution de ses services écosystémiques, comme les ressources halieutiques ou la séquestration de carbone. C’est donc un rapport très holistique. Il faut rappeler que l’océan a déjà absorbé 94% de l’excédent de chaleur des systèmes climatiques mais on ne sait pas précisément jusqu’à quand, et dans quelle mesure, il va pouvoir continuer à le faire. Il revoit par ailleurs à la hausse l’élévation du niveau de la mer, plus rapide que prévu, ainsi que les conséquences sur la cryosphère, c’est-à-dire l’ensemble de s neiges permanentes, glaciers de montagne, calottes glaciaires, banquise et sols gelés, en évaluant leur fonte potentielle. Si l’acidification des océans est déjà connue, ce rapport s’arrête plus spécialement sur la perte d’oxygène, estimée entre 3 et 4% d’ici à 2100[1]. Les zones mortes se multiplient à travers le monde. C’est un phénomène majeur, dû à la stratification de l’océan, qui réduit les nutriments disponibles pour les écosystèmes marins.

Quelles sont les évolutions attendues en matière de services écosystémiques ?

Les ressources halieutiques sont directement touchées par le réchauffement, avec des déplacements des populations qui ont des conséquences importantes en matière de sécurité alimentaire (cf papier pêche). L’élévation du niveau de la mer a bien sûr un impact majeur sur le littoral. Aujourd’hui 680 millions de personnes vivent dans des régions côtières et il y en aura un milliard dès 2050. Enfin, ce rapport évoque pour la première fois le carbone bleu, c’est-à-dire la capacité des mangroves et des herbiers à stocker le carbone. C’est une question compliquée mais il faut préserver ces écosystèmes marins, qui nous protègent déjà lors d’évènements climatiques extrêmes.

 

Quelles sont vos attentes suite à cette publication ?

La France a mis en place un plan de lutte contre les changements climatiques. Elle doit maintenant prendre plus spécifiquement en compte l’océan avec une stratégie globale sur le recul du trait de côte et sur l’évolution du littoral. Il faut aussi un grand plan d’investissement d’avenir dédiée à la recherche dans le cadre de la décennie des sciences océaniques lancée par l’ONU en 2021. Le rapport du Giec cartographie de façon remarquable les lacunes scientifiques actuelles. De nouvelles recherches doivent être lancées, notamment sur les habitats benthiques, qui se trouvent au fond des océans et qui sont potentiellement les plus grands réservoirs de carbone des milieux marins.



[1] par rapport à la période 2006-2015 selon le scénario RCP 8.5

 

Littoral mouvant / La ministre de la transition écologique a annoncé, ce 25 septembre, l’extension de la réserve naturelle des Terres australes françaises, créée en 2006, de 500.000 kilomètres carrés (environ la superficie de la France métropolitaine). Elle a ajouté qu’une stratégie dédiée au trait de côte serait mise en place après les propositions du député Stéphane Buchou, rendues cet automne. Plus largement, Elisabeth Borne a affirmé qu’il fallait «repenser l’aménagement de notre littoral».

 



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