Francfort: un salon de l’auto très électrique

Le 11 septembre 2017 par Valéry Laramée de Tannenberg
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En Allemagne, la Poste passe à l'électrique.
En Allemagne, la Poste passe à l'électrique.
La Poste

L’électrification du parc automobile mondial se poursuit à un rythme accéléré. Avec des conséquences parfois inattendues sur l’industrie.

 

Les vedettes du Salon de l’automobile de Francfort, qui ouvre ses portes jeudi 14 septembre, ne seront pas celles qui font rêver les aficionados de la puissance et de la vitesse. Bien sûr, Mercedes dévoilera son dernier bolide, carrément doté d’un moteur de F1. Bugatti annoncera que sa surpuissante Chiron pourrait dépasser le mur des 500 km/h. Mais ces météores ont-ils encore leur place sur la route?

Interdiction du thermique

Rien n’est moins sûr. Car l’industrie automobile est à un carrefour de son histoire. Pressés par les scandales du dieselgate, soumis à la concurrence de nouveaux entrants (Tesla), les constructeurs traditionnels voient poindre un autre nuage noir: l’interdiction des véhicules thermiques. La France et le Royaume-Uni ont déjà annoncé la fin de la commercialisation des véhicules à moteur thermique pour 2040. Un obstacle franchissable par l’industrie, ces deux pays pesant moins de 1% du marché mondial. Non, le véritable problème est à l’Est.

La Chine gonfle l’offre

En fin de semaine dernière, le gouvernement chinois a confirmé travailler sur une interdiction de la production et de la vente des voitures carburant à l’essence et au gazole. L’Empire du milieu pesant le quart du marché mondial, sa décision va gonfler rapidement l’offre de véhicules électriques.

Et c’est bien de cela qu’il sera principalement question à Francfort. Tous les constructeurs ou presque vont présenter des gammes renouvelées et fortement dopées à l’électricité. Certains vont plus vite encore. BWM annonce l’électrification de 25 modèles en 8 ans. Dès 2019, Volvo ne produira plus que des véhicules totalement électriques ou hybrides. Outre-Manche, Jaguar Land Rover proposera une version électrique de tous ses nouveaux modèles à partir de 2020. Ford fera un peu moins bien en 2021: 13 modèles seulement. Fiat-Chrysler pourrait passer la moitié de son catalogue à l’électron d’ici à 2022. Porsche va investir 1 milliard d’euros dans le développement de bolides électriques.

Le rythme de la transformation

L’électrification de la bagnole s’accélère donc. Reste à savoir quel sera le rythme de cette transformation qui affecte non seulement l’industrie automobile mais aussi le secteur de l’énergie. Sans oublier, bien sûr, la santé des urbains.

Bien malin, celui qui pourra répondre à la question. Selon le consultant spécialisé Jato, la part de marché des voitures hybrides ou totalement électriques pourrait atteindre 43% en 2026, contre 6% en 2015[1]. A voir.

L’industrie pétrolière aimerait bien savoir, elle aussi. Car moins de voitures thermiques, c’est aussi moins de carburants consommés. Aujourd’hui, les voitures brûlent l’équivalent de 20% de la production pétrolière. BP n’est pas très inquiète. La Major britannique rappelle que la taille du parc automobile mondial va doubler d’ici 2035. Et que, sur les 1.800 millions de voitures, une centaine de millions seulement carbureront à l’électricité[2].

Inquiétudes chez les pétroliers

Trop peu pour influer sur la demande de brut. Même avec la sobriété croissante des moteurs thermiques. «L’arrivée d’une centaine de millions de véhicules électriques va réduire de 1,2 million de barils la consommation quotidienne de pétrole: c’est 10% des économies attendues du fait de l’amélioration de l’efficacité énergétique des véhicules», souligne Spencer Dale, l’économiste en chef de BP.

Salée. Au moins 1.914.965 véhicules diesel de génération Euro 5 estampillés Peugeot et Citroën rouleraient avec un moteur truqué pour diminuer les émissions d’oxyde d’azote, selon le rapport de la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF), auquel Le Monde a eu accès. L’amende pourrait être salée (5 milliards d’euros, soit 10% de la moyenne du chiffre d’affaires des exercices 2013, 2014 et 2015) et les responsabilités recherchées au plus haut niveau de l’entreprise, y compris parmi les anciens dirigeants. PSA, qui n’a pour l’instant pas accès à la procédure, a démenti «toute stratégie frauduleuse».

 

Tout le monde ne partage pas ce point de vue. Statoil, la compagnie pétrolière norvégienne, estime que les voitures électriques représenteront un tiers des ventes de véhicules neufs en 2030. Entre 2015 et 2016, l’estimation du parc électrique mondial à 2040 de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep) est passée de 46 à 240 millions.

Dans une récente étude, Bloomberg New Energy Finance va plus loin. Le consultant spécialisé estime que le développement du véhicule électrique pourrait faire chuter de 8 millions de barils la demande quotidienne de brut vers 2040. De quoi faire sensiblement baisser les prix de l’or noir et la rentabilité du secteur.

Total ne s’y est d’ailleurs pas trompé. Le pétrogazier français est le seul à miser sérieusement sur les autres sources d’énergie que les hydrocarbures. Créée l’an passé, sa direction des énergies renouvelables, du gaz et de l’électricité devra réaliser 20% du chiffre d’affaires du groupe d’ici à 2035. Un sacré challenge.

 



[1] Dont moins de 2% pour l’électrique pur.

[2] En 2015, BP estimait que 60 millions de véhicules électriques rouleraient en 2035.

 



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