France, ton sol fout le camp

Le 21 novembre 2011 par Geneviève De Lacour
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Après 10 années de mesures, de collectes et d’analyses, le premier bilan de l'état des sols en France a été publié par le Groupement d'intérêt scientifique sur les sols (GIS Sol). Ce travail s’appuie sur un réseau de 2.200 sites de mesures et une banque de données de 19 millions d’analyses de terres agricoles. Les scientifiques ont ainsi pu établir un premier état des sols français et constater les premières tendances: l’artificialisation et l’érosion des sols s’accélèrent. Mais, en général, leur contamination reste faible.

«Les sols français sont faiblement contaminés et aucun n'est stérile, mais les teneurs en phosphore sont souvent ou trop faibles ou trop élevées, l'artificialisation des sols agricoles s'accélère et l'érosion est menaçante.» Ce bilan des sols, le premier du genre réalisé en France, a été publié vendredi 19 novembre par le groupement* d’intérêt scientifique sur les sols (GIS Sol) créé en 2001.
 
Pendant 10 ans, l’unité Info Sol de l’Institut national de recherche agronomique (Inra), le bras armé du GIS Sol, a collecté toutes les analyses de terres agricoles –soit 19 millions de résultats d’analyses-, mais aussi mis en place un nouveau réseau de 2.200 sites de mesures sur tout le territoire selon un maillage de 16 kilomètres par 16. Ce nouveau réseau permettra de suivre, en contrôlant scientifiquement l’échantillonnage, l’évolution des sols au cours du temps.
 
Les sols, rappelle le rapport, «sont au cœur de grands enjeux planétaires comme la sécurité alimentaire, le changement climatique, la disponibilité en eau de qualité ou la biodiversité». D’une épaisseur de l'ordre du mètre en France métropolitaine, le sol s'étend de la surface de la terre jusqu'aux premières traces de roche.
 
Ainsi, selon les auteurs du rapport, en 2010, l'artificialisation a affecté 8,9% des sols français. Et le phénomène s’est beaucoup accéléré au cours des 10 dernières années. L'agriculture -principale victime- perd ainsi l'équivalent d'un département moyen tous les 7 ans. Pour Dominique Arrouays qui a dirigé ce travail, «la bétonisation est la principale menace qui pèse sur les sols». Car l’artificialisation limite le rôle tampon des sols en cas d’inondation.
 
«Une autre inquiétude majeure est relative à l'érosion des sols», souligne le chercheur, évoquant notamment les sols agricoles des grands bassins parisien et aquitain. Un phénomène accentué par un certain nombre de pratiques comme la mise à nu des sols ou le remembrement. «L’érosion est susceptible de remettre en cause la durabilité à long terme de certains agro-écosystèmes», et pourrait se trouver amplifiée sous l'effet du réchauffement climatique qui devrait favoriser les événements climatiques extrêmes, selon le Groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat (Giec).
 
Des événements qui pourraient aussi précipiter le déstockage de carbone organique. Le stock français, considérable, atteint 3,2 milliards de tonnes dans les 30 premiers centimètres, ce qui joue un rôle de «levier temporaire d'atténuation des émissions de gaz à effet de serre», mais évidemment pendant une durée «incertaine».
 
En ce qui concerne la contamination des sols, les teneurs sont faibles pour la majorité des éléments métalliques. Cependant les teneurs en cadmium ou en plomb demeurent élevées autour de grandes agglomérations ou près de zones industrielles, comme en région parisienne et dans le Nord-Pas-de-Calais. Cette pollution diffuse correspond à des dépôts aériens provenant des essences plombées (avant leur interdiction) ou d’industries métallurgiques. En outre, «la contamination en cuivre est omniprésente dans les sols viticoles», dont certains présentent aussi «de fortes teneurs en plomb».
 
Quelques polluants organiques persistants (POP) ont été détectés dans tous les sols. Le DDT et le lindane, produits chimiques pourtant interdits depuis plusieurs années, mais de très longue durée de vie, sont très présents dans l'ensemble des sols français, mais à faible concentration. Ces polluants ne présentent donc «qu'un très faible risque de transfert dans la chaîne alimentaire», précisent les experts.
 
Ce qui n’est pas le cas pour le chlordécone présent dans les sols martiniquais et guadeloupéens. En effet, ce polluant organique particulièrement persistant, et préoccupant, peut être absorbé par certains légumes racinaires tels que la patate douce ou l’igname.
C’est pourquoi, «il est important de garder la mémoire des sols», explique Dominique Arrouays. «Le cuivre de la bouillie bordelaise n’est pas absorbé par les raisins et le chlordécone ne passe pas dans la banane. Mais en changeant de culture, on peut favoriser le passage du contaminant dans l’alimentation.» Et le scientifique de l’Inra de compléter: «Il faudra donc choisir des cultures qui ne favorisent pas l’accumulation des métaux». Le groupe Info Sol a d’ailleurs mis en place un conservatoire pour conserver la mémoire des sols.
 
Autre constat: il n'y a pas d'évolution notable de l'acidité des sols, ni de la teneur en potassium. Les teneurs en phosphore sont relativement faibles dans de nombreux sols, mais en excédent dans les régions d'élevage telles que la Bretagne, une situation «très préoccupante en raison de son impact sur la qualité des eaux et sur l'eutrophisation des milieux».
 
Le rapport note aussi la richesse des sols en micro-organismes qui, indique-t-il, «représentent un potentiel considérable pour une gestion plus écologique des sols et de la production agricole».
 
Enfin, en ce qui concerne le dessèchement des sols lié au changement climatique, «nous n’avons pas encore suffisamment de recul pour savoir si la modification du climat va favoriser le stockage ou le déstockage de carbone», affirme Dominique Arrouays. Il faudra attendre le prochain bilan, dans 10 ans.
 
 
*Le Groupement d’intérêt scientifique sur les sols regroupe le ministère de l’agriculture, le ministère de l’écologie, l’Inra, l’IRD, l’Ademe et l’Inventaire forestier national.


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