Français: comment voulez-vous gérer vos déchets et matières radioactifs?

Le 18 avril 2019 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Cinq mois durant, les Français pourront débattre de la gestion des déchets et matières radioactifs.
Cinq mois durant, les Français pourront débattre de la gestion des déchets et matières radioactifs.

Cinq mois durant les citoyens sont invités à s’exprimer sur le plan national de gestion des matières et déchets radioactifs. Un débat d’importance au moment où l’industrie nucléaire peine à esquisser une fin de vie pour tous ses résidus.

 

C’est une véritable passion française. Le débat sur le nucléaire est un sport auquel gouvernements, lobbies, parlementaires, associations et citoyens s’adonnent avec joie et régularité. Le débat public sur le plan national de gestion des matières et déchets radioactifs (PNGMDR), qui s’est ouvert mercredi 17 avril, se situe dans la lignée d’une longue série de concertations initiée dans les années 1990.

Entre les débats thématiques organisés par les gouvernements (1995, 2003, 2013), le Parlement (1991, 2004, 2006, 2015, 2016) et la commission nationale du débat public (2013, 2018, 2019), onze consultations ont été organisées en 28 ans, soit une discussion tous les deux ans et demi. Pas mal pour un sujet soi-disant confisqué par la technocratie et la nucléocratie. Et dans son décompte, le JDLE vous épargne les mises en consultation

Présidée par la magistrate Isabelle Harel-Dutirou, la commission particulière chargée de l'animation du débat public sur le PNGMDR entend innover. Il ne s’agit plus de faire phosphorer les parties prenantes sur un projet technologique (Cigeo ou l’EPR), une loi (loi Fontaine, LTECV) mais sur une politique pluriannuelle. Et contrairement au récent débat sur la programmation pluriannuelle de l’énergie, les citoyens qui s’investiront dans les 5 mois de débats qui s’annoncent auront un texte sur lequel se faire une opinion.

paratonnerres et curiethérapie

Rédigé par la direction générale de l’énergie et du climat (DGEC) et par l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) le PNGMDR organise la gestion de tous les déchets et de toutes les matières radioactifs. Du 17 avril au 24 septembre, les Français pourront s’informer et s’exprimer sur la production et les modes de gestion des sources radioactives (utilisées pour le contrôle de soudure), des résidus d’examens médicaux (iode radioactive), des déchets du passés (instruments de curiethérapie, vieux paratonnerres), et pas uniquement sur les déchets et les combustibles usés générés par les 58 réacteurs nucléaires d’EDF.

 «Le sujet est difficile, clivant, mais c’est un sujet de société», reconnaît Isabelle Harel-Dutirou. Ce qui n’a pas suffi à convaincre certaines organisations anti-nucléaire, qui vont boycotter le débat. «À quoi bon débattre des options de gestion de ces substances ingérables, si la seule solution réellement existante, à savoir l’arrêt de leur production, est exclue par les pouvoirs publics», s’interroge, dans un communiqué, le Réseau Sortir du nucléaire. D’autres associatifs ont été plus participatifs, à l’image du physicien Bernard Laponche qui a activement contribué à la préparation du débat.

retravailler la réversibilité

Solutions verrouillées, est-ce d'ailleurs si sûr? La loi du 28 juin 2006 retient le stockage géologique profond comme solution pour les déchets à haute et moyenne activité à vie longue. Stockage qui devra être réversible durant le premier siècle d’exploitation. «Il faut qu'on travaille sur la définition de la phase industrielle pilote et la réversibilité», a reconnu Virginie Schwarz, directrice de l’énergie du ministère de la transition écologique.

Très radioactifs (graphite des centrales UNGG) ou très faiblement actif (ferrailles des installations en démantèlement), représentant de faibles volumes (déchets bitumés) ou de gros tonnages (uranium appauvri), nombre de catégories de déchets et de matières recensées par le PNGMDR n’ont pas encore trouvé d’exutoire définitif. Le débat peut ouvrir ou fermer quelques pistes de réflexion.

L’une des plus discutées sera sans doute celle menant au «seuil de libération». Derrière cette expression: la possibilité dont aimerait bénéficier l’industrie nucléaire de pouvoir recycler les importants tonnages de ferrailles faiblement actives issues du démantèlement de ses installations. La réglementation allemande autorise cette économie circulaire, pas la française.

que voulez-vous?

Quelle pourrait être la réponse du gouvernement pour le cas où le PNGMDR serait refusé par une majorité de citoyens? Difficile à dire. «Les Français devront dire s’ils en veulent ou pas. Et s’ils n’en veulent pas, je leur dirai: que voulez-vous?», indiquait le secrétaire d’Etat Sébastien Lecornu, en mars 2018, lors de l’annonce du lancement du débat.

Toutes les réponses seront audibles, rappelle la présidente de la commission nationale du débat public, Chantal Jouanno. Même si elles impliquent un retour en arrière: «Nous sommes à un moment charnière de notre histoire, où les gens n’ont, peut-être, plus envie des mêmes choses qu’il y a 10 ans», poursuit Isabelle Harel-Dutirou. Réponse, le 25 septembre prochain.



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