Fractures, cancers… le lait démasqué?

Le 05 novembre 2014 par Romain Loury
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Trouvez le coupable
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Les produits laitiers sont «nos amis pour la vie»… sauf le lait, qui pourrait bien l’écourter, si l’on en croit une grande étude suédoise publiée dans le British Medical Journal (BMJ). Car contre toute attente, le lait, mais non les autres produits laitiers, serait lié à une hausse du risque de mortalité chez les personnes vieillissantes. Bien que recommandé pour la santé osseuse, il pourrait favoriser le risque de fracture.

Emanation du programme national Nutrition Santé (PNNS), le site mangerbouger.fr conseille de «consommer suffisamment, mais sans excès (3, voire 4 par jour), des produits laitiers pour leur apport en calcium». Or, comme la plupart des recommandations nutritionnelles, celle-ci ne fait aucune différence entre le lait et les produits laitiers fermentés, dont le yaourt et les fromages.

D’un point de vue sanitaire, la différence serait pourtant de taille, selon une étude suédoise publiée dans le BMJ. Menée sur deux grandes cohortes nationales, l’une féminine, l’autre masculine, soit près de 107.000 participants âgés de 39 à 79 ans, elle révèle que le lait est lié à une hausse du risque de mortalité au cours de la période de suivi [1], de 15% par verre quotidien chez les femmes.

C’est d’ailleurs chez celles-ci que l’effet est le plus marqué. En prenant à la lettre la recommandation de «3, voire 4» portions par jour, consommées uniquement sous forme de lait, le sur-risque de mortalité, notamment de type cardiovasculaire ou cancéreuse, s’élève même à 93% par rapport à moins d’un verre par jour.

Riches en calcium et vitamine D, les produits laitiers fortifieraient les os, raison pour laquelle ils sont tant conseillés chez les personnes âgées. Or là aussi, le lait pourrait être contre-productif: chez les femmes, tout verre quotidien accroît le risque de fracture de la hanche de 9% [2].

A l’inverse, les autres produits laitiers, qui dans l’étude étaient consommés par des personnes de même profil, ce qui limite les risques de biais statistique, étaient liés à une baisse du risque de mortalité et de fracture.

Le D-galactose responsable?

Quel est donc le composant qui différencierait le lait et ses produits dérivés? Pour les chercheurs, il s’agit du D-galactose, l’un des deux sucres (avec le D-glucose) qui constitue le lactose. Ce dernier constitue 5% du lait, mais il est très peu présent dans les produits fermentés.

Lors de précédents travaux chez la souris, le D-galactose s’est avéré diminuer la durée de vie, du fait qu'il engendre un état d’inflammation chronique et de stress oxydatif. De quoi fragiliser les os, et annuler, voire inverser, tout bénéfice éventuel du calcium et de la vitamine D.

Selon les chercheurs, rien n’empêche qu’il en soit de même chez l’homme. Ce que suggère d’ailleurs une autre de leurs expériences: les personnes buvant du lait présentent des taux plus élevés de 8-iso-PGF2alpha, marqueur sanguin d’inflammation et de stress oxydatif, alors qu’il est bas chez les personnes consommant des yaourts.

Appelant à la prudence quant à l’interprétation de ces résultats, Mary Schooling, professeure à la New York School of Public Health, estime dans un éditorial que «le rôle du lait dans la mortalité doit être mieux établi, sa consommation étant amenée à augmenter avec le développement économique». Constat troublant, les grands consommateurs de lait, à savoir les Etats-Unis et l’Europe, ne sont pas ceux où les fractures, les accidents cardiovasculaires et les cancers sont les plus rares… bien au contraire.

Publiée dans le British Journal of Cancer, une autre étude suédoise vient conforter ces résultats: menée chez des personnes intolérantes au lactose, donc évitant le lait, elle révèle une baisse du risque de plusieurs cancers, notamment du sein (-21%) et de l’ovaire (-45%), deux maladies suspectées d’être en partie liées aux laitages. Plus étonnant, les intolérants au lactose auraient aussi 45% moins de risques de développer un cancer du poumon.

[1] La période de suivi était en moyenne de 20 ans chez les femmes, de 11 ans chez les hommes.

[2] Il s’agissait des fractures du col du fémur, des fractures du trochanter  et des fractures sous-trochantériennes.



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