Fracking: le début de la fin du rêve américain?

Le 08 février 2016 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Une dette sans fin ?
Une dette sans fin ?

La chute des prix du brut pénalise l’industrie pétrolière américaine. Avec à la clé des risques financiers et environnementaux majeurs.

La stratégie saoudienne commence à porter ses fruits. En laissant ses vannes toutes grandes ouvertes, le royaume wahhabite a massivement contribué à faire chuter le prix du baril de brut. Un mouvement facilité, il est vrai, par le ralentissement économique de ces derniers mois et l’exceptionnelle douceur de l’hiver, en Europe. Selon les marchés et les qualités: le baril d’or noir se négocie entre 30 et 34 dollars (entre 26,8 et 30,4 €). On est loin des 52 $ (46,5 €), en moyenne, observés l’an passé[1].

Deux conditions essentielles

L’effondrement des prix, et des marges des compagnies pétrolières, n’est pas la seule conséquence de cette guerre déclarée par l’Arabie aux Etats-Unis. Premier producteur mondial d’hydrocarbures, l’Oncle Sam doit sa place sur le podium des énergies fossiles au boom du pétrole et du gaz de roche-mère. Deux conditions sont essentielles pour que prospère l’exploitation de ces pétrole et gaz de schiste. Primo, on ne doit jamais s’arrêter de forer pour récupérer le maximum d’huile ou de précieuses molécules, piégées dans des structures géologiques peu perméables ou compactes. Secundo, on doit recourir à la fracturation hydraulique (le fracking). On peut ainsi mesurer le dynamisme du secteur américain, en fonction du volume d’hydrocarbures produit mais aussi du nombre de forages mis en production.

Productions en berne

Or ces deux chiffres sont à la baisse. Depuis le printemps 2015, la production d’or noir US ne cesse de baisser. En novembre 2015, 9,3 millions de barils étaient extraits chaque jour, soit 4% de moins qu’en avril. Et les perspectives ne sont guère encourageantes. Cette année, la production moyenne devrait tomber sous la barre des 8,8 millions barils/jour, pour atteindre 8,5 millions de barils quotidiens en 2017.

Côté gaz: la production US (hors golfe du Mexique) a baissé de 2,6% l’an passé par rapport à 2014. 2016 devrait être dévastatrice. L’EIA estime que la production terrestre de gaz naturel pourrait chuter de 8% par rapport à 2015. Ce n’est pas encore la fin du monde. Mais ça pourrait en être le début. Et c’est précisément ce qui inquiète la communauté financière.

Les foreurs (et leurs clients pétroliers et gaziers) gagnaient très bien leur vie tant que le prix du baril se situait au-delà (les avis divergent selon les consultants) de 80, voire 60 $/baril. Nous n’en sommes plus là. Et avec la persistance de l’Opep[2] de maintenir bas les niveaux de prix, la faiblesse de l’économie chinoise et le retour prochain du pétrole iranien sur la scène mondiale, nul n’imagine voir la courbe des prix du brut repartir à la hausse de sitôt.

Faillites et ardoises

Haynes and Bonnes a fait ses comptes. Dans une note mise en ligne début janvier, le cabinet juridique spécialiste des questions pétrolières estime à 42 le nombre de compagnies pétrolières américaines en faillite. Le montant total de l’ardoise s’élève déjà à 17 Md$ (15,2 Md€). «Et les indicateurs industriels et économiques suggèrent que davantage de producteurs feront faillite en 2016», précise-t-il. Le grand parapétrolier Baker Hugues estime que le nombre de forages pétroliers pourrait diminuer d’un tiers aux Etats-Unis si les cours ne remontent pas dans le courant de l’année. Mais la dégringolade pourrait être plus rapide encore. Selon certaines estimations, plus de 1.600 Md$ (1.431 Md€) auraient été investis, ces dernières années, dans la production de pétrole de roche-mère, outre-Atlantique: cinq fois plus que le montant des subprimes.

A cette catastrophe financière annoncée s’ajoute un risque environnemental d’ampleur: les puits orphelins. Abandonnés par des pétroliers en faillite, les anciens forages se dégradent rapidement. Dans les Etats de l’Ohio et du Texas, 20% des contaminations des nappes d’eau souterraines sont imputables à des fuites causées par des puits abandonnés. Des installations dont le nombre est déjà considérable. En 2014, les autorités en recensaient déjà plus de 8.300 dans le seul Etat de Pennsylvanie. La mise en sécurité d’un seul puits coûte plusieurs dizaines de milliers de dollars. Pas facile à financer lorsque l’argent manque cruellement.



[1] Sans oublier les 101 $ observés en juin 2014.

[2] Organisation des pays exportateurs de pétrole

 



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