Fracking: au tour de l’Australie de s’inquiéter des fuites de gaz fugitives

Le 27 novembre 2012 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Les champs gaziers de Tara (Australie).
Les champs gaziers de Tara (Australie).

Les faits commencent à donner raison à Robert Howarth. Le chercheur de l’université Cornell, à New York, avait calculé que le bilan carbone des gaz non conventionnels pouvait être moins bon que celui du charbon (alors que la combustion du charbon est près de deux fois plus émettrice que celle du gaz naturel).

En cause: le taux de fuite supposé du méthane extrait par fracturation hydraulique. Dans son article, publié en mars 2011 par Climatic Change, le scientifique évalue le taux de fuite entre 3,6 et 7,9%. Une estimation contestée par le milieu des foreurs.

D’autres études vont pourtant dans le même sens que les travaux du scientifique new-yorkais. En février dernier, une scientifique de l’université de Boulder (Colorado) a publié dans le Journal of Geophysical Research les résultats d’analyses de la qualité de l’air réalisées à proximité de gisements de gaz naturel, exploités par fracturation hydraulique. Hors pertes imputables aux gazoducs, Gabrielle Pétron et son équipe estiment le taux de fuite des puits à 4%: le double de ce qu’indiquent les inventaires officiels.

Semblable mésaventure est en train de se produire pour l’industrie gazière australienne. La semaine passée, deux biogéochimistes de l’université South Cross (Nouvelle Galle du Sud, Australie) ont publié, par communiqué, les résultats d’une campagne de spectrométrie, réalisée à proximité des champs gaziers de Tara.

Dans ces gisements, la compagnie britannique BG, produit du grisou —le gaz naturel produit dans les veines de charbon— par fracturation hydraulique (fracking). Or le spectromètre des docteurs Damien Maher et Isaac Santos est formel: à proximité des puits, la teneur dans l’air de CO2 est de 541 parties pour million (50% de plus que la teneur atmosphérique); celle de méthane est proche des 7 ppm, plus de trois fois le bruit de fond naturel dans la région. Selon les calculs des deux chercheurs, le taux de fuite des puits serait donc proche des 4%, déjà estimés par Gabrielle Pétron: près de 40 fois les taux admis par les gaziers australiens.

Très critiquée par le ministre de l’énergie Martin Ferguson, et par le patron du lobby pétrolier australien, l’étude de Maher et Santos ne pouvait plus mal tomber pour l’industrie gazière. D’une part, parce qu’elle contredit totalement une évaluation des émissions fugitives du champs de Tara, réalisée en 2010 par l’inspection du pétrole et du gaz du Queensland.

D’autre part, parce que les entreprises qui émettent plus de 25.000 tonnes équivalent CO2 par an doivent désormais participer au marché australien du carbone. Chaque tonne de GES rejetée dans l’atmosphère doit être «compensée» par l’achat d’un permis d’émission dont le coût atteint 23 dollars (18,5 euros).

Si les données des deux chercheurs australiens étaient extrapolées à l’ensemble des 30.000 puits de gaz exploités dans l’île-continent, l’industrie gazière devrait acquérir pour 3,8 Md$ (3 Md€) de quotas d’émission par an, estime Matthew Wright du centre de recherche Beyong Zero Emissions (BZE). De quoi changer la donne énergétique. Or l’Australie commence à réduire sa consommation de charbon, au profit du gaz, pour alléger son bilan carbone. Il va falloir colmater les brèches.



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