Forum de Mexico: les ONG défendent une approche locale

Le 20 mars 2006 par Ludivine Hamy
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«Des actions locales pour un défi mondial»: tel est le thème du Forum mondial de l’eau, organisé du 16 au 22 mars à Mexico. Au-delà des discours politiques et des déclarations d’intention, les organisations non gouvernementales demandent que des moyens concrets soient mis en œuvre pour renforcer les acteurs publics nationaux et locaux et favoriser l’émergence de compétences locales en matière de gestion de l’eau et d’assainissement.

Selon le rapport «Développer la richesse en eau: rendre les infrastructures de l'eau efficaces pour les pauvres» (1) publié par l'association International Rivers Network, le développement de petites infrastructures en eau décentralisées, bon marché et écologiquement soutenables, peut répondre aux besoins fondamentaux du milliard de personnes privées d'eau potable dans le monde, et des 2 milliards privées d'assainissement. Ainsi, «en dépensant 20 milliards de dollars sur 10 ans dans des technologies en eau décentralisées, on pourrait sortir 100 millions de personnes de la misère, pour un bénéfice économique de 300 à 600 milliards de dollars. Cette dépense représenterait moins de 10% de ce que les pays en développement ont investi dans les grands barrages dans la décennie 1990», affirme Patrick McCully, président de l'association.

Le problème, dénoncé par de nombreuses ONG, est que les institutions financières internationales (Banque mondiale, FMI…) et les gouvernements focalisent leur aide sur de grands projets de barrages qui, in fine, ne bénéficient pas aux plus pauvres. «Centralisées et coûteuses, [ces méga-infrastructures] ont des impacts environnementaux et sociaux massifs et souvent inutiles, aggravent les inégalités et ne bénéficient pas aux plus pauvres, comme l'ont montré les travaux de référence de la Commission mondiale des barrages» souligne, dans un communiqué, l'association Les amis de la terre. Les écologistes souhaitent ainsi tordre le coup au mythe du «big is beautiful» et défendrent l'option des solutions locales et décentralisées.

Dans le même esprit, un collectif d'associations françaises (2) milite pour la construction d'un véritable service public de l'eau géré par les acteurs locaux. Rappelant que «les programmes de développement sont censés aider les acteurs du Sud à développer leurs compétences pour gérer par eux-mêmes et sur le long terme ce service public de l'eau», les ONG demandent que la France cesse de diffuser un modèle de gestion de l'eau typiquement français qui n'est pas forcément applicable à d'autres contextes. Le renforcement des acteurs publics nationaux et locaux s'impose dès lors comme une priorité. «Il appartient aux autorités publiques nationales en concertation avec les autorités locales (collectivités, communautés rurales, chefferie traditionnelle, associations…) de décider de l'organisation du service public de l'eau sans être soumises aux conditionnalités des bailleurs privilégiant l'intervention des grands groupes privés du Nord (multinationales, bureaux d'études, etc.) ou le principe de recouvrement intégral des coûts auprès des usagers sans subventions ou péréquations», déclare le collectif français.

Autre revendication intéressante: afin de protéger les entreprises des pays du Sud de la concurrence mondiale organisée dans le cadre de l'Organisation mondiale du commerce (OMC), les associations environnementales demandent que les services de l'eau soient clairement exclus de l'Accord général sur le commerce des services (AGCS), et que la France «interdise officiellement toute demande d'ouverture dans le secteur de l'eau pour l'avenir et défende cette position au sein de l'Union européenne, compétente dans ce domaine.»

(1) « Spreading the Water Wealth: Making Water Infrastructure Work for the Poor »

(2) Adede – Agir ici - Aitec - Les amis de la terre – CCFD - Eau vive - East – GRET - Hydraulique sans frontières - Ingénieurs sans frontières – Peuples solidaires - 4D - Réseau foi et justice Afrique Europe – Sos Sahel - Terre des hommes France - WWF France.




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