Fort lobby américain contre Reach

Le 31 janvier 2005 par Claire Avignon
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Reach EUA
Reach EUA

Les industriels européens ne sont pas les seuls à s'inquiéter de la mise en place du projet de la Commission européenne Reach. Les chimistes américains, aidés par leur administration, exercent un fort lobbying.

Alors que le débat se poursuit en Europe sur le plan Registration, evaluation and authorization of chemicals (Reach), un acteur étranger s'est invité à participer. Reach est un système d'enregistrement, d'évaluation et d'autorisation qui doit concerner tous les produits chimiques produits ou importés en Europe. Mis en place pour protéger l'environnement et la santé ainsi qu'informer les consommateurs, Reach est débattu par l'industrie chimique qui souhaite prévenir une perte de compétitivité et de chiffre d'affaires.

Très présent en Europe, les industriels américains s'estiment aussi menacer et font connaître leur position à travers l'American chemistry council (ACC) et le Synthetic organic chemical manufacturers association (Socma). L'ACC décrit Reach comme un plan «écrasant, cher et irréalisable.» Il faut dire que pour les chimistes américains (SC Johnson & Son, Dow corning, Merck, Procter & Gamble etc.) l'enjeu est de taille puisque les exportations américaines dépassent chaque année 20 milliards de dollars (15 milliards d'euros), les importations européennes aux Etats-Unis représentant 40 milliards de dollars (31 milliards d'euros), selon les chiffres de la Chambre américaine du commerce en Europe. En outre, les sociétés américaines de chimie investissent en Europe plus de 4 milliards de dollars (3 milliards d'euros) chaque année. D'ailleurs des cabinets d'avocat planchent sur le sujet et espèrent pouvoir prouver que Reach viole les accords de l'Organisation mondiale du commerce (OMC).

Les industriels américains ont réussi à trouver un solide allié au sein de l'administration Bush. La Chambre américaine du commerce en Europe estime notamment que Reach «risque d'enliser l'économie transatlantique», et «pourrait entraîner des effets inattendus et un traitement inéquitable des compagnies et des produits américains.» Le représentant démocrate au congrès Henry Waxman s'est d'ailleurs insurgé contre cette ingérance dans son rapport "The chemical industry, the Bush administration, and european efforts to regulate chemicals" (l'industrie de la chimie, l'administration Bush et les efforts européens pour réguler les substances chimiques). L'opposant de George Bush écrit dans en conclusion: «Sous le président Clinton, les Etats-Unis ont adopté une politique de reconnaissance de l'autorité des autres nations pour agir et protéger la santé du public et l'environnement. Sous la pression de l'industrie chimique, pourtant, l'administration Bush a inversé la politique et s'est activement opposée aux efforts de l'Union européenne pour améliorer le système de régulation des substances chimiques. […], Finalement, l'Union européenne a adopté de nombreux changements proposés par l'administration.»

De l'autre côté de l'Atlantique, les paroles sont plus mesurées. Dupont se dit en accord avec la position de la  Chambre américaine du commerce en Europe. Mais la filiale européenne de Procter & Gamble (qui aux Etats-Unis fait partie de l'ACC) s'est alignée sur la position officielle des industriels européens. «Nous soutenons le projet Reach, mais nous discutons encore avec la Commission européenne sur certains points, notamment la prise en compte du risque, explique Jacques Leroux, chargé des relations extérieures pour le pôle environnement de Procter & Gamble. Toutes nos discussions européennes sont avalisées par notre siège social américain.»




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