Forêts tropicales: la séquestration de carbone en surchauffe

Le 05 mars 2020 par Romain Loury
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La forêt amazonienne, puits de carbone en chute libre
La forêt amazonienne, puits de carbone en chute libre
Olivier Hirt

Dans les forêts tropicales, le puits de carbone est en train de se boucher, plus rapidement en Amazonie qu’en Afrique, révèle une étude publiée mercredi 4 mars dans Nature. En cause, la déforestation, mais aussi la chaleur et la sécheresse, qui fragilisent les arbres.

Comme l’océan, les forêts constituent nos principaux alliés contre les émissions excessives de CO2: lors de la photosynthèse, les arbres absorbent en effet ce carbone atmosphérique, qu’ils transforment en matière organique pour leur propre croissance.

Certes, la hausse du taux de CO2 atmosphérique a un effet bénéfique sur la croissance végétale.  Mais cet important puits de carbone devient de moins en moins efficace, montrent Wannes Hubau, de la School of Geography de l’université de Leeds (Royaume-Uni), et ses collègues. En cause, la déforestation, mais aussi la vulnérabilité des arbres face au changement climatique, en particulier la hausse de température et la sécheresse, qui entraînent une forte mortalité.

Les chercheurs ont étudié 244 sites forestiers d’Afrique tropicale, qu’ils ont comparés aux donnés déjà publiées de 321 sites d’Amazonie. Selon leur analyse, le puits de carbone a déjà dépassé son pic sur les deux continents, mais de différentes manières sur l’un ou l’autre.

L’Amazonie, la première atteinte

En Amazonie, l’absorption de carbone par unité de surface a connu un pic dans les années 1990, atteignant un maximum de 0,53 tonne de carbone par hectare et par an, avant de s’effondrer à 0,38 tC/ha/an pendant la décennie 2000, puis à 0,24 tC/ha/an sur la période 2010-15. A ce rythme, elle pourrait devenir une source de carbone au cours des années 2030.

L’Afrique, où les forêts sont d’altitude plus élevée et où le réchauffement moins marqué, a été moins rapidement touchée par ce phénomène: elle n’a atteint son pic plus tard qu’au cours de la décennie 2000, à 0,7 tC/ha/an. Mais ce puits est aussi en train de s’affaiblir: en 2010-2015, la séquestration n’était plus que de 0,66 tC/ha/an.

Puits de carbone en chute libre

En tenant compte de la déforestation,  le puits de carbone a connu son pic dans les années 1990 sur les deux continents. Là aussi, la chute a été plus rapide en Amazonie: alors que cette forêt séquestrait 680 millions de tonnes de carbone par an (MtC/an) au cours des années 1990, elle n’atteignait plus que 270 MtC/an en 2010-15, soit 2,5 fois moins! Dans le même temps, l’Afrique est passée de 500 MtC/an à 400 MtC/an, soit une baisse de 20%.

En intégrant les forêts du sud-est asiatique, les chercheurs estiment que les forêts tropicales mondiales voient leur puits de carbone s’épuiser rapidement: le pic a été atteint dans les années 1990, à 1,26 milliard de tonnes de carbone par an (GtC/an). Désormais, il n’est plus que de 730 millions de tonnes de carbone par an, soit une baisse de 42% en deux décennies. A ce rythme-là, les forêts tropicales n’absorberont plus que 290 MtC/an au cours des années 2030, soit 82% de moins que dans les années 1990.