Forêts: Phytophthora ramorum, un pathogène qui inquiète

Le 04 mars 2019 par Romain Loury
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Le mélèze du Japon, première victime française
Le mélèze du Japon, première victime française

En mai 2017, un premier foyer d’infection par Phytophthora ramorum a été détecté dans le Finistère sur des mélèzes du Japon. Bilan: 50 hectares de forêt ont dû être rasés. Dans un rapport publié mercredi 27 février, l’Anses appelle à une surveillance intensive de la forêt, particulièrement en Bretagne, pour éviter que le pathogène, qui pourrait aussi toucher les châtaigniers et les chênes, se propage.

A l’origine d’un dépérissement rapide des chênes en Californie (la ‘Sudden Oak Death’), cet oomycète (ou ‘pseudo-champignon’) est apparu en Europe au début des années 2000, tout d’abord comme agent de nécroses foliaires sur des plantes ornementales, dont les rhododendrons et les viornes, vendues chez les pépiniéristes.

Des mélèzes britanniques touchés en 2009

En 2009, une épidémie en milieu naturel est survenue sur des plantations de mélèzes du Japon au Royaume-Uni. Sa progression y fut rapide. Exemple en Ecosse, où un premier foyer a été observé en novembre 2010 sur des mélèzes: «après deux automnes et hivers jugés favorables (pluvieux et doux) dans une zone où les peuplements de mélèzes sont étendus, 5.000 à 6.000 ha étaient infectés en 2013», indique l’Anses[i] dans son rapport.

Si la situation n’est pas encore aussi critique en France, l’agence estime qu’il est temps de lancer une «surveillance intensive» de la forêt. En particulier en Bretagne, où un premier foyer a été observé en mai 2007 sur des mélèzes du Japon plantés dans les Monts d’Arrée, entre les communes de Hanvec et Saint-Cadou (Finistère). Suite à ce constat, 50 hectares de forêt ont dû être éradiqués.

Plusieurs espèces à risque

Outre le mélèze du Japon, plusieurs espèces d’arbres présentes en France pourraient être sensibles à Phytophthora ramorum. Afin de mieux les caractériser, l’Anses a étudié deux caractéristiques, non mutuellement exclusives: la vulnérabilité, «liée à l’expression et la gravité des symptômes sur différents organes», et la compétence, «liée au rôle épidémiologique de transmission du pathogène, via sa sporulation».

Les trois espèces de mélèzes[ii] arrivent en tête, suivi du châtaignier, mais aussi de certains chênes (chêne vert, chêne chevelu, chêne rouge d’Amérique), du hêtre, ainsi que du Douglas, de l’épicéa de Sitka et du sapin de Vancouver.

Le climat, élément crucial

S’ajoute à cela la question du climat, plus ou moins favorable à Phytophthora ramorum. «En plus de l’ouest de la France (Bretagne, Limousin, piémont pyrénéen) et la zone côtière le long de la Manche, de nombreuses zones de moyenne altitude apparaissent comme climatiquement favorables à P. ramorum, dans le sud (Montagne noire [au sud-ouest du Massif central], Cévennes) et dans l’est (Vosges et Jura)», indique l’Anses.

Selon l’agence, le Finistère présentait ainsi de fortes chances d’être touché: climat favorable, présence de mélèzes du Japon, «grosse densité de pépinières de production de rhododendrons avec mentions anciennes de détection de P. ramorum (chaque année depuis 2002)», plus forte densité de rhododendrons en forêt française. Les Alpes, si elles comptent de nombreux mélèzes d’Europe, s’avèrent a priori peu à risque, en raison d’un climat peu adapté à l’oomycète.

Le châtaignier, risque majeur pour la France

Avant le mélèze, c’est le châtaignier, peu présent au Royaume-Uni, qui constitue «probablement le risque majeur dans notre pays, mais avec un niveau d’incertitude encore élevé», estime l’Anses.

«Quatrième espèce feuillue en France pour le volume de bois vivant sur pied (5% du total français) avec plus de 700.000 hectares», le châtaignier est fréquent dans des zones à climat favorable à P. ramorum, dont la Bretagne, le Limousin, la Montagne noire, le piémont pyrénéen, les Cévennes et l’est de l’Isère. «Une sous-estimation de la compétence du châtaignier aurait des conséquences importantes sur nos conclusions», indique l’agence.

Outre une «surveillance intensive» des forêts et l’éradication des espèces infectées en cas de foyer avéré, l’Anses préconise d’accroître le contrôle des pépinières ornementales et des jardineries. Elle propose aussi d’éviter la plantation des trois espèces de mélèzes dans les zones climatiquement favorables à P. ramorum, et de mener des travaux de recherche sur le rôle épidémique du châtaignier, ou encore sur l’évolution du pathogène face au changement climatique.



[i] Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail

[ii] Il s’agit du mélèze d’Europe (Larix decidua), du mélèze du Japon (Larix kaempferi) et de l’hybride Larix x.eurolepis.

 



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