Forêt-bois: une filière menacée et mal structurée

Le 28 mai 2020 par Romain Loury
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Une forêt en croissance, mais peu renouvelée
Une forêt en croissance, mais peu renouvelée

La filière forêt-bois française connaît d’importantes difficultés économiques et environnementales, en raison d’une gestion éclatée ainsi que d’une insuffisante articulation amont-aval, constate la Cour des comptes dans un rapport publié lundi 25 mai.

Certes, la forêt française ne cesse de croître: en 30 ans, le volume de bois en forêt a augmenté de 45%. Toutefois, son renouvellement, que ce soit par régénération naturelle ou par plantation, est en net recul: «aujourd’hui, 30.000 hectares sont plantés par an en moyenne en France, contre 50.000 ha par an entre 1955 et 1975, culminant à plus de 60.000 ha par an dans les années 1960», rappelle la Cour des comptes.

En 2017-2018, la France a ainsi planté 7 fois moins d’arbres par hectare de forêt que son voisin allemand. Cette chute du renouvellement, particulièrement sensible pour les résineux et qui fait craindre pour la disponibilité en bois «à moyen terme», d’ici 10 à 15 ans, avance la cour.

Afin de prévenir un «trou de production», elle préconise de « créer un fonds d’aide au repeuplement [de 150 à 200 millions d’euros par an] confié à un opérateur public et réunissant tous les financements existants, ainsi qu’une fraction du produit des enchères de quotas carbone». Ce fond «serait géré par un opérateur tel que l’Ademe [Agence de la transition écologique]», propose la cour.

Une forêt menacée de toutes parts

Outre un renouvellement insuffisant de la forêt française, les menaces ne cessent de s’accroître sur elle. Première d’entre elles, le changement climatique, que ce soit via les tempêtes, dont celles de 1999 et de 2009, ou la sécheresse, comme celle qui a frappé la France en 2018-2019, favorisant incendies, pathogènes et insectes ravageurs.

Les forêts sont par ailleurs fortement fragilisées par la prolifération du gros gibier, peu ou mal régulés par la chasse: «le nombre de cerfs et de chevreuils a été multiplié par 11 et celui de sangliers par 20 en 45 ans», rappelle la Cour. Celle-ci recommande de rétablir «l’équilibre sylvo-cynégétique», quitte à relever le niveau minimal de prélèvements par espèce ou à conduire des «battues administratives».

Une gestion éclatée

Face aux menaces qui guettent la filière forêt-bois, celle-ci s’avère bien mal structurée: la forêt fait l’objet d’un pilotage interministériel partagé entre les ministères de l’agriculture, de la transition écologique, de la cohésion des territoires et de l’économie. «La filière forêt-bois ne constitue toutefois la priorité d’aucun de ces ministères, chargés d’autres enjeux sensibles (agriculture, énergie, logement)», déplore la cour.

Elle pâtit par ailleurs d’une faible articulation amont-aval, qui «se traduit par un déficit commercial important (7 milliards d’euros) [il s’agit du deuxième déficit commercial français après les hydrocarbures, ndlr] et croissant. La spécialisation de la filière n’est pas favorable: elle exporte beaucoup de bois brut et importe de plus en plus de produits transformés. L’industrie de première transformation du bois est insuffisamment adaptée à son marché, ce qui contraint l’industrie de deuxième transformation à importer des sciages et des bois élaborés».

«Une proportion significative du bois français part à l’étranger sans avoir été transformée, contrairement à l’Allemagne, la Suisse ou les pays de l’Est, où une intégration plus forte existe entre l’amont forestier, le sciage et les autres activités de la construction bois», ajoute la Cour des comptes.

La cour, qui appelle à rénover la filière pour mieux la structurer, propose par ailleurs «d’encourager le paiement des services environnementaux rendus par la forêt. L’expérimentation lancée par le plan biodiversité de faire rémunérer par les agences de l’eau les services environnementaux rendus par les agriculteurs devrait être étendue au secteur forestier».