Foodwatch veut pourfendre les «ruses légales»

Le 14 mai 2014 par Romain Loury
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Foodwatch arrive en France
Foodwatch arrive en France
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Lancement réussi pour Foodwatch France: en une semaine, sa pétition contre les filets de dinde Marque Repère des enseignes E. Leclerc a recueilli près de 85.000 signatures. Fondée en 2002 en Allemagne, l’association défend son indépendance financière, dont elle compte se servir pour dénoncer la tromperie légale du consommateur. Interview d’Ingrid Kragl, directrice de l’information de ce nouvel acteur hexagonal.

JDLE: parmi ces ruses légales que vous pointez, quelles sont les plus courantes?

Les 5 exemples que nous avons sélectionnés pour notre lancement en France sont très révélateurs. Alors que le consommateur est normalement protégé par des lois, des décrets et la répression des fraudes, deux de ces produits [1] répondent à des codes de bonnes pratiques rédigés par les industriels eux-mêmes. C’est donc l’industrie qui fixe ses règles, et cela sous couvert de la loi, puisque la DGCCRF[1] reconnaît ces documents.

Pour le cas de Leclerc, le code de bonnes pratiques des produits à base de dinde impose d’utiliser du filet à 100%, tout en permettant de descendre à une teneur de 50% dans le produit emballé: avec ses 84% de filet et ses 16% d’eau et d’additifs, Leclerc respecte la loi, mais il recourt à beaucoup plus d’eau que nécessaire tout en affichant «100% filet» sur le devant du paquet.

Pour la soupe, il existait un décret datant de 1954, remplacé en 2008, et vous savez par quoi? Par un «Code de la soupe» mis en place par les industriels! Ces codes ne sont donc pas là pour protéger le consommateur, mais l’industrie elle-même. Au-delà de ces deux cas, il existe beaucoup d’autres codes de bonnes pratiques dans l’industrie.

JDLE: Point commun des exemples que vous citez, le devant du paquet n’a souvent pas grand-chose à voir avec la liste des ingrédients.

C’est une autre de ces ruses légales, qui consiste à souligner la présence de l’un des ingrédients, par exemple en mettant une photo très alléchante sur le devant du paquet. Ceci fait croire au consommateur que le produit en contient une part importante, alors que souvent il n’en comporte qu’un petit pourcentage. Par exemple, les tortellinis de Lustucru au jambon cru et au parmesan ne contiennent que 2,8% de ce fromage. Ou encore la vinaigrette Puget, dont l’avant de la bouteille indique «huile d’olive vierge extra, vinaigre balsamique et tomates séchées»: ce produit recèle aussi de l’huile de colza, du vinaigre blanc et rouge et de la purée de tomates… et seulement 1% de tomates séchées. Or tout cela est légal.

JDLE: Foodwatch se dit en faveur d’un étiquetage plus complet des produits. Mais trop d’étiquetage ne tue-t-il pas l’étiquetage? Selon une récente étude, le fait d’apposer des feux tricolores nutritionnels pourrait ainsi détourner l’attention du consommateur des mentions «bio» (voir le JDLE).

Nous sommes favorables aux feux tricolores, et nous ne sommes pas pour que l’étiquetage comporte 30.000 mentions. Nous souhaitons au contraire qu’il soit le plus clair possible, et que les ruses utilisées par l’industrie deviennent illégales. Mais évidemment, le consommateur ne peut pas passer 5 minutes à déchiffrer l’étiquette de chacun des produits qu’il achète.

JDLE: Au-delà de l’étiquetage, quels seront vos autres sujets d’attaque?

Dans la lignée de nos actions menées depuis 2002, nous parlerons d’environnement, de la spéculation sur les denrées alimentaires, du marketing en direction des enfants. Avec les signatures déjà recueillies par notre première pétition, j’ai l’impression que le public français comprend bien nos revendications.

JDLE: Vous êtes pour l’instant financé par Foodwatch Allemagne, dont le budget en 2012 s’élève à 2 millions d’euros. Quand comptez-vous parvenir à l’autonomie financière?

Suite à notre lancement, des consommateurs ont commencé à nous faire des dons, mais nous n’avons pas de calendrier précis à ce sujet. Notre premier objectif, c’est de lancer nos actions en France, nous verrons ensuite s’il s’agit de lancer des appels à dons. Nous revendiquons notre indépendance financière, aussi bien vis-à-vis de l’Etat que de l’industrie, c’est d’ailleurs l’une de nos spécificités par rapport à d’autres organisations.

JDLE: L’Allemagne en 2002, les Pays-Bas en 2010, la France en 2014… et après?

Nous préparons notre implantation dans d’autres pays, mais je ne sais pas encore quel sera le prochain, probablement un pays à forte population comme l’Allemagne et la France. Nous assurons aussi une présence à Bruxelles, où nous sommes présents lors des grands débats, mais il s’agit avant cela de mettre la pression au sein des différents Etats membres.

[1] Il s’agit de la soupe Maggi bœuf-carottes aux vermicelles saveur à l’ancienne (Nestlé), et du blanc de dinde qualité supérieure cuit à l’étouffée Tradilège Marque Repère 100% (E. Leclerc). Pour plus d’infos sur les produits –et les griefs de Foodwatch-, http://www.foodwatch.org/fr.



[1] DGCCRF: Direction générale de la consommation, de la concurrence et de la répression des fraudes

 



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