Fongicides SDHI: pas de signal de risque, selon l’Anses

Le 18 janvier 2019 par Romain Loury
Imprimer Twitter Facebook Linkedin Google Plus Email
ajouter à mes dossiersRéagir à cet article
80% des surfaces de colza traitées
80% des surfaces de colza traitées
DR

En avril 2018, huit chercheurs alertaient sur un possible risque sanitaire lié à l’emploi agricole de fongicides de la classe des SDHI. L’Anses a rendu son rapport mardi 15 janvier: selon elle, il n’existe à ce jour pas de risque identifié, mais le sujet mérite d’être étudié plus avant.

Dans leur tribune publiée en avril 2018 par Libération, les chercheurs, issus d’organismes de recherche tels que l’Inra, le CNRS et l’Inserm[i], tiraient la sonnette d’alarme sur ces fongicides, qui agissent en inhibant la succinate déshydrogénase (SDH). Cette enzyme est un élément clé de la chaîne respiratoire, suite de réactions permettant la production d’énergie par les mitochondries, petites organites intracellulaires.

Chez l’homme, des mutations délétères de la SDH

Or des mutations de la SDH ont été impliquées dans un nombre important de maladies humaines: encéphalopathies sévères chez l’enfant, tumeurs du système nerveux, maladie de Parkinson, ou encore perturbation de la mobilité des spermatozoïdes. De plus, le blocage de la SDH entraîne l’accumulation de succinate, petite molécule qui engendre des modifications de structure de l’ADN, accroissant le risque de cancer.

Se disant «alarmés» par l’utilisation à grande échelle des SDHI, les lanceurs d’alerte appelaient «à suspendre [leur] utilisation, tant qu’une estimation des dangers et des risques n’[aurait] pas été réalisée par des organismes publics indépendants des industriels distribuant ces composés et des agences ayant précédemment donné les autorisations de mise sur le marché».

Pas d’alerte pour la santé humaine, juge l’Anses

Il n’en fallait pas moins à l’Anses pour s’autosaisir du sujet. Dans son rapport publié mardi 15 janvier, dans le cadre duquel elle a auditionné les chercheurs à l’origine de la tribune, elle dresse un état des lieux de l’utilisation des SDHI et de leurs données toxicologiques.

Verdict: «l’ensemble des travaux [sur lesquels l’Anses a planché] n’apporte pas d’éléments en faveur de l’existence d’une alerte pour la santé humaine et l’environnement en lien avec les usages agricoles de ces fongicides qui pourrait justifier la modification ou le retrait des autorisations de mise sur le marché». Et ce «malgré une commercialisation parfois ancienne de ces molécules », dont 1968 pour la plus ancienne, la carboxine. De plus, il n’existe aucune donnée quant à la sensibilité de l’enzyme humaine aux divers SDHI, actifs contre la SDH fongique.

Pour autant, l’Anses considère que «le dossier n’est pas clos», et indique «poursuivre d’ores et déjà les investigations, que ce soit pour préciser les niveaux d’exposition interne aux SDHI (quantité de substance présente dans l’organisme) ou pour approfondir les recherches épidémiologiques, notamment chez les agriculteurs».

11 SDHI commercialisés en France

En France, les 11 SDHI commercialisés sont utilisés principalement sur les céréales, mais aussi sur la vigne et en arboriculture. Epandu sur près de 80% des surfaces de colza et 51% de celles de carottes, le plus vendu est le boscalid (250 tonnes en 2014). Comme la carboxine et le flutolanil, ses ventes sont en nette baisse, au profit de SDHI plus récents, en particulier le fluxapyroxad (145 tonnes en 2016).

La présence des SDHI dans les denrées alimentaires est assez faible, à l’exception du boscalid: sur les près de 5.000 analyses menées chaque année sur les denrées prélevées à la distribution, 4,4% à 8,7% en présentent des taux quantifiables, sans jamais dépasser la limite maximale de résidu (LMR, seuil légal de conformité).

Pour les eaux destinées à la consommation humaine (EDCH), le taux de quantification est «inférieur à 0,6%», avec 4 non-conformités observées depuis 2014, note l’agence. Toutefois, plusieurs de ces SDHI ne sont pas encore recherchés dans les EDCH, en raison de leur approbation récente.

Faible risque sanitaire, mais imprégnation fréquente

Le risque sanitaire par voie alimentaire semble faible, constate l’Anses. «Pour le boscalid, sur la base des données disponibles, il n’a pas été observé de dépassements des valeurs toxicologiques de référence chronique ou aiguë. Selon un scénario maximaliste, l’exposition chronique représente au plus 1,2% de la DJA», la dose journalière admissible, note l’agence.

Il n’existe en revanche pas de données de biosurveillance humaine pour les SDHI, à savoir sur l’imprégnation de la population par ces substances. A l’exception de quelques chiffres issus de l’étude POPEYE[ii]: 63% des échantillons capillaires de femmes enceintes testés présentaient des traces détectables de boscalid. Une présence loin d’être épisodique.



[i] Inra: Institut national de la recherche agronomique; CNRS: Centre national de la recherche scientifique; Inserm: Institut national de la santé et de la recherche médicale

[ii] Exposition aux pesticides dans la cohorte mères-enfants Elfe et Issues de grossesse

 



Les cookies assurent le bon fonctionnnement de nos sites et services. En utilisant ces derniers, vous acceptez l’utilisation des cookies.

OK

En savoir plus