FNE à la recherche du candidat le plus vert

Le 30 janvier 2012 par Stéphanie Senet et Geneviève De Lacour
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Les 7 candidats présents à Montreuil
Les 7 candidats présents à Montreuil

Sept candidats à la présidentielle ont répondu, le 28 janvier, à l’invitation de France Nature Environnement (FNE). La fédération, à l’origine d’un Appel des 3.000 pour une «transition écologique», leur a demandé de présenter, en 15 minutes chrono, leur programme en faveur de l’environnement, devant 2.000 militants réunis à Montreuil (Seine-Saint-Denis). Morceaux choisis.

Impossible de faire l’impasse sur le nucléaire. Les 7 candidats, sans exception, l’ont abordé. Sans pour autant lui promettre le même avenir. Eva Joly, pour Europe-Ecologie-les Verts, a confirmé sa position en faveur de la sortie du nucléaire, insistant sur le fait que «la fermeture de Fessenheim ne suffit pas». La fin de l’atome est également au programme de Corinne Lepage, qui estime qu’il faut suivre le scénario NégaWatt [JDLE]. Les autres candidats ont préféré renvoyer la responsabilité de la décision aux Français. Ainsi, Jean-Luc Mélenchon, Dominique de Villepin et Hervé Morin en appellent au référendum. François Hollande propose une troisième voie, en s’engageant à réduire la part du nucléaire de 75 à 50% en 2025. Le candidat socialiste a ajouté qu’il fermerait les deux réacteurs de la centrale de Fessenheim et qu’il développerait les énergies renouvelables, en assurant des tarifs d’achat préférentiels qui «ne seront pas discutés chaque année», faisant ainsi allusion à la révision trimestrielle des tarifs d’achat de l’électricité d’origine photovoltaïque. François Bayrou est le seul à avoir quasiment éludé le sujet en affirmant que «le nucléaire doit assurer la transition en attendant que les énergies renouvelables tiennent leurs promesses».

Si le nucléaire est l’un des rares sujets clivants, certains thèmes sont au contraire fédérateurs. Tous se sont déclarés en faveur d’une future Organisation mondiale de l’environnement (OME), à l’exception de François Bayrou et de Jean-Luc Mélenchon (par manque de connaissance du sujet?). Cette nouvelle agence onusienne devrait d’ailleurs voir le jour à Rio+20, en juin prochain, quel que soit le résultat de l’élection française. Corinne Lepage envisage en plus un tribunal pénal international spécifique, compétent pour juger les responsables de catastrophe écologique, comme l’accident de Bhopal par exemple.

Si les candidats ont puisé des mesures dans le programme de FNE, certaines de leurs propositions sont plus originales. Ce qui n’est pas toujours sans risque. François Bayrou s’est pris ainsi une veste à faire de la survie des abeilles sa cause première. Dominique de Villepin a fait rire son auditoire en voulant créer une journée sans voiture, laquelle existe déjà dans le calendrier européen (le 22 septembre). Ces deux candidats se sont aussi engagés à lutter contre l’artificialisation des sols. Mais à vouloir être trop précis, le candidat du Modem s’est pris les pieds dans les chiffres. Une erreur que n’a pas commise son concurrent néo-gaulliste qui est resté suffisamment flou pour être honnête. Plus sérieusement, Eva Joly propose symboliquement que la première loi votée par le Parlement soit une loi d’urgence écologique. François Hollande milite pour l’organisation d’une «conférence environnementale» (un nouveau Grenelle?), avec un agenda, des priorités, des objectifs et des indicateurs pour évaluer leur mise en œuvre. L’adoption de la politique qui en découlera reviendra, au final, au Parlement.

Le premier ministre de François Hollande sera directement en charge de la transition écologique. Mais chaque ministre aura sa propre feuille de route. En matière agricole, le candidat socialiste, briefé, a défendu les circuits courts, la multiplicité des agricultures, la réforme de la PAC selon des critères agro-environnementales, la production de «bio», la diminution des pesticides, sans s’engager néanmoins sur des chiffres précis. Le patron de la Corrèze n’évoque pas non plus l’interdiction des OGM. Mais il souhaite améliorer l’étiquetage des produits susceptibles d’en contenir.

Piètre connaisseur des questions sanitaires, l’ex-numéro un du PS propose la mise en place d’un plan Cancer avec un volet environnemental. Ce qui ressemble furieusement au plan national Santé-environnement (PNSE), dont nous fêtons déjà la seconde mouture.

Pour le candidat du Front de gauche, la solution est plus simple. Jean-Luc Mélenchon prône un retour à l’agriculture paysanne pour recouvrer une souveraineté alimentaire. Il se déclare aussi contre la brevetabilité du vivant, sujet d’actualité avec la récente proposition de loi sur les semences (voir JDLE).

Comment financer ces mesures environnementales? Une excellente question à laquelle peu de candidats répondent. La transition écologique d’Eva Joly s’appuie sur un système d’éco-conditionnalité. Corinne Lepage prévoit une taxation carbone et la fin des subventions favorables aux pollutions. Dominique de Villepin veut un Plan vert financé par une éco-contribution sur l’énergie et le climat, une révision des niches fiscales et une modulation de la TVA avec généralisation du bonus-malus. François Hollande examinera de nouvelles dispositions fiscales au début de son quinquennat, sans préciser lesquelles. Quant au candidat du Front de gauche, il ne mentionne que la conditionnalité écologique à l’aide publique et parle de planification écologique.

Si les candidats ont fait leur marché au sein du programme élaboré par FNE (voir JDLE), l’idée la plus forte, c’est-à-dire une réelle «transition écologique», n’est retenue que par les deux femmes… Eva Joly propose un système d’éco-conditionnalité à toutes les aides publiques permettant de soutenir la baisse de 30% des émissions de GES, l’interdiction des OGM et des gaz de schiste. L’ancienne magistrate prône une baisse de 50% de l’utilisation des pesticides d’ici 5 ans, et l’opposabilité des trames verte et bleu (TVB). Favorable à une meilleure maitrise des sols, la candidate EELV réclame la fin de l’opposition française à la directive-cadre européenne sur les sols. Elle estime aussi que la rénovation thermique pourrait générer environ 440.000 emplois dans la formation ou dans les filières.

En matière de gouvernance, les idées ont fusé. Si la protection des lanceurs d’alerte, afin qu’ils ne soient plus criminalisés, a fait la quasi-unanimité, Eva Joly propose de passer d’une collaboration avec les associations à un processus de co-décision, voire de co-gestion. Corinne Lepage promet quant à elle de soutenir les associations non représentatives (type Criirad[1]) afin d’assurer une «indispensable expertise contradictoire» et limiter les trafics d’influence. Revenant sur la polémique de la représentativité des associations environnementales (voir JDLE) dans le débat national, Corinne Lepage a rappelé le rôle des experts dans les questions de santé humaine. L’avocate souhaite aussi encadrer l’activité des lobbies et inscrire le délit de rétention d’information d’intérêt général dans le droit français. L’ancienne ministre de l’environnement appelle à la mise en place d’un indice d’évolution commune mesurant l’efficacité des politiques publiques, une aide judiciaire pour les procédures relatives aux sujets de santé-environnement et une totale refonte du Conseil économique social et environnemental (Cese) avec de nouvelles compétences élargies pour devenir le «Conseil de la société civile et des générations futures». Elle appelle à la mise en place au niveau gouvernemental d’un contrôleur du développement soutenable, dépendant d’un vice Premier ministre de l’environnement et officiant dans chaque ministère.

Corinne Lepage souhaite enfin la création d’un super «vrai» ministère de l’écologie couvrant les thèmes de la mer, la forêt, l’agriculture et une partie de la santé. Une idée que Dominique de Villepin pourrait reprendre à son compte. L’ancien patron du Quai d’Orsay a fustigé la tendance à couper l’environnement des autres enjeux de société. «Profitons de la crise pour transformer le modèle de production, de consommation et de protection des consommateurs » a déclaré l’ancien Premier ministre. Chiche?

 

 



[1] Criirad: Commission de recherche et d'information indépendantes sur la radioactivité

 



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