FN: tel père, telle fille

Le 22 décembre 2011 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Un lourd héritage programmatique.
Un lourd héritage programmatique.

Le JDLE poursuit l’étude des programmes Environnement des candidats à l’élection présidentielle. Aujourd’hui, le Front national.

Au Front national, c’est de père en fille que l’on défend l’environnement. Mais pas toujours avec la même fermeté. Dans son discours du 11 février 2007, Jean-Marie Le Pen, alors candidat du parti d’extrême droite à l’élection présidentielle, rappelait ainsi que «l’écologie fut le thème de la première publication du Front national en 1974 quand s’achevaient les années Pompidou, celles du bétonnage de la France».
 
Au même moment, le candidat écologiste René Dumont présentait aux Français les conséquences environnementales de la société de consommation. L’homme au pull rouge attirera sur son nom 337.800 suffrages (1,3% des voix): deux fois plus que le candidat frontiste.
 
Au fil des décennies, l’ambition écologiste du parti à la flamme s’est affirmée. Lors du dernier scrutin, l’ancien député poujadiste la résumait ainsi: «L’écologie, qui est la valeur de l’harmonie entre la nature et l’activité humaine, est une valeur traditionnelle, au bon sens du terme, exigeant le respect des paysages, le respect des animaux, qu’ils soient sauvages ou domestiques, de travail ou de boucherie ou de compagnie, le respect des dons de la nature que sont l’air, l’eau, le ciel, la terre et la mer, le respect de l’ordre naturel».
 
Sans surprise, les femmes et hommes politiques défendant l’écologie ne trouvent pas grâce aux yeux (si l’on peut dire) du leader nationaliste: «Ceux qui se réclament aujourd’hui de l’idéologie n’ont pas arrêté ce phénomène [le matérialisme], car ils utilisent le mot pour recycler trois idéologies particulièrement toxiques: le communisme, le mondialisme et le nihilisme». De quoi faire sourire Brice Lalonde qui, après avoir été le candidat écolo, en 1981, finit par servir le gouvernement Balladur, soutenir Jacques Chirac, avant d’être bombardé ambassadeur par Nicolas Sarkozy.
 
Pour le reste, Jean-Marie Le Pen fourbitles mêmes armes pour protéger la pureté de la nation, la santé des Français et l’environnement. La priorité: c’est la fermeture des frontières! «Les frontières, bien sûr, ne protègent pas de toutes les pollutions, notamment climatiques. Cependant, si elles n’avaient pas été détruites, elles nous auraient protégées de pandémies, comme celles de la vache folle dans les années 90.» Rétablir l’étanchéité des frontières permettrait aussi de mettre en place «des droits de douane (au FN, on n’aime pas les taxes) spécifiques sur les marchandises produites dans les pays ne respectant pas les normes environnementales». Une idée aujourd’hui reprise par l’UMP [JDLE] et par… Eva Joly [JDLE].
 
Rétablir «un Etat français souverain» permettrait aussi de mieux protéger les côtes, en faisant payer les armateurs dont les navires s’éventreraient sur nos récifs, en faisant surveiller par satellites les cargos s’aventurant dans nos eaux et en interdisant les pavillons de complaisance et les «épaves flottantes».
 
En ayant la main sur l’aménagement de son territoire, «un Etat fort et respecté» pourrait revitaliser les 30.000 communes rurales, notamment en y relocalisant les usines. Utilisant tout à la fois l’arsenal colbertiste ou libéral, selon les cas, Jean-Marie Le Pen ne veut pas, en revanche, utiliser la taxation pour modifier les comportements. «Encourageons notamment par des réductions d’impôts les industriels, les agriculteurs, les consommateurs, les automobilistes qui font un effort en faveur de la protection de l’environnement.» Ce qui pourrait, notamment, correspondre au bonus-malus automobile.
 
C’est pour assurer l’indépendance nationale à tout prix que le FN veut «favoriser la multiplication des sources d’énergie». Et là, tout est possible: éolien, solaire, biomasse, géothermie, utilisation des courants marins, et pourquoi pas l’hydrogène «qui remplacera peut-être, demain l’essence pour les véhicules».
 
Cinq ans après, la trame du discours environnemental frontiste n’a guère varié. Depuis quelques jours, Marine Le Pen appelle les industriels de France et de Navarre qui auraient transféré à l’étranger leurs unités de production à relocaliser. «Le fait d'aller fabriquer des produits à 15.000 kilomètres, c'est évidemment complètement contraire à une vision de long terme», insiste l’héritière.
 
Chevauchant parfois les plates-bandes d’Europe-Ecologie-les Verts, la candidate ne se donne pas la peine d’approfondir sa culture écologique: elle cogne en dessous de la ceinture. Eva Joly ne serait pas digne d’incarner l’écologie politique car née hors de France et méprisant «les réflexes patriotiques».
 
Pour le reste, le programme bleu-blanc-vert de Marine Le Pen est un véritable copier-coller de celui défendu par son géniteur: relocalisation à la campagne de l’industrie, droits de douane déterminés en fonction du «niveau de protection sociale des pays exportateurs, mais aussi selon la qualité écologique et de sécurité de leur production». Peu au fait des réalités, la présidente du Front se donne pour objectif que 10 à 15% «de nos besoins énergétiques» soient satisfaits par les «énergies dites vertes». Le paquet Energie-climat européen et le Grenelle Environnement imposent que 23% de l’énergie française soient d’origine renouvelable d’ici 2020.
 
Adepte de la recherche à tous crins, la conseillère régionale du Nord-Pas-de-Calais entend soutenir la science dans les domaines de l’hydrogène, du nucléaire (fission et fusion), dans les renouvelables et «dans les sources d’énergie que la science permettra de créer».
 
Militant pour l’achèvement de l’EPR de Flamanville, l’avocate estime toutefois que «parce que le risque nucléaire ne peut pas être réduit à zéro, à long terme, il est souhaitable de pouvoir sortir du nucléaire». Comprenne qui pourra.
Ardente défenseure de la cause animale, comme son père, Marine Le Pen, veut interdire l’abattage des animaux hallal ou casher, et durcir la réglementation sur l’expérimentation animale. La législation sur l’élevage en batterie sera revue pour «offrir un espace vital décent aux animaux».
 
Pour préserver les paysages et prévenir les catastrophes naturelles, le Front national veut détruire «les cités construites dans les années 1960» et demander à l’ordre des architectes de «mettre en place une action de communication à destination du grand public et des entreprises afin d’encourager le recours à l’architecture». Tout un programme!


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