Flamanville qui pleure, Fessenheim qui rit

Le 25 juillet 2018 par Valéry Laramée de Tannenberg
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53 soudures devront être refaites et recontrôlées.
53 soudures devront être refaites et recontrôlées.
EDF

 

L’EPR normand accuse un nouveau retard d’un an. La fermeture de la centrale alsacienne sera décalée en conséquence.

 

L’épisode des mauvaises soudures de l’EPR de Flamanville aura de lourdes conséquences pour EDF. Ce mercredi 25 juillet, l’électricien a tiré les enseignements de la découverte, début avril, de défauts de soudure sur la tuyauterie du circuit secondaire principal du premier EPR hexagonal.

 

Au cours d’une conférence téléphonique, Xavier Ursat, directeur exécutif en charge de l’ingénierie et des nouveaux projets nucléaires d’EDF, a établi le bilan de cet énième incident intervenu sur le chantier de la troisième tranche de la centrale de Flamanville.

Décret à réécrire? Le décret du 8 avril 2017 permettant à EDF de demander l’abrogation de l’autorisation d’exploiter la centrale de Fessenheim fixe au 11 avril 2020 la date-limite de la mise en exploitation de l’EPR de Flamanville. La sécurisation juridique de l’opération imposera probablement un toilettage de ce texte.

Après trois mois d’examens radiographiques et par ultrasons, l’exploitant estime que 53 soudures sur les 150 du tronçon de tuyauterie devront être refaites. Sachant que la réalisation de chaque soudure prend environ 8 semaines, la mise en service de la tête de série du réacteur de nouvelle génération devra être sévèrement décalée.

200 professionnels mobilisés

Malgré l’affectation exclusive de 200 professionnels à cette tâche, le chantier de réparation devrait prendre environ un an, a précisé Xavier Ursat. «Le chargement du combustible interviendra au quatrième trimestre 2019. La mise en service initiale se déroulera au cours du premier trimestre 2020 et la mise en service commerciale au cours du second trimestre 2020», a-t-il détaillé. Un scénario que l’on pressentait depuis la fin du mois de mai.

 

La réalisation d’une cinquantaine de soudures devrait coûter à EDF ou Framatome (prestataire et filiale d’EDF) une soixantaine de millions d’euros. Le coût des retards occasionnés par ces réparations ultimes (98% de la centrale est achevée) devrait être supérieur à 300 millions d’euros.

400 M€ de nouveaux dépassements

Désormais, le montant total de la facture de l’EPR de Flamanville (hors intérêts intercalaires) est estimé par EDF à 10,9 Md, contre 10,5 précédemment.

Mais les dérives restent possibles. D’une part, parce que ce modus operandi devra être validé par l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN). Et rien n’exclut que les services présidés par Pierre-Franck Chevet puissent alourdir la barque. D’autre part, un doute plane encore sur le devenir de 10 soudures. Jugées conformes au référentiel de qualité par les industriels, elles restent litigieuses. Raison pour laquelle EDF va, à coup de calculs et d’essais sur maquette, tenter de prouver leur haute qualité à l’ASN. Là encore, rien n’est écrit.

la loi Royal

Autre dossier lié à l’avancée des travaux cotentinois: l’avenir de la centrale nucléaire de Fessenheim. La loi sur la transition énergétique fixe à 63 gigawatts (GW) le plafond de la capacité nucléaire française. L’entrée en service de Flamanville 3 oblige EDF à arrêter des réacteurs pour se conformer à la loi Royal. Le gouvernement Hollande avait fixé son choix sur les deux tranches de 900 mégawatts (MW) de Fessenheim.

Arrêt de Fessenheim reporté

A la question de savoir à quelle date sera définitivement arrêtée la plus ancienne centrale de France, EDF ne répond pas: «Le sujet est à l’étude», a sobrement commenté Xavier Ursat. Dans un tweet, le secrétaire d’Etat Sébastien Lecornu a confirmé que le retard d’un an de l’EPR normand «décale donc l’arrêt de la centrale de Fessenheim», sans plus de précisions.

Au mieux, la centrale haut-rhinoise devrait donc stopper ses turbines en 2020. Mais certains observateurs, comme le consultant Nicolas Goldberg, la voit poursuivre sa production jusqu’en 2021. Ce qui réduirait d’autant le montant des dédommagements que l’Etat devra verser à EDF. Mais c’est une autre histoire.

 



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