Financer la transition climatique

Le 08 octobre 2018 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Quand la Deutsche Bank comptait les émissions de CO2.
Quand la Deutsche Bank comptait les émissions de CO2.

Insuffisantes, les finances publiques ne suffiront pas à financer la transition proposée par le Giec. D’où l’importance de mobiliser les investisseurs privés. Pas toujours outillés pour réaliser pareil bond climatique en avant.


C’est entendu. Techniquement, la stabilisation à 1,5°C est encore possible. Mais qu’en est-il financièrement? Car les montants en jeu sont évidemment totalement hors normes. En France, souligne Benoît Leguet, «nous investissons, chaque année, 32 milliards d’euros dans la transition énergétique. Nous savons que si nous voulons vraiment contribuer aux 2°C, c’est le double qu’il nous faut investir. Et probablement le triple, pour en rester à 1,5°C», estime le directeur général d’I4CE .
2,5% de l’épargne mondiale
Le montant du devis de la seule décarbonation du système énergétique mondial est évalué à un bon millier de milliards de dollars par an d’ici 2050. «En fait, il faudrait consacrer l’équivalent de 2,5% de l’épargne mondiale pour décarboner le système énergétique, les transports et les infrastructures», résumait l’économiste Jean-Charles Hourcade (Cired ), lors d’une conférence organisée, lundi 8 octobre, par la Fondation européenne du climat et l’Association des journalistes de l’environnement. Hors de prix?
Bon bilan socioéconomique
Tout est une question de point de vue. «Pour la société, les coûts d’un réchauffement de 1,5°C sont nettement moins élevés que ceux d’un réchauffement de 2°C. De plus, le bilan socio-économique de l’atténuation est rentable dans tous les scénarios», explique l’économiste du climat Alain Grandjean.
Plus un rond pour le Cice
Très dommageable pour les sociétés humaines et les écosystèmes, la montée du mercure du thermomètre à 2°C doit donc être absolument entravée. Comment payer l’addition qui s’annonce prodigieuse? Sans doute, en conjuguant un grand nombre de mesures relativement bien connues. A commencer par flécher les fruits de la fiscalité écologique vers les investissements ‘bas carbone’. «Il est incroyable que les 30 milliards générés par la contribution Climat Energie durant le quinquennat servent en grande partie à financer le crédit d'impôt compétitivité emploi», s’emporte Audrey Pulvar, de la Fondation pour la nature et l’homme (FNH).
Gare à l’acceptabilité
Autre évidence: tarifier les émissions de carbone. A en croire le World Carbon Price, calculé chaque jour par le JDLE, le prix (fictif) du rejet d’une tonne de CO2 flirte, pour le moment, autour de 13 euros. «Or, pour accélérer les investissements, il faudrait sans doute que ce prix atteigne au plus vite les 100 €/t de CO2. Ce qui doublerait le prix de la tonne de ciment indien», estime Jean-Charles Hourcade. Une remarque qui renvoie vers la nécessaire acceptabilité des politiques climatiques.

Détecter les Stranded Assets

Pas opposés au financement de la transition climatique, les investisseurs institutionnels devront, eux aussi, faire leur révolution. «Avant de pouvoir investir dans le bas carbone, nous devrons d’abord éliminer nos actifs carbonés», avance Philippe Desfossés, président de l’Etablissement de retraite additionnelle de la fonction publique (Erafp). Ce qui suppose de savoir les identifier, ce qui n’est pas toujours facile. De nombreux consultants travaillent à la mise en œuvre de méthodologie de détection de ces Stranded Assets, ces actifs dont les prix s’effondreront à la première contrainte carbone. «Et nous parions sur la mise en œuvre d’une contrainte carbone, à moyen ou long terme», précise Sylvain Vanston, en charge du développement durable chez Axa. En 2015, l’assureur français avait été l’un des premiers à annoncer son désengagement du secteur du charbon.

Massifier la demande

Pour efficaces qu’elles soient, ces mesures techniques suffiront-elles? Ce n’est pas l’opinion de Philippe Desfossés: «Selon la façon dont on compte, le secteur automobile représente 6 à 10% du PIB français. Or cette industrie, gourmande en capitaux, produit des voitures dont nous nous servons finalement très peu. L’Etat et les institutions supranationales (l’Union européenne, par exemple) ont un rôle majeur à jouer dans l’encadrement de l’industrie.» Les consommateurs aussi, à en croire Claire Tuttenuit. «Il faut qu’ils modifient la demande qui est faite au secteur économique et qu’ils massifient certaines demandes, comme la rénovation des logements», estime la déléguée générale d’Entreprises pour l’environnement (EPE).

«Le meilleur désinvestissement, c’est de ne pas investir», ironise Philippe Desfossés. Et dans la bouche du vice-président de l’Institutional Investors Group on Climate Change, ce n’est pas une boutade. «Nous commençons à regarder les échéances des obligations des entreprises carbonées. Et nous leur faisons comprendre que si elles ne modifient pas leurs pratiques, nous pourrions ne plus les refinancer. Ça commence à mordre», affirme le président de l’Erafp.

 



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