Finance carbone: politiques et investisseurs ne sont pas au diapason

Le 12 décembre 2017 par Valéry Laramée de Tannenberg, envoyé spécial
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Du chemin reste à parcourir entre politiques et investisseurs.
Du chemin reste à parcourir entre politiques et investisseurs.
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Paris accueillait, lundi 11 décembre, la troisième édition du Climate Finance Day. Cette avant-première au sommet voulu par le président Macron, le One Planet Summit, a été l’occasion d’un dialogue de sourds entre les banquiers et les politiques.

«La finance est une partie de la solution au changement climatique.» Jusque là, les centaines de personnes réunies pour la troisième édition du Climate Finance Day n’ont pu qu’opiner du chef. C’est ensuite que les choses se sont gâtées. La faute, peut-être, au syndrome de Paris. «Depuis la COP 21, les politiques considèrent que leur travail s’est achevé avec la conclusion de l’Accord et que c’est désormais à la société civile de prendre le relais», résume un bon connaisseur des négociations. Pas si faux.

Réconcilier écologie et finance

Car, à l’image de Nicolas Hulot, les pouvoirs publics attendent beaucoup du monde de la finance. «La finance au chevet de la planète. Devons-nous nous en inquiéter ou nous en réjouir? Je m’en réjouis. […] Nous arrivons à concilier économie et écologie», veut croire le ministre d’Etat. Sa prédécesseure n’est pas en reste: «L’intérêt des investisseurs c’est de trouver des outils pour investir, et de ne pas compter seulement sur les dotations publiques», martèle Ségolène Royal.

Fiat lux. Les sommets internationaux sont propices aux annonces des entreprises. Ce lundi 11 décembre, EDF a fait un tabac. Son PDG a annoncé que le groupe allait développer et construire 30 gigawatts crête (GWc) de photovoltaïque en France, en complément de ses autres activités de développement des énergies renouvelables en France et à l’international. Une annonce saluée par Nicolas Hulot.

Banquiers, gestionnaires de fonds souverains ou de retraites, investisseurs institutionnels ont bien compris ce qu’on attendait d’eux. Et s’adaptent à la nouvelle donne.

Nouvelle donne, car les montants en jeu sont phénoménaux. «On parle de 100.000 milliards de dollars», souligne Daniel Klier, chargé de la finance durable chez HSBC.

Nouvelle donne, car les conséquences du réchauffement frapperont aussi les investisseurs imprudents.

Investir sur le long terme

Et ce n’est pas le fonds pétrolier norvégien, le plus important fonds souverain du monde, qui dira le contraire. «Mon travail, c’est de sauvegarder la richesse que nous avons acquise pour les générations futures. Je dois donc investir pour le long terme, en tenant compte des risques, notamment climatiques», explique Yngve Slyngstad, PDG de la banque norvégienne d’investissement.

Nouvelle donne enfin, car les besoins sont d’une immense diversité. Et pour chaque besoin exprimé, il n’existe pas toujours d’offre de financement clé en main. Depuis des années, la France peine à rénover son parc immobilier. De nombreux pays en développement découvrent à peine les solutions de financement ou d’assurance. Banques et investisseurs savent mobiliser des fonds pour financer des projets coûtant des millions d’euros mais sont incapables de prêter quelques centaines d’euros, regrette Josué Tanaka, directeur Efficacité énergétique et changement climatique à la Banque européenne pour la reconstruction et le développement (Berd).

Investir dans la terre

L’imagination semble pourtant au pouvoir. A l’initiative du secrétariat de la Convention des Nations unies pour la lutte contre la désertification, Mirova (groupe Natixis), la Caisse des dépôts, la Banque européenne d’investissement (BEI) et la Banque mondiale ont créé, en 2015, le ‘Fonds LDN’, premier véhicule financier visant à atteindre la neutralité en termes de dégradation des terres. «Il faudrait aussi investir dans la restauration des écosystèmes qui continueront à stocker du carbone», réclame Nicolas Hulot.

Banquiers et investisseurs semblent prêts à jouer le jeu, à quelques conditions toutefois. D’abord, que les politiques leur donnent des signaux clairs et cohérents. En clair, qu’ils mettent fin aux subventions aux énergies fossiles. Et dans le même temps, qu’ils tarifient à un niveau suffisant les émissions de carbone. Le rapport Stern-Stiglitz préconise, à cet égard, un corridor de prix (40-80 dollars la tonne de CO2 en 2020; 50-100 $ / tCO2 en 2030). Aucun des ministres présents à Bercy ne prendra à son compte ses deux préconisations.

Reporting ESG

Autre écueil bien cartographié par les financeurs: le manque d’informations. Tous fustigent le manque de transparence des entreprises avides de fonds. «Or il faut une réelle transparence pour émettre des obligations vertes», reconnaît Judith Hartmann, directrice financière d’Engie. Le reporting environnemental, social et de gouvernance (ESG) est plébiscité.

Capacity Building. Lionel Zinsou est un être singulier. Ce banquier d’affaires franco-béninois a été Premier ministre du Bénin entre 2015 et 2016. Le temps de faire quelques découvertes désagréables: «Il faut quelques semaines pour qu’un gestionnaire d’actifs lève 1 milliard, contre 5 ans pour le gouvernement du Bénin», regrette le nouveau patron de PAI Partners.

Mais il peine encore à donner le meilleur de lui-même. En France, malgré l’article 173 de la loi sur la transition énergétique, les rapports ESG sont à «géométrie variable», résume joliment un récent rapport de Novéthic. «Il nous faut des données. Sans elles, nous ne pourrons distinguer un projet écologique d’un chantier classique», tonne Anne Le Lorier, sous-gouverneure à la Banque de France. Les faits lui donnent raison. Le Mexique finance la construction d’un aéroport géant grâce à des obligations vertes, souligne un récent rapport d’Attac. Aux Etats-Unis, Toyota finance le crédit pour l’achat de ses véhicules électriques et hybrides également grâce à des Green Bonds. «Nos obligations vertes ne sont pas très attractives mais elles ne sont pas risquées», confirme Adam Stam, de Toyota Financial Service.

Un livret vraiment durable

Clôturant la journée, Bruno Le Maire ne s’est pas défilé. Le ministre de l’économie et des finances a proposé que les sommes collectées par le livret de développement durable et solidaire servent effectivement à financer des projets ‘durables’. Le patron de Bercy suggère qu’une partie du montant des assurances-vie soit affecté, moyennant l’accord du souscripteur, «au service du climat».

Le ministre normand a annoncé la signature d’une Charte pour le climat par laquelle les grands investisseurs publics rattachés à l’Etat s’engagent à prendre en considération les enjeux liés à la lutte contre le changement climatique dans leur politique d’investissement. Il a enfin confirmé l’engagement de la France de poursuivre l’émission de l’obligation assimilable du Trésor (OAT) verte, ainsi que l’installation d’un conseil d’évaluation de ces obligations et l’adhésion de la France aux Green Bond Principles. Pas sûr que cela corresponde aux demandes des investisseurs et des banquiers.

 

 

 



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