Filmer l’agonie de porcs dans un abattoir, une atteinte à l’intimité?

Le 04 septembre 2017 par Marine Jobert
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Les porcs étaient (mal) endormis au CO2 avant d'être abattus.
Les porcs étaient (mal) endormis au CO2 avant d'être abattus.
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Coup de pub pour la cause animale devant le tribunal correctionnel, où comparaissaient deux militants de l’association L214, arrêtés alors qu’ils venaient récupérer une caméra dans l’abattoir d’Houdan (Yvelines).

Deux militants de L214 comparaissaient ce 4 septembre pour avoir pénétré dans l’enceinte de l’abattoir d’Houdan. Fin 2016, une vidéo y avait été tournée, qui montrait des employés frappant des porcs bloqués dans des couloirs, avant leur gazage dans des conditions pénibles. C’est en voulant récupérer une caméra que les deux militants avaient été arrêtés par les gendarmes, prévenus par la direction de l’abattoir. Ils étaient poursuivis devant le tribunal correctionnel de Versailles pour «violation du domicile d’autrui» et «tentative d’atteinte à la vie privée par fixation, enregistrement ou transmission de l’image».

Aucun dysfonctionnement relevé

La Direction départementale de la protection de la population (DDPP) des Yvelines avait-elle constaté des problèmes dans cet abattoir? «Aucun procès-verbal n'a été dressé pour un dysfonctionnement», assure à la barre le responsable de ce service de l’Etat, chargé de mener des inspections, alors que L214 estime que les services vétérinaires ont «failli à leur mission de contrôle». Mais l’heure n’est pas au procès du respect des normes en vigueur –une instruction est en cours pour «maltraitance animale»- rappelle le procureur, cité par plusieurs journalistes. «Ce n’est pas le procès de l’abattoir.» Au centre des débats juridiques, le préjudice des salariés et de l’abattoir, qui a perdu des marchés après la diffusion des images. Ce qui représente 200.000 euros, selon son directeur, et des menaces de mort pour ceux qui y travaillaient.

Association anti-spéciste

«Avec 2,5 M€, une trentaine de salariés, des bénévoles, militants... N'y avait-il pas d'autres moyens de se faire entendre?», interroge l’avocat de la Fédération départementale des syndicats d'exploitants agricoles (FDSEA). Quelques minutes plus tôt, son confrère partie civile dénonçait cette association «anti-spéciste», qui défendrait «non pas le bien-être animal, mais l'égalité entre les animaux et les Hommes». «Je suis toujours étonnée de la virulence de la partie adverse, s’étonne Brigitte Gothière, la porte-parole de L214 pour Le journal de l’environnement. Alors qu’on s’attendrait à ce que les avocats restent sur les faits et le droit.»

Vecteurs des animaux

La violence, c’est surtout celle qui est déployée dans les abattoirs qu’ont voulu dénoncer les militants. «On parle d'endormissement. C'est tout sauf ça», a raconté Sébastien Arsac, le président de L214, prévenu. «C'est quelque chose qui me paraît juste, légitime, moral», ajoute Tony Duhamel, l’autre prévenu. «Nous sommes les vecteurs des animaux pour témoigner des souffrances qu’ils endurent, surenchérit Brigitte Gothière. Nous assumons les risques pris dans cette affaire.»

15.000 € d’amende

Le procureur requiert 15.000 € d'amende -dont 10.000 avec sursis- et la publication du jugement. Forte de 26.000 adhérents et de 2,5 M€ de budget, L214 ne craint pas le bâton financier. «Notre budget est ridicule par rapport à aux millions investis dans la pub par l’industrie de la viande, tempère Brigitte Gothière. C’est surtout une occasion de remettre la question animale sur le devant de la scène, et nous saisissons toutes les tribunes.»

 

Décision le 9 octobre à 14 heures.

 

 

 



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