Fièvre du Nil occidental: une évolution inquiétante

Le 13 décembre 2019 par Romain Loury
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La répartition des cas en 2018, humains (rouge) et équins (jaune)
La répartition des cas en 2018, humains (rouge) et équins (jaune)
ECDC

En 2018, l’Union européenne a connu une flambée inédite de fièvre du Nil occidental, avec près de huit fois plus de cas humains recensés que l’année précédente, selon un rapport annuel sur les zoonoses en Europe publié jeudi 12 décembre. Les causes pourraient être météorologiques, avec une activité accrue de l’insecte vecteur (le moustique Culex pipiens), mais aussi virologiques.

Décrite pour la première fois en Ouganda en 1937, la fièvre du Nil occidental a fait ses premiers cas humains et animaux en Europe en 1962, en Camargue. Liée au virus WNV (West Nile Virus, un arbovirus proche de celui de l’encéphalite japonaise), cette maladie est véhiculée par des moustiques, qui se contaminent en se nourrissant du sang d’oiseaux infectés, réservoirs du virus.

Piquant oiseaux et mammifères, les moustiques du genre Culex, dont Culex pipiens, en sont les principaux vecteurs[i]. L’homme et les herbivores domestiques, en particulier le cheval, ne constituent que des hôtes accidentels du virus: ils peuvent certes être infectés et tomber malades, mais sont des culs de sac épidémiologiques, du fait qu’ils n’amplifient pas le virus, contrairement aux oiseaux.

7,7 fois plus de cas

Selon le rapport annuel sur les zoonoses publié jeudi 12 décembre par l’Efsa et l’ECDC[ii], cette maladie a connu une flambée inédite dans l’UE en 2018: sur l’ensemble des pays membres, 1.548 cas acquis localement ont été observés, soit 7,7 fois plus que les 201 cas de 2017. Ce chiffre dépasse même le cumul de cas sur la période 2011-2017. Idem pour les chevaux: 351 cas ont été recensés en 2018, contre une médiane annuelle de 119 sur la période 2013-2018.

Région la plus touchée, le nord de l’Italie, pays qui a compté 610 cas –contre seulement 53 en 2017. Il est suivi par la Roumanie (267 cas), la Grèce (195 cas) et la Hongrie (132 cas). Même l’Allemagne, jusqu’alors indemne du virus -aussi bien chez l’homme que chez l’animal-, a enregistré 12 séries de cas chez l’animal, dont 10 chez les oiseaux et 2 chez des chevaux.

Quant à la France, elle a connu 27 cas humains (contre 2 en 2017), dont 22 dans les Alpes-Maritimes, 2 en Corse-du-Sud, 1 dans le Var, les Bouches-du-Rhône et les Pyrénées-Orientales. La France a aussi compté 13 cas équins, dont 7  dans le Gard (en Camargue), 5 en Haute-Corse (5) et 1 dans les Bouches du Rhône.

Le plus souvent bénigne, l’infection par le WNV n’entraîne de symptômes que chez 20% des patients, le plus souvent de type fiévreux. Chez les personnes âgées ou immunodéprimées, le virus peut s’étendre au cerveau, entraînant le décès dans près d’un cinquième des cas. Sur l’ensemble des cas détectés en 2018 dans l’UE, le taux de mortalité s’élevait ainsi à 11%.

Météo et virologie

Selon le directeur scientifique de l’ECDC, Mike Catchpole, «les raisons du pic de 2018 ne sont pas clairement comprises. Des facteurs comme la température, l’humidité et les précipitations peuvent influencer l’activité saisonnière des moustiques, et pourraient avoir joué un rôle». La saison de transmission semble avoir été particulièrement étalée en 2018, avec des cas aussi bien précoces au printemps que tardifs à l’automne. Ce qui, comme pour d’autres maladies émergentes, pourrait constituer l’un des nombreux effets du réchauffement climatique.

Autre facteur probable, l’arrivée d’un nouveau type de WNV, le lignage 2: apparu en 2004 en Hongrie, probablement par des oiseaux migrateurs venus d’Afrique, il s’est depuis étendu à l’Europe centrale et à l’est de la région méditerranéenne. Il a depuis été rejoint par un autre virus de lignage 2, venu en 2007 du sud de la Russie, qui s’est depuis implanté en Italie et en Roumanie.

Or ces virus de lignage 2 seraient bien plus virulents que ceux de lignage 1, les seuls connus jusqu’alors en Europe. Celui venu d’Italie serait ainsi responsable des 22 cas humains observés dans les Alpes-Maritimes, département dans lequel il a aussi été trouvé chez trois rapaces morts (buses, autours des palombes). A l’inverse, le lignage 1 est rarement mortel chez les oiseaux.

La situation semble s’être calmée en 2019: seulement 410 cas humains ont été observés cette année dans l'UE, un niveau toutefois deux plus élevé que celui de 2017, selon un bilan publié début décembre par l’ECDC. En France, seuls deux cas ont été observés, dans les Bouches-du-Rhône. Une accalmie temporaire?



[i] A la différence du moustique tigre (Aedes albopictus), qui se nourrit principalement du sang de mammifère.

[ii] Efsa: Autorité européenne de sécurité des aliments; ECDC: Centre européen de prévention et de contrôle des maladies.

 



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