Feux de forêt: un risque en augmentation, à anticiper avec rigueur

Le 08 juin 2016 par Marine Jobert
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Les grands incendies, catastrophes à venir.
Les grands incendies, catastrophes à venir.

Le changement climatique bouleverse la donne et étend le risque incendie à un nombre croissant de départements. Il est indispensable de reprendre en main avec fermeté ce dossier, indique un rapport.

Où en est la défense des forêts contre l’incendie (DFCI)? Une question nécessaire, quand «la probabilité d’un incendie de grande envergure, avec des conséquences dramatiques, reste importante», selon les trois hautes administrations[1] qui se sont penchées sur la question dans un rapport remis aux ministres de l’environnement et de l’agriculture. Aujourd’hui, ce sont 32 départements qui sont identifiés par le Code forestier comme particulièrement exposés au risque incendie de forêt. Avec le changement climatique, leur nombre ne va pas cesser de croître.

Incendies de végétaux

En dépit des efforts menés depuis 2003 sur ce front (et un premier rapport), le nombre de départs de feu a peu baissé et les causes structurelles des incendies demeurent pour une large part. Pire: le changement climatique accroît le risque d’incendie et élargit à des régions plus septentrionales les zones susceptibles d’y être exposées. La mission préconise donc avec vigueur de «ne surtout pas baisser la garde». A ce principe de conscience s’ajoute le principe de système, c’est-à-dire une approche intégrée de toutes les dimensions du problème, allant de la prévention, de la planification et de la prévision, à la surveillance, à l’intervention, au retour d’expérience et à la reconstitution des espaces incendiés. Mais pas que. Il est indispensable, soulignent les auteurs, de tenir compte de la gestion durable, de l'exploitation et de la valorisation de la forêt et des produits forestiers. Note lexicale: ne dites plus «incendies de forêt», mais «incendies de végétaux».

Massifs

Le principe de coopération implique de ne pas cantonner la discussion aux acteurs institutionnels, mais d’y intégrer également les acteurs économiques de la forêt et du bois (les centrales de Gardanne et Brignoles sont citées) et les associations représentatives de la protection de l’environnement et de la biodiversité. «Les citoyens, ruraux et urbains, résidents et touristes, doivent être sensibilisés à la politique de la DFCI, pour promouvoir une véritable culture du risque.» Le principe de massif, qui dépasse les limites administratives, doit prendre le pas sur la gestion départementale aujourd’hui en cours.

Du travail pour l’Agence nationale pour la biodiversité (ANB): évaluer le préjudice écologique induit par un incendie de forêt et réaliser une étude sur la résilience des habitats ayant brûlé, préciser les conditions du devenir durable d'un site forestier brûlé et proposer une méthodologie de son suivi dans le temps, à partir d'un inventaire sur des habitats forestiers qui se sont reconstitués après les grands incendies de 2003.

Responsabiliser

Mieux vaut prévenir que guérir: les hauts fonctionnaires recommandent de «renforcer la qualité de la prévision, en poursuivant la modernisation des outils météorologiques et en encourageant la prévision de long terme et la modélisation des tendances, dans la perspective du changement climatique». La mémoire humaine des catastrophes étant défaillante au possible, il est indispensable d’élaborer une «stratégie de communication, réaliste, responsabilisante et non-anxiogène, pour développer une ‘culture du risque’», et ce dès le plus jeune âge.

Arrêter le mitage

Les préfets et les maires en prennent pour leur grade. Notamment parce que le mitage de la forêt par l’habitat, dans un contexte de forte pression démographique et urbaine, se poursuit (non-respect des règles d’urbanisme, ‘cabanisation’, développement des friches agricoles...), en dépit des alertes lancées depuis plusieurs années. Et de proposer un remède de cheval. A savoir la démolition d’office des constructions illégales en zone à risque incendie et des formes d'habitat illégal en forêt. L’application «sans faille» (est-il précisé) du Code forestier pour s’opposer aux demandes de défrichement, lorsqu’elles sont porteuses d’un risque incendie de forêt. La généralisation du ‘porter à connaissance’ et des cartes d’aléas, incluant les friches agricoles et autres couverts végétaux, à tous les territoires exposés au risque ainsi qu’à ceux qui vont l'être dans le contexte du changement climatique. Et enfin l’approbation dans le délai d’un an, et au besoin par anticipation, des plans de prévention des risques incendies de forêt (PPRIf) prescrits depuis plus de 10 ans sur les secteurs les plus vulnérables.

Débroussailler

L’obligation légale de débroussaillement (OLD) est également totalement traitée par dessous la jambe par les collectivités. La mission recommande la mise en place, selon un calendrier concerté et à l’échelle du massif ou d’un ensemble de communes, d’un programme déroulant 4 étapes successives, de la première information et de la sensibilisation jusqu’à l’exécution d’office par la commune et à l’exercice du pouvoir de substitution par l’autorité préfectorale.

Maintenir les budgets

Le changement climatique oblige à repenser le périmètre de la DFCI, puisque certains départements non couverts par cette stratégie sont d’ores et déjà confrontés à une augmentation des feux de forêt et de couvert végétal. D’ailleurs, note la mission, plusieurs préfets commencent, de leur propre initiative, à mettre en œuvre un suivi de ces incendies, une sensibilisation des acteurs et diverses mesures de prévention. Dans ce contexte, pas question de rogner sur les budgets, prévient-elle. Elle propose au contraire que soit évaluée l'efficience de la politique de la DFCI en prenant en compte son coût, mais également une évaluation monétaire des forêts non détruites par l'incendie. En outre, la mission insiste pour que la flotte aérienne nationale soit renouvelée, en tenant le plus grand compte des perspectives d’extension du risque à d’autres zones du territoire métropolitain.

 


[1] Le Conseil général de l’environnement et du développement durable (CGEDD), l’Inspection générale de l’administration (IGA) et le Conseil général de l’alimentation, de l’agriculture et des espaces ruraux (CGAAER).

 



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