Fessenheim: un décret en trompe-l’œil

Le 10 avril 2017 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Fessenheim ne fermera pas avant 2019. Au mieux.
Fessenheim ne fermera pas avant 2019. Au mieux.

Au mieux, les deux réacteurs de la centrale alsacienne fermeront en 2019.

 

«C'est dit, c'est fait.» étonnante accroche du communiqué de presse, diffusé dimanche 9 avril par la ministre chargée de l’énergie. Saluant le décret abrogeant l’autorisation d’exploiter la centrale nucléaire de Fessenheim, publié le même jour par le Journal officiel, Ségolène Royal rappelle qu’il s’agit d’appliquer la loi relative à la transition énergétique pour la croissance verte (LTECV). L'article 187 plafonne à 63,2 gigawatts la capacité nucléaire française.

Dans l’attente de Flamanville 3

Alors bientôt fermés, les deux réacteurs de la centrale alsacienne? Ce n’est pas si simple. L’article 2 du décret du 9 avril fixe son application «à la date notifiée par EDF pour la mise en service de Flamanville 3». Or, l’électricien n’envisage pas de production commerciale de l’EPR normand avant la fin de 2018. Au mieux.

De même, l’opérateur historique entend bien appliquer la LTECV, toute la LTECV et rien que la LTECV. Traduction: la capacité de son parc nucléaire ne sera pas inférieure au plafond fixé par la loi. Ce qui nous oblige à nous intéresser à une troisième centrale nucléaire: Paluel.

465 tonnes d’acier

Le 31 mai 2016, l’autre site nucléaire normand a été victime d’un accident inédit. Alors que les techniciens de l’exploitant effectuaient la troisième visite décennale du réacteur n°2, l’un des générateurs de vapeur —une pièce de 465 tonnes— bascule sur le sol. Sous le choc, un technicien est blessé et des plateaux de protection de la piscine de stockage de combustible (vide au moment de l’accident) sont endommagés, indique l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN). Bien malin qui peut dire quand l’installation pourra être relancée.

La loi stipulant qu’une installation nucléaire arrêtée depuis deux ans doit être définitivement arrêtée, EDF a obtenu du gouvernement la publication d’un arrêté ministériel repoussant à 2019 le redémarrage de Paluel 2. On n’est jamais trop prudent.

Un décret bancal

On peut donc parier, sans trop grand risque, que la capacité nucléaire maximale allouée par la LTECV à EDF ne sera pas atteinte avant 2019. Année où il faudra alors fermer définitivement les deux réacteurs de Fessenheim. D’ici là, le prochain gouvernement pourra revenir sur la promesse faite par François Hollande en 2012. A moins que la justice ne casse le décret du 9 avril.

Pressé par les échéances électorales, le ministère de l’environnement semble avoir brûlé les étapes. Légalement, EDF doit notifier au gouvernement une demande d’abrogation de l’autorisation d’exploiter sa centrale alsacienne pour que le décret d’abrogation puisse être pris. Deux syndicats (FO et la CFE Energie) ont déjà annoncé leur intention de saisir le Conseil d’Etat pour excès de pouvoir. La suite au prochain épisode.



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