Fessenheim 1 obtient un sursis

Le 04 juillet 2011 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Fessenheim devra encore attendre le verdict du stress test.
Fessenheim devra encore attendre le verdict du stress test.

Le premier réacteur de la centrale alsacienne pourra fonctionner durant 40 ans. A condition qu’EDF réalise d’importants travaux.

Et de deux! Lundi après-midi, l’autorité de sûreté nucléaire (ASN) a «pris position sur la poursuite d’exploitation du réacteur n°1 de la centrale nucléaire de Fessenheim». Une décision très attendue depuis longtemps.
 
A commencer par les écologistes qui réclament la fermeture de la plus ancienne centrale française. Par le conseil général du Haut-Rhin, ensuite, qui a demandé, mi-mars, l’arrêt de la centrale alsacienne, au moins le temps de la réalisation du «stress tests» voulu par l’Union européenne.
 
Par de nombreux responsables suisses et allemands, enfin. Fessenheim est à quelques centaines de mètres de la frontière allemande et à 40 km de la Suisse. Or, nos deux voisins viennent d’entamer leur sortie du nucléaire et considèrent assez mal qu’une installation nucléaire, située sur une faille sismique et en aval de barrages puissent continuer à fonctionner.
 
A l’issue de la troisième visite décennale du premier réacteur de la centrale, le gendarme du nucléaire a donc considéré que la tranche de 900 MW «est apte à être exploitée pour une durée de 10 ans supplémentaires». Après Tricastin 1, Fessenheim 1 est le second réacteur de puissance qui pourra fonctionner 40 ans.
 
Cette décision est toutefois assortie de quelques conditions. «L’exploitant devra respecter deux prescriptions majeures», précise André-Claude Lacoste, président de l’ASN.
 
La première priorité est de renforcer le radier du réacteur avant le 30 juin 2013, afin d’augmenter sa résistance au corium en cas d’accident grave avec percement de la cuve. Une opération inédite qui s’avère extrêmement délicate à mener. Dans les premières centrales nucléaires françaises, le radier a été conçu pour soutenir le réacteur et en aucun cas résister à une coulée de combustible fondu. «Ce qui explique, rappelle Jean-Christophe Niel directeur général de l’ASN, que ce bouclier de béton ne fasse que 1,5 m d’épaisseur, contre 2,5 à 3 mètres pour les radiers plus récents.»
 
Concrètement, EDF devra rapidement trouver un moyen de couler du béton de haute qualité sous la cuve du réacteur, probablement en utilisant des moyens télécommandés. Difficile d’envoyer des maçons dans l’un des sites de la centrale soumis aux plus forts débits de dose de radioactivité.
 
Seconde priorité: installer, avant le 31 décembre 2012, un système de secours permettant d’évacuer durablement la chaleur produite par la réaction nucléaire en cas de perte de la source froide. En clair, EDF devra constituer une importante réserve d’eau (dans la nappe ou dans un lac à créer) pour pallier, le cas échéant, la défaillance prolongée du système de refroidissement.
 
En résumé, l’opérateur historique pourra continuer d’exploiter son réacteur de 900 MW, à condition d’y faire rapidement d’importants et coûteux travaux. Mais ce n’est pas tout.
 
Car l’examen de sûreté ayant conduit à la décision d’aujourd'hui a été réalisé avant… Fukushima. Or, l’accident du 11 mars a prouvé, par l’absurde, la possibilité que surviennent des événements «hors dimensionnement». Le très improbable est devenu… possible. Raison pour laquelle, la Commission européenne a obligé les Etats membres nucléarisés à réaliser des stress tests des 143réacteurs actuellement en service dans l’UE. «On reprend toutes les caractéristiques des centrales, on agite très fort, et on voit si la centrale résiste et quelles sont ses marges», résume Jean-Christophe Niel.
 
L’ASN estime avoir, pour la mi-septembre, les premiers résultats de ces tests de résistance. Le rapport final devant être livré aux pouvoirs publics avant la fin de l’année. Au vu de ces résultats, l’ASN pourrait ordonner à EDF la réalisation de nouveaux travaux de protection ou de consolidation.
 
Reste à savoir si l’électricien semi-public trouvera que le jeu économique en vaut la chandelle. Rien n’est moins sûr.


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