Fertilisation par le fer: même le plancton n’y croit pas

Le 29 janvier 2016 par Romain Loury
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Un coup d'épée dans l'eau?
Un coup d'épée dans l'eau?

La fertilisation des océans par le fer, technique de géo-ingénierie visant à stimuler la croissance du phytoplancton pour absorber le CO2, en prend un nouveau coup: selon une étude publiée mercredi 27 janvier dans Nature, son efficacité pourrait être nulle, du fait d’un entrejeu subtil avec d’autres nutriments essentiels, dont les phosphates et les nitrates.

Dans les océans, l’un des facteurs limitants à la photosynthèse par le phytoplancton est le fer, présent en faibles concentrations dans les océans. D’où l’idée proposée par les partisans de la géo-ingénierie d’en déverser en masse dans les océans afin de stimuler leur activité, et donc de leur faire pomper le CO2 émis par nos bons soins.

Suscitant une vive opposition des associations et de nombreux scientifiques, les quelques projets menés à ce jour ont livré des résultats plutôt maigres, et l’idée continue à sombrer lentement. Publiée dans Nature, une nouvelle étude, menée par Kassandra Kosta, de l’université de Columbia à New York, et ses collègues, révèle en quoi elle constitue une idée simpliste, avec de grandes chances d’échec.

Les chercheurs se sont penchés sur la dernière période glaciaire (de -27.000 à -17.000): selon plusieurs scientifiques, ce refroidissement serait en partie lié à une fertilisation naturelle du Pacifique par des poussières terrestres riches en fer, qui aurait entraîné une rapide baisse du taux atmosphérique de CO2.

Le fer a épuisé d’autres nutriments

Or l’hypothèse serait au final infondée: selon les sédiments océaniques que les l’équipe a étudiés, il y a bien eu un apport élevé de fer dans le Pacifique équatorial, mais sans qu’il entraîne une suractivité du plancton. Bien au contraire, celui-ci aurait même connu un coup de mou dans cette région.

En cause, le fait que le fer est aussi parvenu plus au sud, dans des eaux proches de l’Antarctique: il y aurait effectivement fertilisé le plancton, mais celui-ci aurait aspiré tous les autres nutriments nécessaires à la photosynthèse, dont les nitrates et les phosphates, qui abondent dans ces eaux méridionales.

Bien qu’approvisionné en fer, le plancton équatorial se serait donc retrouvé privé de nitrates et de phosphates, qui lui parviennent du sud par les courants océaniques, et son activité aurait baissé. Au final, le bilan a été nul. Pour Kassandra Kosta, «l’océan ne compte qu’une quantité limitée de nutriments: si on les utilise plus dans un endroit, il y en aura moins dans un autre».

Pour Jerry McManus, co-auteur de l’étude, «ceci montre à quel point les différentes parties d’un système sont connectés. Si vous poussez d’un côté, le système pousse en retour ailleurs. Ceci met à mal l’idée que la fertilisation par le fer est une force majeure qui a engendré et maintenu les âges glaciaires. Et nous devrions être très prudents quand nous avançons que la fertilisation artificielle nous aidera à combattre le changement climatique».



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