Ferroviaire : «Quand les régions verront les bénéfices de la concurrence, tout le monde s’y mettra»

Le 17 octobre 2018 par Marine Jobert
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Une locomotive aux couleurs d'Alpha Trains.
Une locomotive aux couleurs d'Alpha Trains.

 

Loueur de trains. C’est la vocation d’Alpha Trains, heureux prestataire pour le fret (370 locomotives dans 17 pays) et le transport de voyageurs, (435 trains, dont 80% exploités en Allemagne). Vincent Pouyet, son directeur, a accordé un entretien au Journal de l’environnement. Il y brosse les contours d’une concurrence gagnante pour les régions et les voyageurs.


JDLE – Dans quel contexte intervient l’arrivée sur le marché français d’Alpha Trains, leader de la location de trains en Allemagne?

Vincent Pouyet - Les régions ne sont pas propriétaires de leurs flottes de trains, bien qu’elles les aient dans leur très grande majorité subventionnées. La question qui se pose pour elles, c’est d’ouvrir à la concurrence et de s’assurer que le matériel roulant ne soit pas une barrière à l’entrée, et d’autre part de reprendre en main ce matériel roulant. La loi pour un nouveau pacte ferroviaire prévoit que, à leur demande, les régions peuvent reprendre la propriété du matériel et lancer des appels d’offres au 1er janvier 2019.

 

JDLE – Que va-t-il se passer concrètement?

Vincent Pouyet - Il ne s’agit pas seulement de passer devant le notaire! Les régions ont au moins trois options. Soit elles reprennent la gestion en direct, ce qui nécessite des compétences techniques ferroviaires dont les régions ne disposent pas. Soit, quand le matériel est vieillissant, elles ouvrent des lignes à la concurrence, en imposant la fourniture d’une nouvelle flotte de trains. Ça a très bien fonctionné en Allemagne depuis 20 ans: l’offre s’est développée et les coûts d’exploitation ont baissé de près de 30% quand le coût du TER en France a doublé en 15 ans sur la même période. Ce modèle, surtout quand il y a besoin de trains neufs, fonctionne bien. Alpha Trains se positionnera alors auprès de tous les opérateurs avec des offres de location adaptées à leurs besoins. La dernière option pour les régions, c’est de confier la gestion de leur parc à un expert du secteur. C’est particulièrement intéressant quand les trains ont moins de 15 ans et doivent pas être mis à la disposition des opérateurs de manière équitable. Alpha Trains souhaite alors jouer un rôle en proposant aux Régions de racheter ces trains, de les rénover et de les gérer de manière efficace.

 

JDLE – Pourquoi la location de trains a-t-elle si bien fonctionné en Allemagne?

Vincent Pouyet – C’est une activité qui mobilise plusieurs compétences. D’abord, il faut savoir mobiliser des compétences techniques. Ensuite, il y a la question de qui assume les risques financiers, techniques et juridiques liés au matériel roulant. Puis, il y a un problème de visibilité sur l’offre de transport qu’une collectivité ou un exploitant va offrir sur 30 ans. La location offre de la simplicité, de la flexibilité et favorise la concurrence entre opérateurs. Enfin, en termes de coûts-kilomètre, la location a démontré une grande pertinence, puisque joue la concurrence entre plusieurs loueurs et avec d’autres modes de financement.
 

JDLE – Comment va se recomposer le paysage des prestataires une fois amorcée l’ouverture à la concurrence?
Vincent Pouyet - On va retrouver la SNCF, mais aussi RATP Dev, Transdev, Abellio, Arriva et probablement aussi quelques opérateurs locaux, voire des régies. La location permettra à de plus petits opérateurs de se positionner car ils n’auront pas besoin d’acquérir eux-mêmes. Cela éviterait que, demain, deux ou trois opérateurs phagocytent tout le marché et remplacent par une autre forme de monopole celui de la SNCF. C’est très important pour stimuler la concurrence. Ça marche aussi pour les gros opérateurs: en Allemagne, nos deux plus gros clients sont les Français Transdev et Kéolis, avec des surfaces financières très importantes. Ca fait sens pour eux de ne pas posséder les trains et de les louer, en particulier le jour où ils perdent leurs contrats.

JDLE – Les premiers appels d’offres peuvent théoriquement être lancés par les régions au 1er janvier 2019. Comment voyez-vous les prochains mois?
Vincent Pouyet - C’est un sujet complexe, avec plusieurs thèmes. Celui du transfert des personnels, et les négociations à mener avec les personnels SNCF concernés. Celui des infrastructures de maintenance, indispensables pour entretenir les trains. La loi prévoit que les régions doivent garantir, pour une réelle ouverture du marché, que ces infrastructures soient accessibles à tous. Enfin celui du matériel roulant, et leur disponibilité réelle pour une concurrence effective. Nous voulons être un facilitateur et un catalyseur sur ce troisième thème pour une ouverture à la concurrence qui fonctionne et soit réussie. Ce qui signifie proposer un train moins cher et de meilleure qualité.
 

JDLE – Où en êtes-vous dans vos démarches avec les régions?
Vincent Pouyet - On a participé à l’appel à manifestation d’intérêt lancé par Sud-Provence-Alpes-Côtes d’Azur, ce qui nous a permis de mieux comprendre leurs spécificités locales et de leur proposer des solutions auxquelles ils n’avaient pas forcément pensé. Ce qui est logique puisque l’on part d’une situation de monopole où le champ des possibles est limité à l’environnement offert par la SNCF. Les Hauts-de-France et Pays de la Loire ont exprimé clairement leur volonté d’ouvrir leur réseau à la concurrence.

Si l’on continue sur le modèle actuel des TER, ce ne sera économiquement plus tenable et à terme cela finira par beaucoup de suppressions de trains. Pour sauver les petites lignes, il faut baisser les coûts de l’ensemble des trains régionaux, repenser l’offre et augmenter leur attractivité et les recettes. Et ça, on y croit, via l’ouverture à la concurrence. Le bilan allemand –avec ses 500 km de lignes ré-ouvertes, une baisse des coûts de 30%, une fréquentation et une offre en hausse de 40%– nous rend optimistes. Une fois que les autres régions verront tous les bénéfices qu’il y a à s’ouvrir à la concurrence, tout le monde s’y mettra.



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