Fenugrec et E. coli : les mystères d’une rencontre

Le 13 juillet 2011 par Romain Loury
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La contamination des graines germées par l’E. coli O104:H4 a certainement eu lieu avant l’importation, mais sans que l’on sache encore à quelle étape, selon un rapport d’évaluation des risques du Centre européen de prévention et de contrôle des maladies (ECDC, selon l’acronyme anglais).
 
Le 5 juillet, l’Autorité européenne de sécurité des aliments (Efsa) a confirmé le rôle très probable de graines de fenugrec dans les intoxications survenues depuis mai en Allemagne, depuis fin juin en Gironde. A l’origine : un lot de 15 tonnes parti d’Egypte en novembre 2009, réparti entre plusieurs distributeurs dès son arrivée en Europe.
 
Mais le moment de la contamination demeure inconnu. Un mystère d’autant plus épais qu’aucune trace de l’E. coli O104:H4 n’a été retrouvée dans le fenugrec provenant de l’exploitation concernée, a réaffirmé le ministère égyptien de la santé en réponse à l’Efsa.

«Ces tests négatifs signifient juste qu’il ne s’agissait pas d’un évènement récurrent, mais plutôt d’un fait ponctuel», interprète le Dr Christophe Nguyen-The, chercheur avignonnais du laboratoire de sécurité et qualité des produits d’origine végétale (Inra/Université d’Avignon).
 
L’origine de la bactérie, animale ou végétale, demeure indéterminée. Un flou qui permet difficilement d’identifier le point de contamination, à savoir lors de la culture (compost infecté ? eau contaminée ?) ou par la suite : pendant la récolte, le séchage, le conditionnement ou le stockage [1].
 
Si l’exposition à l’E. coli a eu lieu lors de la culture, ce que l’Efsa tend à croire, la bactérie n’aurait pas d’emblée accès à la graine, mais seulement à son enveloppe, rappelle Christophe Nguyen-The. La bactérie n’a en effet aucun moyen de pénétrer la plante : ce n’est que débarrassée de l’enveloppe que la graine récoltée pourrait être contaminée, par exemple lors de son traitement.
 
Une fois la graine séchée, la bactérie ne peut plus s’y multiplier, et subit même une décroissance. Mais les graines germées, comme leur nom l’indique, sont remises en culture : si seules quelques-unes sont infectées au départ, les plonger «dans un milieu humide, très favorable» va favoriser la multiplication bactérienne, conduisant à la contamination de graines jusqu’alors non infectées, explique Christophe Nguyen-The.
 
Un phénomène d’amplification qui s’est probablement produit dans la ferme bio au sud de Hambourg, point de départ de l’épidémie allemande. Ou avec le kit de graines sèches acheté par les organisateurs d’une journée portes ouvertes d’un Centre de loisirs de la petite enfance, à Bègles (Gironde), à l’origine des cas groupés bordelais.
 
Selon le bilan dressé mardi par l’ECDC, le nombre de nouveaux cas continue à diminuer en Europe. Il est actuellement de 3.839 malades, dont 762 cas de syndrome hémolytique et urémique (SHU) et 44 décès.
 
Selon un bulletin de l’Institut de veille sanitaire (InVS), 19 cas ont été enregistrés en Gironde depuis le 22 juin, dont 12 après avoir participé à la kermesse de Bègles.
 
L’E. coli O104:H4 n’a été retrouvée que chez ces derniers, et chez deux autres personnes de l’entourage d’une personne infectée à Bègles (des transmissions dites «secondaire»). Chez les cinq autres patients, dont une femme décédée, d’autres souches d’E. coli seraient impliquées.
 
[1] Selon Christophe Nguyen-The, rien ne permet d’exclure l’hypothèse d’une contamination hors-Egypte.


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