Faut-il encore produire des agrocarburants?

Le 06 avril 2012 par Valéry Laramée de Tannenberg
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Certaines cargaisons de graines sont importées des émirats.
Certaines cargaisons de graines sont importées des émirats.

Deux nouvelles études de l’Ademe pointent l’impact du changement d’affectation des sols dans la production des carburants d’origine végétale. Ce qui réduit un peu plus l’intérêt environnemental des agrocarburants de première génération.

Les carburants issus de produits végétaux ont toujours été l’objet de passions contraires. Au début des années 1990, alors que certaines organisations paysannes les portaient aux nues, un rapport commandé par le gouvernement (le rapport Lévy) en minorait l’intérêt. On connaît la suite.

Depuis des années, les environnementalistes dénoncent leur piètre bilan énergétique, leurs mauvaises performances environnementales (si l’on inclut les intrants, par exemple) et une faible contribution à la réduction du bilan carbone des transports.

Pour se faire une opinion, les pouvoirs publics ont commandé à l’Ademe plusieurs éco-bilans des filières biodiesel et bio-éthanol.

En 2009, l’Ademe fait réaliser une analyse du cycle de vie (ACV). «Et ses résultats ont plutôt été satisfaisants, rappelle Virginie Schwartz. Pour la filière biodiesel, nous avons trouvé un gain de 50 à 85%. Le gain était, en revanche, plus faible pour l’ETBE ?: de 10 à 54%.»

Ce que la directrice exécutive des programmes de l’Ademe omet de dire, c’est que certains résultats de l'étude, réalisée par le cabinet Bio Intelligence, avaient été incendiés par des experts d’ONG. En cause: la non-prise en compte par le consultant du changement d’affectation des sols imputables aux «cultures énergétiques».

La critique était tellement pertinente que l’Ademe s’est fendu de deux études spécifiques sur le sujet, dont les synthèses étaient présentées ce matin 6 avril.

Un sujet d’importance. Nombre d’experts estiment, en effet, que l’accroissement de la demande (notamment nord-américaine et européenne) d’agrocarburants contribue au recul des forêts tropicales. Si l’accusation était avérée, cela réduirait considérablement l’intérêt climatique et environnemental des carburants d’origine végétale.

Transformer une tourbière du Sud-est asiatique en une plantation de soja ou de palmiers à huile —le changement d’affectation du sol ou CAS— provoque le relâchement du carbone contenu dans le sol. Selon le programme des Nations unies pour l’environnement (Pnue), la destruction des tourbières tropicales contribue à l’émission de près de 3 milliards de tonnes équivalent CO2 par an.

Cette fois, l’Ademe a confié la recherche non plus à un consultant privé mais aux chercheurs de l’Institut national de la recherche agronomique (Inra). Lesquels se sont livrés à un véritable travail de fourmi pour analyser et synthétiser la littérature scientifique.

«Au total, nous avons épluché 560 évaluations de 49 études», comptabilise Stéphane de Cara. Faute de méthodologie unifiée, les résultats sont aussi pléthoriques. «Dans certains cas, les études estiment que le CAS peut économiser jusqu’à 300 grammes équivalent CO2 par mégajoule (gCO2éq/MJ); d’autres font état d’un bilan défavorable pouvant s’élever jusqu’à 2.300 gCO2éq/MJ», explique ce chargé de recherche au sein du département d'économie de l’Inra.

Pour autant, le bilan carbone des agrocarburants semble en prendre un coup. «Près de 90% des évaluations collectées concluent que le développement des biocarburants induit un changement d’affectation des sols (direct ou indirect) qui génère des émissions de GES. […] Pour plus d’un quart des évaluations collectées, le seul effet des CAS entraine des émissions supérieures à celles du carburant fossile de référence (83,8 gCO2éq/MJ). Si sont ajoutées les émissions liées à la production, la transformation et la distribution des biocarburants, les émissions totales associées aux biocarburants sont supérieures à celles du carburant fossile de référence dans plus de la moitié des évaluations. En outre, plus des deux tiers des évaluations aboutissent à un bilan total en émission qui ne permet pas de respecter le seuil de réduction des émissions de GES de 35% par rapport à celle du carburant fossile de référence», conclut l’une des deux études.

L’Ademe ne tire nulle autre conclusion de ces travaux. «Ce n’est pas notre rôle», affirme Virginie Schwartz. La responsable souligne toutefois que ces études montrent, notamment, que l’impact de la production des biodiesels est supérieur à celui du bioéthanol: «Ce qui ne correspond pas à la composition du parc automobile français», souligne-t-elle.

La parole est donc aux politiques. En attendant leur retour de campagne, l’Ademe pousse l’idée de la création d’un groupement d’intérêt scientifique (GIS) chargé d’étudier l’impact des changements d’affectation des sols d’une façon plus générale. Une recherche à conduire d’urgence, si l’on se souvient que, chaque année, 7.500 hectares de terres agricoles disparaissent.



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