Faune sauvage: l’homme, cet agent cancérigène

Le 24 mai 2018 par Romain Loury
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Une alimentation perturbée par l'homme
Une alimentation perturbée par l'homme

Les cancers d’origine environnementale ne sont pas l’apanage de l’espèce humaine: ils frappent aussi la faune sauvage. Cette menace demeure pourtant peu étudiée, déplore une équipe américaine dans la revue Nature Ecology & Evolution.

 

Chez l’homme, l’incidence de cancer ne cesse de croître à travers le monde, que ce soit à cause du tabac, d’une alimentation déséquilibrée, de la consommation d’alcool et de la pollution environnementale. Si l’effet de cette dernière sur la santé humaine est de mieux en mieux connue, son impact sur la faune sauvage demeure bien peu étudié.

Selon Mathieu Giraudeau, biologiste à l’université d’Etat de l’Arizona (Tempe), et ses collègues, «des cancers ont été dépistés dans toutes les espèces étudiées à ce jour, et on sait que les activités humaines influent fortement sur le taux de cancer chez l’homme. L’impact humain sur l’environnement pourrait avoir un effet considérable sur le cancer au sein de la faune sauvage, avec des conséquences sur le fonctionnement des écosystèmes».

Des cancers liés à la pollution chimique

Parmi les rares études menées à ce sujet, les plus fréquentes ont trait à la pollution chimique. Exemple, les bélugas (Delphinapterus leucas) de l’estuaire du Saint-Laurent (Canada), fortement pollué par les effluents de l’industrie de l’aluminium: 27% des individus adultes analysés sont atteints de cancers, le plus souvent de type colorectal. Idem en Californie, où la prévalence de cancer chez les lions de mer (Zalophus californianus) a été associée à la contamination de l’eau par des composés organochlorés.

Presqu’un cas d’école, le taux de cancer dans la faune des zones irradiées, par exemple dans la région de Tchernobyl (Ukraine), où une étude menée en 2013 a révélé une prévalence cancéreuse surélevée chez les oiseaux. C’est en revanche le black-out complet sur les microplastiques omniprésents en milieu marin, dont aucune étude n’a étudié le risque cancéreux sur les espèces qui en ingèrent.

Nuits blanches, junk food

Tout aussi peu connu, l’effet de l’éclairage de nuit, qui perturbe le rythme circadien. Chez l’homme, plusieurs études ont confirmé un risque cancéreux, particulièrement de cancers hormonaux (sein, prostate), chez des travailleurs de nuit. En revanche, rien de tel pour la faune sauvage urbaine, bien que des études ont prouvé un dérèglement de la production de mélatonine, hormone régulant les horloges biologiques, chez les oiseaux.

L’alimentation pourrait aussi être un facteur cancérogène, en particulier quand il s’agit de produits transformés fabriqués par, et pour, l’homme. Qu’il s’agissede nourrissage intentionnel (zoos, attraction touristique, chasse) ou non (poubelles, décharges), le risque cancéreux pourrait être lié au déséquilibre alimentaire et/ou par une perturbation du microbiote intestinal.

Un appauvrissement génétique

Le déclin de nombreuses espèces pourrait aussi les rendre plus vulnérables aux cancers. La baisse des effectifs réduit en effet la diversité génétique, ce qui peut favoriser l’accumulation de mutations favorisant la survenue de cancers. Elle pourrait aussi accroître la vulnérabilité à des virus carcinogènes, comme cela a été montré pour le bandicoot de Bougainville (Perameles bougainville), un marsupial australien, ou pour la panthère des neiges (Uncia uncia).

L’homme agit comme un virus

«Certains virus peuvent entraîner des cancers chez l’homme  [comme le papillomavirus, responsable de cancers du col de l’utérus, ndlr] en modifiant leur environnement -en l’occurrence, les cellules humaines- afin de le rendre plus adapté à leur croissance. L’homme fait à peu près la même chose: nous modifions notre environnement pour le rendre plus adapté à nos besoins, et ces changements ont un effet négatif sur de nombreuses espèces à divers niveaux, en particulier sur la probabilité de développer des cancers», commente Tuul Sepp, aussi chercheur à l’université d’Etat de l’Arizona et co-auteur de l’étude.

«La prochaine étape, ce serait d’aller sur le terrain et de mesurer le taux de cancer dans les populations sauvages», explique Mathieu Giraudeau. «Nous essayons de développer des marqueurs biologiques afin d’étudier cette question. Je pense qu’il serait intéressant de comparer la prévalence cancéreuse chez des animaux sauvages dans des environnements altérés par l’homme à celle dans des zones plus préservées, pour les mêmes espèces».



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