Farm to fork : une stratégie vouée aux gémonies

Le 25 mai 2020 par Stéphanie Senet
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Où est passée la PAC post-2020 ?
Où est passée la PAC post-2020 ?

Publiée le 20 mai par la Commission européenne, la stratégie «De la fourche à la fourchette» mécontente associations écologistes et fédérations d’agriculteurs. Si certains objectifs sont salués, les méthodes sont dénoncées, tout comme sa déconnexion de la PAC.

Intégrée au pacte vert, cette stratégie vise notamment un quart de la surface agricole utile en bio en 2030 et une division par deux de l’utilisation des pesticides à la même échéance. Un objectif jugé d’ailleurs insuffisant pour des associations comme Générations futures, qui réclament une disparition progressive de l’usage des pesticides d’ici à 2035, pour stopper l’effondrement de la biodiversité.

L’agriculture de précision, une fausse solution

D’autres organisations critiquent le recours à l’agriculture de précision souhaité par Bruxelles. «Ce sont des solutions high-tech très onéreuses qui poussent à l’intensification et à l’uniformisation de la production agricole», dénonce la Fondation Nicolas Hulot.

Pour le CCFD-Terre Solidaire, cette stratégie est «une mauvaise nouvelle pour le climat et les agriculteurs». «En souhaitant récompenser les agriculteurs qui séquestrent du carbone dans leur sol à tout prix, y compris à travers des mécanismes de marché basés sur la compensation carbone, la Commission octroie des permis de polluer aux responsables de la crise climatique», observe Manon Castagné, chargée de plaidoyer.

Sans surprise, la Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles s’insurge contre les objectifs environnementaux eux-mêmes. «La Commission européenne n’a tiré aucune leçon de la crise du Covd-19». «Alors que toutes les agricultures du monde sont nécessaires pour nourrir l’humanité en 2050, la Commission propose de mettre sous cloche 10% de la surface agricole utile en surfaces paysagères diversifiées», écrit-elle dans un communiqué. Ce qui réduirait selon elle un tiers de la production des grandes cultures européennes.

Où est passée la PAC ?

D’autres associations, comme Fridays for future, réclament surtout que la stratégie s’appuie sur une politique agricole commune ambitieuse. «Sans un nouveau départ dans la politique agricole commune, le pacte vert va échouer», estime-t-elle alors que l’agriculture génère 10% des émissions de gaz à effet de serre de l’UE. «Diviser par deux la production et la consommation de produits d’origine animale permettrait de réduire les émissions européennes d’environ 40%», poursuit-elle dans une lettre ouverte à Bruxelles. Comme d’autres organisations, elle souhaite la disparition des paiements à l’hectare, favorables aux grandes fermes industrielles, au profit de paiements selon les pratiques agricoles, indispensables pour garantir la transition vers une agriculture moins émettrice et moins destructrice de biodiversité.

«Restez critiques mais surtout parlez à vos gouvernements nationaux car ce sont eux qui résistent très souvent aux réformes que la Commission propos», leur a répondu le vice-président de la Commission européenne Frans Timmermans le 22 mai.

Plus nuancée, la Confédération paysanne souligne «des objectifs environnementaux ambitieux» (réduction de 50% des pesticides et antibiotiques et de 20% des fertilisants en 2030) mais rejette les solutions choisies pour les atteindre, dont «le développement de l’agriculture de précision et des nouvelles techniques génétiques, qui augmenteront l’endettement sur les fermes et transformeront les paysans en ouvriers précaires au service des machines». Elle aussi réclame une PAC post-2020 la fin des aides aveugles à la surface en faveur d’aides à l’actif et de soutiens aux petites fermes. En matière  d’élevage, elle opte pour une transition vers un élevage de ruminants à l’herbe.

Le CIWF, enfin, retient deux points positifs de cette nouvelle stratégie. Soit la nécessaire diminution de la consommation de viande et l’urgence d’améliorer le bien-être animal lors du transport et de l’abattage des animaux. Mais elle aussi déplore l’absence de lien avec la politique agricole commune. Un lien pourtant inclus dans les premières versions de la stratégie, qui a disparu au fil des discussions…