Farines animales : une nostalgie des années folles

Le 08 juin 2011 par Romain Loury
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Le Conseil national de l’alimentation (CNA) [1] se montre favorable à un retour partiel des farines animales pour l’élevage, à l’exclusion des ruminants, selon un point d’étape  présenté lors de sa dernière séance plénière.
 
Responsables d’avoir propagé la maladie de la vache folle, les farines animales transformées sont interdites dans l’Union européenne depuis 1994 [2]. Une prohibition qui pourrait être en partie levée, si les arguments du CNA étaient retenus par les autorités.
 
Préliminaire à un avis attendu en septembre, le point d’étape publié par le Conseil prône une réintroduction en deux temps: secteur aquacole dans un premier temps, puis «extension éventuelle» aux porcs et aux volailles. Rien ne change pour les ruminants, qui continueront à se passer de ces aliments. Une position en tout point similaire à celle émise en juillet 2010 par la Commission européenne.
 
Posé par la commission comme un «principe général», l’éventuel retour des farines animales devra exclure le «cannibalisme», qu’il s’agisse de ruminants ou de non-ruminants, explique une porte-parole du CNA. Car «si jamais quelque chose échappait, le risque de propagation de la maladie serait plus élevé». Comme celui de la transmission à l’homme.
 
Entre autres arguments, le CNA évoque «une situation sanitaire désormais maîtrisée», «une absence de risques pour la santé humaine», «des besoins croissants en protéines pour l’alimentation animale», «des tests fiables en cours de validation», ou encore «des avantages environnementaux probables».
 
Le CNA pose toutefois un bémol, à savoir «un avantage économique variable, voire incertain, selon les secteurs». Un aspect crucial, que la porte-parole refuse de trop détailler avant l’avis final de septembre.
 
Pas dupe quant à l’opinion publique sur ces farines, le CNA appelle à une «éthique de communication». Une précaution jugée «indispensable», alors que la maladie de Creutzfeldt-Jakob, variant humain de l’encéphalopathie spongiforme bovine (ESB), aurait entraîné 204 décès.
 
Question communication, le sujet coïncide (plutôt mal) avec une crise alimentaire: une vague d’infections par E. coli qui a déjà fait 24 morts, dont 23 en Allemagne. Le CNA n’avait pas prévu de «communication spécifique» avant l’avis final, se défend sa porte-parole. Malgré la discrète mise en ligne du document, le sujet s’est retrouvé à l’édition de 20 heures des journaux télévisés.
 
Outre le CNA, l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) planche sur les farines animales, mais seulement sur leur volet sanitaire. Des travaux également lancés l’été 2010, et attendus avant la fin de l’année.
Selon la porte-parole du CNA, la réintroduction progressive des farines animales n’aura pas lieu «dans l’immédiat», plutôt «dans le moyen terme». Elle doit d’abord être discutée au niveau européen et dans chaque pays.
 
 
[1] Le CNA est une instance consultative indépendante, placée auprès des ministères en charge de l’alimentation, de l’agriculture, de la santé et de la consommation.
[2] Les farines de viande et d’os sont interdites depuis juillet 1994 pour l’alimentation des bovins, des ovins et des caprins. Cette interdiction a été étendue en 2001 à l’ensemble des protéines animales transformées. Parmi les rares exceptions, les farines de poisson peuvent encore être utilisées dans les élevages piscicoles et pour les non-ruminants.


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