Farines animales: le CNA plus réservé

Le 07 décembre 2011 par Romain Loury
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Dans un avis (http://www.cna-alimentation.fr/images/documents/cna_avis70_pat_2011_12_01.pdf) publié vendredi 2 décembre, le Conseil national de l’alimentation (CNA) se montre réservé quant à toute autorisation nouvelle de farines animales pour l’alimentation animale, se rangeant ainsi à l’avis de l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses).

En juin dernier, le CNA s’était montré favorable à un retour des protéines animales transformées (PAT) sur le marché, dans un document de travail faisant écho à une feuille de route sur les encéphalopathies spongiformes transmissibles (EST) publiée en 2010 par la Commission européenne (voir le JDLE).

Leur argument: le nombre de cas d’encéphalopathie spongiforme bovine (ESB) a radicalement chuté depuis les mesures de contrôle prises dans les années 1990. Un contrôle qui reposait en grande partie sur l’interdiction des farines animales, qui se sont avérées le vecteur de la maladie. Les ruminants en seraient exclus, seules seraient autorisées les PAT à base de non-ruminants (poisson, volaille, porc), destinées aux non-ruminants, mais sans cannibalisme.

Dans son avis final, le CNA se montre plus réservé, adoptant une position très proche de celle adoptée par l’Anses en novembre (voir le JDLE). Pour les deux organismes, deux écueils majeurs subsistent. Primo, les méthodes d’analyse pour déterminer l’origine des PAT sont encore au stade du développement.

Secundo, les filières actuelles de «fabrication» des animaux ne permettent pas la mise en place de circuits de production dédiés par espèce. Ce qui ne garantit pas l’absence de cannibalisme, condition sine qua non au retour des PAT, afin de limiter toute transmission intra-espèce d’une EST.

Une fois posées ces limites, le CNA déroule très vite ses arguments en faveur du retour des PAT. Avantages nutritionnels pour les animaux, bénéfices environnementaux, mais aussi économiques: pour un élevage de porcs moyen, toute hausse d’un centime d’euro par kilogramme vif reviendrait à une hausse de 4.800 € du revenu annuel de l’éleveur.

Il s’agit aussi de faire face aux «distorsions de concurrence» avec les pays non européens, qui autorisent les PAT, voire l’ensemble des farines animales. Il n’existe en effet aucune restriction à l’entrée en Europe de viande provenant d’animaux nourris de cette manière. Seule exigence: que les ruminants n’aient pas été nourris avec des produits issus de ruminants.

Mais l’enjeu majeur du retour des PAT réside dans la forte réticence des consommateurs vis-à-vis des farines animales. Comme la Commission européenne et l’Anses avant lui, le CNA met un point d’honneur à différencier les farines, issues de sous-produits animaux de catégories 1 et 2, et les PAT, qui proviennent de sous-produits sains, dits de catégorie 3 [1].

Dans la réalité, les farines animales des années 1990 étaient bien un mélange des trois catégories, et les PAT en constituent donc un sous-ensemble. «Les PAT sont aux farines ce que l’eau minérale est à l’eau d’égout», selon une expression d’un responsable du CNA. Comprendre: l’eau minérale est meilleure pour la santé, pourtant il y en a dans l’eau d’égout.

«Le consommateur est encore très marqué par la crise de la vache folle, il a des réticences», reconnait une porte-parole du CNA. Si le point d’étape publié en juin a déclenché une telle bronca, c’est qu’«on a l’impression que l’on veut brader le sanitaire aux aspects économiques, mais non, tout le monde en fait un préalable».

Les consommateurs, les agences sanitaires, certes… mais aussi les professionnels de l’alimentation, qui craignent une crise de confiance. Parmi eux, la Fédération des entreprises du commerce et de la distribution (FCD) qui, bien que de la viande extra-européenne nourrie aux PAT soit dans les rayons, se montre «très prudente». Pour «une question d’image», estime la porte-parole du conseil.

Le retour des PAT devra donc attendre la disposition de méthodes d’analyse, la discussion au niveau communautaire avant que n’interviennent, en fonction, les décisions des Etats. Un processus qui pourrait prendre du temps. Et susciter encore des résistances: l’agence britannique chargée de l’alimentation, la Food Standards Agency (FSA), s’est ainsi opposée à ce que le gouvernement défende les PAT au niveau européen.

 

[1] La catégorie 1, issue de cadavres d’animaux, est celle à plus haut risque (risque prion, présence de contaminants dans l’environnement, etc.), la catégorie 2 est liée à un risque microbiologique, tandis que la catégorie 3, provenant d’animaux sains, ne présente aucun risque spécifique.

 


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